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Panos radioResources: Guide de reportage
Les journalistes et les IST/SIDA

mars 2002

Journalists Guides . Photo Galleries . Links . Organizations . Other Panos Sites . Archives

Partie 2: EXEMPLES Exemples de reportages sur les IST et le VIH/SIDA*

[*Tous ces reportages ont été produits durant l'année 2000]
Table des matières

Avant-propos

Partie 1: GRANDES LIGNES
Les grandes lignes d'un reportage sur les IST et le VIH/SIDA

Partie 2: EXEMPLES
Exemples de reportages sur les IST et le VIH/SIDA

Partie 3: QUESTIONS - RÉPONSES
Quelques questions de base sur le VIH/SIDA et les IST
[Cette partie est aussi disponible en créole]

Partie 4: INFORMATIONS ADDITIONNELLES
Centres de dépistage en Haïti
Indicateurs socio-économiques d'Haïti (sélectionnés)
Historique du VIH/SIDA
Glossaire
Sources d'information
Références

1. L'épidémie du VIH/SIDA.

Depuis la découverte des premiers cas d'infection dans les années 70, près de 40 millions de personnes auraient été infectées par le VIH dans le monde. En moins de 30 ans, le virus de l'immuno-déficience humain a fait plus de victimes que la première guerre mondiale.

CECOSIDA (exemple d'un intervénant) met à nu cet ennemi.

Le virus de l'immuno-déficience humain est classé parmi les virus les plus dangereux parce qu'il est tout simplement le plus intelligent. Le VIH peut facilement se recouvrir d'une couche de protéine hormonale ou lymphokine pour tromper la vigilance des globules blancs, les véritables défenseurs de l'organisme. Cette couche de protéine permet en effet aux cellules de l'immunité de communiquer entre elles et d'identifier les intrus. De plus, le virus du SIDA arrive à désarmer les globules blancs et à s'installer dans le noyau de ces cellules qui sont par la suite transformées en virus.

Ainsi débute le processus de prolifération. Regroupés par milliers, les virus attaquent les cellules T auxiliaires. Leur destruction entraîne automatiquement la paralysie presque totale du système immunitaire laissant le malade à la merci de toutes sortes d'infections.

Aujourd'hui, grâce à la fameuse tri-thérapie, on peut bloquer les nouveaux virus, réduire les infections opportunistes et réparer le système immunitaire affaibli. Mais, l'administration des anti-rétroviraux et protéases ne permet pas pour autant d'éliminer définitivement le virus dans les cellules. De ce fait, la personne infectée même lorsqu'elle supporte la tri-thérapie peut développer une quelconque infection à la moindre négligence. Docteur Gabriel THIMOTHE.

Extrait:
"Kounye a, savan yo poko ka di ki lè malad k ap pran triterapi yo dwe kanpe sou tretman an. Mete sou sa, se pa tout lè malad yo tolere triterapi a. Gen danje pou kèk nan yo fè yon enfeksyon oubyen plizyè."

Donc, les personnes infectées par le VIH/SIDA sont condamnées à rester sous médication toute leur vie. Selon une étude publiée dans la revue "Nature Medicine," des chercheurs américains ont découvert que le virus du SIDA se réfugie dans certaines cellules T du système immunitaire, y reste pendant des années, même si la personne séropositive ne présente plus aucune trace détectable de VIH dans le sang.


2. Comportement sexuel à risque

Depuis la découverte des premiers cas de SIDA dans le monde dans les années 70, les informations sur l'épidémie ont quelque peu changé. Aujourd'hui les homosexuels et les prostitués ne sont plus considérés comme les principaux groupes ayant des comportements à risque.

Reportage CECOSIDA

Toute personne qui a un comportement sexuel ou qui exerce une activité favorisant la transmission du VIH/SIDA est à risque. En d'autres termes, les jeunes, les enfants des rues, les démunis, les professionnels de la santé, les policiers, les militaires, les prostitués, les homosexuels, les toxicomanes, les immigrants constituent le groupe à risque.

En fait, la population en général est exposée puisque le VIH/SIDA se propage dans toutes ses composantes. Soulignons que la présence d'une ou de plusieurs infections sexuellement transmissibles (IST), comme l'herpès génital, la syphilis, la gonorrhée fragilise le système immunitaire et favorise la transmission du virus. Le Docteur Eddy Génécé, responsable de la Fondation Promoteur Objectif Zérosida (POZ), explique:

Extrait:
"Yon moun ki gen yon mslsdi yo pran nan fè bagay k ap devlope sou li, tankou ekoulman, ebyen li kapab trape viris sida a pi fasil."

