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Ungass 2006: Quelles seront les prochaines batailles ? (les perspectives)

Par Hugo Merveille, Panos Caraïbes

La conférence internationale sur le sida qui s’est achevée le 2 juin dernier à New York a mis en lumière les progrès accomplis jusqu’ici dans la lutte contre cette pandémie et souligné les efforts immenses qui devront être déployés, particulièrement en Haïti, pour protéger les acquis et espérer, un jour enrayer cette pandémie responsable de 25 millions de morts depuis 25 ans qu’elle a été détecté pour la première fois.

C’est avec un sentiment de satisfaction et conscients du travail soutenu qu’il faudra fournir chaque jour pour contrer la progression de la pandémie du sida en Haïti que la plupart des membres de la délégation haïtienne à la deuxième session spéciale de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies consacrée au VIH-SIDA ont laissé New York le 3 juin 2006.

La grande mobilisation qui a suivi la publication du Plan stratégique nationale de lutte contre le sida a été payante. Cinq années après, ce sont des chiffres révélateurs des résultats positifs obtenus que la ministre de la Santé publique Josette Bijou a présenté à la tribune de l’ONU en présence de plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement de la planète.

Un taux de séroprévalence qui a pratiquement diminué de moitié (de 5,96 % en 1996 à 3,1 en 2004), une prévention de la transmission de la mère à l’enfant qui a laissé la barre des 5 % pour frôler les 20 %, plus de 6.000 patients sous traitement antirétroviral, des décrets sur la protection des personnes vivant avec le VIH-SIDA, le bilan de la lutte haïtienne contre la pandémie du sida, en 5 ans, se démarque grandement de celle des 5 années précédentes.

Toutefois, la belle performance haïtienne ne peut être que relative face à l’étendue du travail qui reste à réaliser. En effet, avec ses 3,1% de séroprévalence, Haïti fait encore face à une épidémie généralisée. Le nombre de personnes sous ARV, selon plusieurs associations de personnes vivant avec le sida ne représente qu’une petite frange des 42.500 personnes qui nécessiteraient un traitement.

Or, l’objectif fixé pour 2010 lors de la réunion de New York est l’accès universel à la prévention, aux traitements et aux soutiens sociaux liés au sida. Pour cela, il faudra chaque année, selon une estimation du Programme commun des Nations Unies sur le sida (Onusida), entre 20 à 23 milliards de dollars pour développer des programmes d’intervention dans les pays pauvres.

La critique de certaines organisations non gouvernementales est venue par le biais de cet engagement, qui, s’il a été le bienvenu, n’a pas pour autant fait état des mécanismes qui vont permettre de réunir cette somme. Les ONG ont souligné l’urgence de freiner la mort chaque jour de 8.500 personnes et la contamination de 13.500 autres.

Le Groupe de recherche et d’action anti-sida et anti-discrimination sexuelle (Grasadis), organisation haïtienne aux côtés de la Fondation pour la santé reproductive et la santé familiale (Fosref), présente à cette grande rencontre internationale où la société civile a été fortement représentée (près d’un millier de représentants), a souligné la pertinence de la présence des organisations civiles qui ont aidé les dirigeants du monde à se faire une idée plus juste de la pandémie, étant celles qui sont les plus en contact avec les réalités du sida au quotidien. « Les Etats et la société civile ont pu apprendre l’un de l’autre, et le point de vue de la société civile a été pris en compte dans les engagements », a fait savoir Steeve Laguerre, coordonnateur adjoint du Grasadis.

Pour Steeve Laguerre, cette implication de la société civile se ressent dans l’optique plus communautaire des engagements qui ont découlé des discussions à cette session spéciale d’evaluation de l’Onu sur le sida. « Il y a certes, des insatisfactions chez certains, mais tout le monde se retrouve », a affirmé M. Laguerre dont l’organisation travaille en partie avec des personnes vivant avec le sida.

Cette déclaration de Steve Laguerre rejoint celle exprimée par le directeur de l’Onusida, Peter Piot qui dit : « Chacun peut estimer qu’il manque quelque chose mais pour la première fois, certains aspects les plus controversés de la problématique du sida figurent dans un texte approuvé par la communauté internationale ».

La déclaration finale de la rencontre contient des passages relatifs à l’égalité des sexes et engageant les Etats à mettre à la disposition des femmes des moyens pour un meilleur contrôle de leur santé en matière sexuelle et reproductive. Plusieurs intervenants considèrent cet aspect comme un acquis vu la féminisation de la pandémie et le comportement réfractaire de certains pays arabo-mulsumans ou latino-américains à tout texte qui irait à l’encontre des prescrits religieux.

Ainsi des compromis ont du être trouvés, même si la pandémie n’en fait pas. Par exemple, le secrétaire d’État pour le développement international du Royaume-Uni, Hilary Benn, avait souhaité un texte de déclaration plus franc, « qui dise toutes les vérités ». Erik Solheim, ministre du développement international de la Norvège estime que jusqu’ici, la réaction de la communauté internationale n’a pas été à la hauteur de la crise. L’une des raisons est, selon lui, qu’il n’a pas toujours été possible de parler librement de questions taboues, cachant ainsi la réalité de l’épidémie.

La bataille sémantique n’a pas épargné cette session spéciale. L’expression « groupes vulnérables » a remplacé des catégories reconnues depuis les débuts de la pandémie comme plus vulnérables au sida comme les prostitué (e), toxicomanes et homosexuels.

Dans son intervention à l’Onu, parlant des minorités sexuelles, Steve Laguerre a reconnu qu’elles sont un groupe vulnérable du fait de la grande stigmatisation associée à l’homosexualité dans la culture haïtienne. Cette discrimination empêche de bien adresser la problématique du sida chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, selon Laguerre qui souligne que peu de ressources et de programmes de prévention ciblent cette catégorie de personnes et leurs familles. Il a également souligné les personnes âgées qui sont oubliés dans les programmes de prévention.

Avec 65 millions de dollars reçus en 2005 du Programme d’urgence de lutte contre le sida du président Bush (PEPFAR) et le Fond mondial, Haïti n’a pas trop à s’inquiéter du financement sinon que les actions requièrent une meilleure coordination centrale, la mise sur pied de structures adéquates et une décentralisation effective des services. Le gros de cette somme a été utilisé dans des programmes de traitements antirétroviraux. Pour Laguerre, la prochaine bataille contre le sida devra se jouer sur le terrain de la prévention avec des interventions ciblées. Plus que jamais les messages doivent être réadaptés.