Dorénavant, les experts n'utilisent plus les expressions "Groupe à faible risque ou à haut risque." Ils parlent plutôt de "pratique à faible risque ou à haut risque." Quelqu'un qui pratique le multi-partenariat non protégé est classé dans la catégorie pratique à haut risque.

Tandis que celui qui utilise toujours un préservatif à chaque rapport sexuel est dans le classement de pratique à moindre risque. Illustration avec le Docteur Eddy GÉNÉCÉ.

Extrait:
"Si mwen pran kòm ekzanp, yon pwostitye ki toujou mete kapòt nan kelkeswa rapò li genyen avèk yon patnè, se yon moun ki nan kategori sa a gen mwens risk pou trape viris sida-a.

"Pou ki rezon, paske kapòt la li ofri kanmèm yon pwoteksyon ki mete pwostitye yo nan gwoup moun ki pa twò ekspoze yo. Men yon lòt prostitye ki itilize kapòt yon lè konsa, se yon moun ki riske anpil…."

Jusqu'à la fin des années 80, on ciblait les prostituées, les homosexuels et les toxicomanes comme étant les principaux groupes à risque. Dès lors, une sorte de discrimination se développa, le SIDA était considéré comme la maladie de la honte. Malgré les éclaircissements apportés, des tabous persistent. En Haïti, par exemple, certains croient encore que le SIDA est une malédiction. Les scientifiques de leur côté répètent que le SIDA est provoqué par une série d'infections opportunistes liées au VIH.


3. VIH/SIDA: Transmission mère - enfant

Tous les jours, près de 1600 enfants naissent avec le VIH dans le monde, selon les estimations de l'OMS.

En Haïti, des études ont montré que la transmission de la mère à l'enfant se réalise dans 30% des cas.

Reportage CECOSIDA

Le virus de l'immunodéficience humain (VIH) peut se transmettre durant la grossesse, pendant et après l'accouchement. Trois facteurs favorisent cette transmission selon les experts. Elle intervient dans le cas d'une mère dont l'infection est à un stade avancé ou qui a subi une rupture prématurée des membranes et dans le cas d'une mère séropositive qui allaite son bébé. Donc, toute intervention visant à bloquer cette transmission doit tenir compte des facteurs cités.

Mais, qu'est ce qui peut être fait en terme de prévention pour diminuer les risques de transmission? Docteur Marie Marcelle DESCHAMPS répond.

Extrait:
"D'abord sensibiliser les individus en âge de procréer – les informer.

"Traiter les IST chez tout individu en âge de procréer, car la présence d'une IST favorise la transmission du VIH.

"Encourager le dépistage volontaire éclairé chez les individus en âge de procréer.

"Décourager la grossesse chez une femme VIH (+) et mettre à sa disposition des méthodes modernes de contraception.

"L'individu informé de son statut VIH (+) qui décide de porter un enfant doit connaître les risques."

Ces risques se résument en une phrase: "transmettre le VIH/SIDA à son partenaire et à sa progéniture. Ces cinq dernières années, on a constaté une augmentation du nombre d'enfants haïtiens qui naissent avec le VIH/SIDA. Information confirmée par le docteur Marie Marcelle DESCHAMPS des Centres GHESKIO.

Extrait:
"C'est évident puisqu'il y a eu une augmentation du nombre de femmes infectées par le VIH. Des enquêtes ont révélé un taux de 3-13% de VIH (+) dans les cliniques prénatales."

En vue de limiter les dégâts, les responsables de la santé avaient annoncé la mise sur pied d'un programme d'administration d'AZT aux femmes enceintes testées VIH (+). Cette mono-thérapie, quand elle est administrée suivant les normes, au moment précis de l'intervention, prévient l'infection de la mère à l'enfant.


4. Propagation du VIH/SIDA

La propagation du VIH/SIDA dans le monde poursuit sa vitesse de croisière en dépit des efforts déployés pour la freiner. De 34 millions de personnes infectées par le VIH/SIDA en 1998, on aurait déjà atteint les 40 millions, en cette année 2000 selon les prévisions de l'ONUSIDA. 90% des cas concernent les pays en voie de développement. En Afrique sous-saharienne, le Zimbabwe est l'un des États les plus affectés avec une séroprévalence de 47,4% de la population sexuellement active. Dans la Caraïbe, Haïti est en tête du classement des pays les plus touchés par la pandémie.

Reportage CECOSIDA

Plus de 300.000 personnes vivent avec le VIH/SIDA en Haïti. Ce nombre qui donne le vertige n'inclut pas les malades du SIDA. Selon certaines estimations, entre 28 et 40 mille nouveaux cas sont déclarés chaque année. Ils sont pour la plupart des jeunes âgés entre 18 et 35 ans qui ignorent les dangers du VIH ou en sont informés mais pour une raison ou pour une autre se sont livrés à un triste destin. Le nombre cumulé de décès dus au SIDA en Haïti était de 300.000 en 1999. Ce nombre atteindra un million en l'an 2010. La propagation du VIH/SIDA en Haïti reste et demeure une source de préoccupation pour plus d'un.

Selon les projections faites sur l'évolution de l'épidémie en Haïti, l'incidence du VIH, soit le nombre de personnes nouvellement infectées par rapport à la population non infectée, se stabilisera autour de 1% l'an à partir de cette année 2000. En l'absence d'une politique nationale de contrôle des infections sexuellement transmissibles et du SIDA, l'incidence risque d'augmenter pour atteindre 1.8% l'an à partir de 2010.

Le Docteur Gabriel THIMOTHE, un expert des IST/SIDA reconnaît la gravité de la situation.

Extrait:
"Se yon gwo defi, yon defi syantifik sosyal. E pou ou byen kon prann pwoblèm lan, fòk ou pa mete nan tèt ou, se yon senp pwoblèm medikal. Se yon pwoblèm sosyal - politik ekonomik."

Donc, il faut redoubler d'efforts pour arriver à diminuer la prévalence du VIH/SIDA en Haïti estimée à 4,5 % alors qu'en République Dominicaine elle est de 2,4%.

Des pays africains comme l'Ouganda, le Sénégal et la Tanzanie ont réussi à faire chuter leur prévalence du VIH/SIDA, qui concernait entre 10 à 20% de la population sexuellement active, grâce à des programmes de prévention dans les écoles, la participation des leaders politiques dans les débats et surtout l'engagement des autorités.

Dans ces programmes d'information continus, les jeunes sont ciblés. Car, il est beaucoup plus facile d'exécuter un plan de traitement des IST que de changer les comportements à risque. D'où la nécessité d'identifier les campagnes de sensibilisation en Haïti.

Des efforts ont été déployés dans ce domaine mais pas assez. Il faut combattre à la fois le SIDA et les autres IST si l'on veut vraiment diminuer la prévalence, plaide le Docteur Gabriel THIMOTHE.

Extrait:
"Si ou vle bese aparisyon kantite nouvo ka enfeksyon VIH, se prevansyon global kont tout IST yo ansanm ak SIDA pou n fè."

Nous sommes tous concernés par la lutte contre le SIDA – jeunes et vieux, riches et pauvres. Cette maladie menace de détruire la race humaine. Déjà ses effets négatifs sur la santé, la croissance économique et le développement du pays sont incalculables.

Depuis l'apparition des premiers cas dans le monde, dans les années 70, plus de 16 millions de personnes sont décédées des complications de la maladie. La tri-thérapie aussi efficace qu'elle soit, ne représente qu'un palliatif. L'important serait de trouver dans les cinq prochaines années un vaccin définitif pour combattre l'épidémie sinon les efforts déployés jusqu'ici dans la prévention pourraient se révéler vains.


5. Lutte contre le stigma du VIH/SIDA

Plus de 300 mille personnes vivent avec le VIH/SIDA en Haïti. La grande majorité refuse de déclarer leur séropositivité pour ne pas être victimes du mépris des autres. Un grand pas a été franchi depuis que certains d'entre eux ont accepté de briser le silence. Ils se sont même regroupés en association. À titre d'exemple, l'Association de Solidarité Nationale avec les personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA (ASON).

CECOSIDA nous présente cette organisation.

L'Association de Solidarité Nationale des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA (ASON) est fondée officiellement depuis janvier 1999. Cependant, cette association avait démarré ses activités, de manière informelle pendant la période du coup d'état de septembre 1991. Au départ, il s'agissait pour ASON de défendre les droits des personnes infectées. Mais au fil des années, ASON s'est attribuée trois grandes missions: aider les personnes infectées par le VIH/SIDA à se procurer de médicaments anti-rétroviraux; participer activement aux campagnes de prévention; et porter les décideurs à prendre en charge les personnes séropositives.

Parallèlement, ASON entend combattre toutes les formes de discrimination. Grâce à cette initiative, le comportement de la population vis-à-vis des personnes infectées et affectées commence à changer. Une certaine solidarité se manifeste. Le président de ASON, qui vit avec le VIH/SIDA, croit qu'il revient à chaque personne infectée de se faire accepter par la société. Saurel Beaujour:

Extrait:
"Mwen enfekte mwen di m enfekte. Jodi a y ap kritike m, demen y ap asepte m. Byensouvan, sila k ap kritike m yo, se sa ki pa gen enfòmasyon sou SIDA. Men si mwen enfòme yo e pi mwen kontinye fè tout aktivite sosyal y ap oblije manifeste solidarite yo."

Saurel Beaujour appelle tous les secteurs de la vie nationale à accompagner les personnes vivant avec le VIH/SIDA, de manière à former une vraie chaîne de solidarité qui permettrait de stopper la propagation du virus en Haïti. Là encore, les personnes infectées et affectées ont un rôle clé à jouer, estime Saurel Beaujour. ASON projette d'organiser une campagne de prévention rapprochée. Les explications du président de ASON.

Extrait:
"Avèk volontè manm ASON, enfekte ou afekte nou pral diskite avek fanmi ayisyèn yo, pou yo konn kijan pou sansibilize pitit yo, pou yo pa pran viris sida a demen. Volonte sa yo ap gen pou pataje esperyans yo avèk chak fanmi. Sou fason yo te trape maladi a, e ki jan y ap viv kounye a."

Autre projet à l'étude: la création d'une maison d'accueil des enfants victimes de l'épidémie. Haïti compte plus de 150.000 orphelins du SIDA. La volonté d'aider ces enfants est là mais les moyens économiques font défaut, a indiqué Saurel Beaujour. Toutefois, il dit bénéficier de l'appui du consulat des Pays Bas qui finance un projet de médicaments anti-rétroviraux pour les membres de ASON et de l'UNICEF qui contribue aux travaux d'expansion de ASON à travers le pays.

L'Association de Solidarité Nationale des personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA dont le Siège Social est à Port-au-Prince, est représentée dans plusieurs villes du pays: Jérémie, Cayes et Jacmel. ASON qui regroupe actuellement 235 membres compte développer un véritable réseau de personnes infectées et affectées engagées dans la lutte contre le SIDA.


6. Bilan des campagnes

Haïti a entamé la lutte contre le SIDA à la fin des années 70, avec notamment des campagnes d'information. Vingt ans plus tard, quel bilan peut-on tirer des efforts entrepris?

Reportage CECOSIDA

Les responsables de la santé, les organisations non gouvernementales et les agences internationales impliquées dans la lutte contre le SIDA, les médias et les réseaux de jeunes peuvent se vanter d'avoir contribué à une certaine prise de conscience et démystifié ou presque l'épidémie. Plus de 90% de la population sait aujourd'hui que le SIDA n'est pas une malédiction mais une maladie provoquée par un virus appelé "virus de l'immuno-déficience humaine."

Le VIH, une fois introduit dans l'organisme humain, va, en se multipliant, favoriser le développement des infections opportunistes qui, si elles ne sont pas traitées, détruisent le système immunitaire rapidement. Le SIDA (Syndrome Immuno-Déficience Acquis) est donc déclaré.

Des informations correctes et précises sur l'évolution ou la propagation du VIH/SIDA au sein de la population; les campagnes de sensibilisation qui se suivent; les émissions radiophoniques et télévisées sur l'épidémie ont porté les parents et les directeurs d'écoles à inclure dans leur programme, l'éducation sexuelle. Les églises ont compris la nécessité d'insister sur l'abstinence comme moyen de prévention. Parallèlement, les messages qui sont diffusés sur les ondes invitent les jeunes à retarder leur premier rapport sexuel.

Les personnes sexuellement actives sont appelées à utiliser un préservatif à chaque rapport sexuel. Les retombées de cette campagne intensive sont significatives. Elles auront permis de limiter les dégâts. On s'attendait à une catastrophe alors que la prévalence est en léger recul. De 6%, elle est passée à 4,5%, selon les dernières estimations.

Toutefois, Haïti aurait pu faire mieux, si au niveau national, les institutions publiques et privées investissaient davantage de ressources dans la lutte. Un simple blocage des fonds alloués à Haïti dans le cadre de ce combat suffit à remettre en question le programme national de lutte contre le VIH/SIDA. La remarque a été faite par le Docteur Gabriel THIMOTHE, expert en IST/SIDA.

Extrait:
"Pwogram lit kont sida a, depann twòp de èd entènasyonal la. Li sifi pou yon pwoblèm politik, ekonomik poze, pou lit la kanpe nan wout."

Le Docteur Gabriel Thimothé a noté un manque de suivi dans les campagnes nationales d'information. En ce qui concerne la situation épidémiologique, l'expert a fait remarquer que les zones les plus touchées par l'épidémie du SIDA sont celles qui font face à des situations économiques précaires et qui ont un faible niveau d'éducation. Le département de l'Ouest qui regroupe les plus grands bidonvilles du pays est très affecté avec près de 40% des cas de VIH/SIDA recensés à l'échelle nationale.


7. Les IST et VIH/SIDA

Le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST) réduit de 20 à 40% l'apparition des nouveaux cas de VIH/SIDA. Cette stratégie qui a été lancée au début des années 90 a déjà fait ses preuves dans certains pays en voie de développement.

Reportage CECOSIDA

Une personne qui présente une infection sexuellement transmissible (IST) a beaucoup plus de risque de contracter le VIH/SIDA. Plus le nombre d'IST est élevé, plus le danger est grand, expliquent les experts. Les IST constituent des portes d'entrée pour le VIH/SIDA, soutiennent-ils. L'herpès génital, par exemple, qui se manifeste par des lésions au niveau du pénis de l'homme, favorise l'introduction du VIH dans l'organisme.

Le sang étant le milieu ambiant des virus, le VIH va se loger facilement dans les cellules du corps en passant par les artères. Le docteur Gabriel Thimothé, expert en VIH/SIDA fait remarquer que le dépistage et le traitement des IST réduisent les risques. Et dans le cas d'une personne séropositive, ils retardent la phase d'activation du VIH. En d'autres termes, le PVVIH peut vivre des années sans développer les maladies graves qui accompagnent généralement le SIDA, telles que la tuberculose, la pneumonie et le zona.

Bien que les dernières estimations suggèrent un léger recul de l'infection au VIH/SIDA en Haïti, la situation est toujours préoccupante. L'épidémie continue de frapper les jeunes touchés par les autres IST. Le docteur Gabriel Thimothé estime important de lancer une campagne de prévention globale en Haïti.

Extrait:
"Apwòch global, apwòch konbine prevansyon ak tretman tout enfeksyon klasik yo, ap pèmèt nou kontwole propagasyon IST sa yo, epi redwi enpak VIH/SIDA a nan popilasyon ayisyèn nan, menm jan ak popilasyon tout lòt peyi."

Tous les pays qui ont appliqué à la lettre cette stratégie ont vu leur prévalence chuter de moitié. Mais parallèlement au dépistage massif et au traitement des IST classiques, les campagnes d'information doivent se poursuivre sans relâche. Car, il faudra, à chaque instant, rappeler aux jeunes, aux personnes sexuellement actives que le SIDA est une maladie incurable, jusqu'à date. Le meilleur remède reste et demeure la prévention.


8. IST/SIDA et la société

"Le SIDA infecte des personnes mais affecte tout le monde."

Cette phrase a été reprise par Madame Geri Benoit Préval qui a avoué que des membres de sa famille ont été emportés par l'épidémie. En dépit des campagnes de prévention, le VIH/SIDA continue de se propager en Haïti. Les organisations nationales et internationales impliquées dans la lutte annoncent la poursuite de la mobilisation.

Reportage CECOSIDA

Il n'y a pas une seule famille, une seule communauté qui ne soit affectée par le VIH/SIDA. Si vous n'avez pas un frère, une soeur, un parent mort du SIDA, vous avez sans doute un ami, un proche collaborateur emporté par cette maladie qui tue chaque jour chez nous plus d'une centaine de personnes. Ces dernières sont pour la plupart des adolescents. Les récentes études menées sur l'évolution du VIH/SIDA en Haïti démontrent qu'actuellement les jeunes de moins de 20 ans sont de plus en plus touchés par l'épidémie. Pourtant, les campagnes d'information ciblant cette catégorie de la population se sont intensifiées ces dernières années.

Les résultats tardent encore à se concrétiser par le fait que le comportement humain ne change pas du jour au lendemain. Et quand on sait que le sexe peut être considéré comme un simple besoin physiologique on peut se dire que la lutte contre le SIDA n'est pas une mince affaire. La ministre de la santé, Dr. Amédée Gédéon.

Extrait:
"Se jèn yo ki pou rele sou kò yo, pou yo pa bliye tèt yo, menm si relasyon seksyèl la gen yon plezi ladan l"

Et c'est le vrai drame. Les jeunes s'infectent mutuellement sans le savoir et c'est l'espoir même du pays qui se dissipe, a laissé entendre l'ancien président de l'ONUSIDA. Pour Bernard Hadjadj la priorité reste les jeunes. Il explique pourquoi.

Extrait:
"Parce que les jeunes courent des risques de transmission très importants."

Raison pour laquelle, il faut poursuivre la lutte afin de réduire de 25 % le taux d'infection parmi les jeunes d'ici 2005. Parallèlement, il faudra relancer les campagnes de prévention contre les infections sexuellement transmissibles (IST), plaide M. Bernard Hadjadj. La syphilis par exemple, multiplie par trois les risques de transmission du VIH/SIDA. Le traitement des IST doit être rapide et ponctuel.

Les jeunes devraient savoir aussi que l'utilisation du préservatif de façon régulière prévient tout risque de transmission. Le docteur Michaelle Amédée Gédéon insiste sur la nécessité d'informer continuellement les jeunes.

Extrait:
"Un jeune informé, éclairé, sait comment se protéger et protéger les autres."

Le Docteur Michaelle Amédée Gédéon cherche ainsi à promouvoir en Haïti une culture de protection contre le SIDA. Cette idée est supportée par le musicien Beethova Obas. Il demande aux jeunes de ne pas confier leur vie à d'autres personnes. Le guitariste chanteur soutient que les jeunes doivent prendre en main leur propre destin en combattant le VIH/SIDA.

Les organisations nationales et internationales impliquées dans la lutte contre le SIDA encouragent toutes les personnes sexuellement actives à adopter un comportement responsable et sécuritaire.


9. Campagne de sensibilisation par PVVIH

Depuis le Forum National sur le VIH/SIDA de 1999, des personnes infectées se sont engagées dans la lutte contre l'épidémie. Ainsi l'Association de Solidarité Nationale avec les personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA (ASON) a vu le jour. ASON peut se vanter d'avoir organisé ou participé activement aux différentes campagnes de lutte contre l'épidémie.

Reportage CECOSIDA

L'Association de Solidarité Nationale avec les personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA (ASON) a réalisé du 2 au 12 novembre 2000 une série d'activités de sensibilisation dans quatre localités du Sud-Est d'Haïti. Cette campagne s'articulait autour des thèmes suivants : "Comment vivre avec le SIDA ; Le SIDA une menace pour la société; Quel avenir pour un sidéen ? "

Des membres de ASON ont animé des conférences-débat au cours desquels ils ont décrit leur situation économique. Ces personnes infectées n'ont pas accès aux médicaments anti-rétroviraux qui se vendent à des prix exorbitants, a souligné Christian Jules de ASON. Ces réflexions ont porté des jeunes à reconnaître l'existence de la maladie.

Extrait de déclarations faites par des jeunes
"Autrefois, je ne prenais pas le SIDA au sérieux. Je disais comme les autres , c'est une politique. Mais aujourd'hui, à force de constater les dégâts causés par cette épidémie, je suis convaincu que c'est une maladie bien réelle."

"J'ai souvent entendu parler de cette maladie mais c'est pour la première fois que je vois des personnes infectées s'exprimer en public. C'est une chose incroyable pour moi."

Au cours des conférences-débat, l'Association de Solidarité Nationale a surtout insisté sur la nécessité pour les jeunes de retarder les premières relations et ceux qui sont déjà sexuellement actifs d'utiliser à chaque rapport un préservatif. Aussi parviendra t-on à faire chuter la prévalence du SIDA dans le pays.


10. Écouter les PVVIH

La lutte contre le VIH/SIDA en Haïti s'est vu renforcer depuis l'implication des personnes infectées dans les campagnes. Esther Bourcicault Stanislas est sans doute la première femme haïtienne a brisé le silence pour témoigner en public de sa séropositivité. Son exemple a été suivi par bien d'autres personnes infectées.

Reportage CECOSIDA

Jusque la, bon nombre de jeunes haïtiens considéraient le syndrome d'immuno-déficience acquis, le SIDA, comme un mythe inventé pour décourager les amoureux. Et au fil des années ce tabou allait être brisé grâce aux campagnes d'information lancées à travers le pays. Ce qui a sans doute porté des personnes infectées à témoigner en public de leur séropositivité. Souvent les personnes qui vivent avec le VIH/SIDA se cachent derrière le fétichisme et certains mythes du vodou pour expliquer les causes de leur maladie. Les parents mal informés préfèrent se rendre chez des hougans au lieu de s'en remettre au résultat du test d'anticorps VIH fait par un spécialiste.

Avec les témoignages, la réalité de la maladie apparaît au grand jour. Dieula vit avec son mari depuis 12 ans. Elle dit n'avoir jamais eu de relation avec d'autre homme que le père de ses enfants qui lui aussi n'avait pas montré de signe d'infidélité. Quand Dieula a été testée séropositive en avril 1998 elle fut surprise.

Extrait de son témoignage
"En réalité , lorsque je portais mon dernier bébé j'étais toujours souffrante et ce n'était pas pareil dans mes trois premiers cas de grossesse. A la surprise générale, tout a commencé avec des douleurs, des plaies partout sur mon corps et des infections vénériennes. Quand le médecin m'avait annoncé la nouvelle, je ne pouvais ni parler ni soulever mes jambes, voire marcher. Puis peu à peu je pense à mes enfants et surtout a mon bébé. Je me demandais : comment ai-je pu arriver là ? Quoi dire à mon mari qui ne veut pas entendre parler du SIDA?"

Autre témoignage à prendre en considération celui de Christian Jules qui a été testé séropositif. Marié depuis environ 9 ans, M Jules raconte qu'il n'a pas été surpris de sa séropositivité affirmant qu'il avait plusieurs partenaires sexuels.

Extrait de son témoignage
"Mon seul regret est que mes enfants vont souffrir à cause de mes insouciances. En recevant le résultat de mon test, ma seule frayeur était de savoir quoi dire à ma femme qui me semble toujours fidèle. Je comprends que ma situation est le fruit de mes vagabondages."

En clair, ces personnes infectées qui ont accepté de témoigner en public de leur séroposivité cherchent à conscientiser plus d'un sur les dangers du SIDA, en particulier les jeunes plus vulnérables à l'infection. Leur implication dans la lutte contre l'épidémie a donc contribué à une chute de la prévalence VIH/SIDA. Selon les dernières estimations elle est passée de 6 à 4,5 %.


11. SIDA et la loi

Avec l'ampleur de la maladie du SIDA en Haïti, d'aucuns pensent qu'il devrait exister une législation pour protéger les droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA. La loi haïtienne est muette à ce sujet ne prévoyant aucune sanction contre les sujets infectés qui transmettent volontairement le virus à d'autres personnes saines. Ce problème a été évoqué en marge du forum "Solidarité avec les PVVIH, en avril 1999.

Reportage CECOSIDA

Il existe un vide juridique en ce qui concerne la protection des droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA (PVVIH). La remarque a été faite par l'avocate Margaret Dessources Brierre qui participait au forum "Solidarité avec les PVVIH" en avril 1999. Elle a rappelé une série de recommandations faites aux Etats en vu d'assurer la protection des PVVIH. Me Dessources Brierre a insisté sur la nécessité de combattre la discrimination dont sont victimes les personnes infectées.

Extrait:
"La discrimination qui prive des individus de certains droits en raison de leur état de santé n'est pas prévue par le code pénal haïtien. Les droits fondamentaux des PVVIH doivent être respectés même en période d'épidémie. Et pour prévenir la propagation de la maladie la dignité de personnes infectées doit être protégée."

Selon Maître Margaret Dessources Brierre, l'acte par lequel une personne infectée transmet, de manière consciente, le virus à ses partenaires, devrait être classé dans la rubrique "coups et blessures" ayant entraîné la mort .

Extrait:
"Dans le cas d'un viol perpétré par une personne infectée cet acte pourrait être classé dans la rubrique "empoisonnement" au regard du code pénal en vigueur."

La femme de loi rappelle que seules les victimes ont qualité pour agir en dehors de l'action publique. Dans ce cas précis, ceci ne saurait être mise en mouvement automatiquement. Il est difficile de prouver le viol, car a t-elle souligné, il faut qu'il n'y ait consentement à aucun moment de la durée.

Pour Me Dessources Brierre, la promotion des droits des personnes vivant avec le VIH/SIDA pourrait contribuer à une revalorisation de leur situation et elles deviendraient beaucoup plus réceptives aux initiatives de lutte contre l'épidémie. Un sujet infecté au VIH/SIDA doit être considéré comme toute autre personne. Il a droit à un emploi et ne peut être révoqué en raison de son statut de santé, a conclu Me Margaret Dessources Brierre.


12. Caravane contre le SIDA

Le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) en partenariat avec ONUSIDA et UNESCO ainsi que de nombreuses organisations nationales et internationales impliquées dans la lutte contre le SIDA, ont lancé la caravane des artistes et des jeunes contre le SIDA le 13 mai dernier à Jacmel.

Reportage CECOSIDA

Cette initiative vise à sensibiliser les différentes couches de la population haïtienne, les jeunes en particulier, sur les dangers du VIH/SIDA. La caravane a mobilisé à cet effet des artistes comme Boulo Valcourt et Azor. Jacmel, Saint-Marc, Gonaïves, Port-de-Paix, Miragoâne ont vu défiler la caravane. Les moments les plus forts du passage de la caravane dans ces différentes villes ont été marqués par des témoignages de personnes vivant avec le VIH/SIDA (PVVIH) .

Extrait:
"Je souffre tellement de la maladie du SIDA que je n'aurais aimé voir d'autres personnes s'en infecter."

M Christian Jules reconnaît avoir adopté un comportement irresponsable vis-à-vis de sa famille. Esther Bourcicault également séropositive, a expliqué aux populations des différentes villes visitées les souffrances qu'elle a endurées.

Extrait:
"A un moment critique de ma maladie j`étais affreuse à voir. J'avais en même temps la tuberculose, le zona, des ecchymoses et des boutons partout sur le corps outre ma maigreur et ma pâleur cadavérique."

Durant cette caravane, de nombreux jeunes ont renouvelé leur engagement dans la lutte contre la pandémie. Aux Cayes, le message de Rose Ivica Roche a eu le plus d'impact.

Extrait:
"Jeunes ne vous livrez pas au plaisir sexuel trop tôt , vous finirez par découvrir l'infinité de sa répugnance. La jeunesse est trop courte pour en perdre la moindre parcelle."

La caravane veut contribuer à faire chuter considérablement la prévalence du VIH/SIDA en Haïti. Parallèlement aux conférences-débat, aux activités artistiques, des préservatifs et des brochures d'information ont été distribués.


13. Les prostituées et le SIDA

Les prostitués haïtiennes sont de plus en plus concernées par l'épidémie du SIDA. Il y a environ quinze ans de cela ces femmes qui s'adonnent au commerce de leur sexe ne prenaient pas trop au sérieux les conséquences de cette maladie jusqu' ici incurable.

Reportage CECOSIDA

Les prostituées haïtiennes, pour la plupart, savent que le SIDA n'est pas une maladie inventée pour décourager les amoureux ou encore une politique visant à limiter la croissance de la population. Le SIDA est une épidémie qui tue chaque jour en Haïti plus d'une centaine de personnes.

Katia juste, 23 ans, qui se considère comme une nomade aux Gonaïves, a avoué avoir eu des relations sexuelles avec plusieurs hommes simultanément sans penser à demain.

"Je ne pouvais un instant croire que le SIDA existait réellement jusqu'à ce qu'un jour une de mes amies soit frappée par le mal du siècle," a déclaré Katia Juste.

Son amie est décédée au début du mois de mai 2000 après avoir dépensé tout son avoir chez des hougans. Et depuis la mort de celle qui l'avait initiée dans ce commerce, Katia Juste a adopté un comportement responsable.

"Aujourd'hui je sais que le SIDA existe et se propage à travers le pays mais je ne connais pas mon statut sanitaire. Simplement, j'espère n'avoir pas été infectée pour ne l'être jamais en combattant cette épidémie," a t-elle encore déclaré.

Jessica Saget, 19 ans, pense pour sa part que le SIDA devrait faire l'objet de sensibilisation tous les jours, dans les foyers, les restaurants dansant, dans les salles de classe comme dans les Eglises.

Des prostituées de Miragoâne critiquent le comportement de nombreux hommes qui ne tolèrent pas les préservatifs.

"Si nous refusons l'offre, ces hommes ne vont pas nous payer, alors nous sommes bien obligées d'accepter. Moi je suis infectée à cause de ces types de rapports sexuels."

Aujourd'hui les prostituées professionnelles savent comment se protéger contre le SIDA. Elles ont brisé le silence autour de l'épidémie en acceptant de témoigner en public en surmontant toutes les difficultés: la peur, l'humiliation et l'abandon.

Continuation: Partie 3: Quelques questions de base sur le VIH/SIDA et les IST
[Cette partie est aussi disponible en créole]

Cecosida
Panos Institute
La publication de ce guide a été financée par les Instituts Nationaux de Santé (NIH) des États-Unis.