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Lutte contre le sida : Un leadership plus fort est nécessaire pour consolider les prog rès accomplis

By Hugo Merveille,Panos Haïti

Depuis la mise en œuvre du plan stratégique quinquennal contre le sida qui a suivi les engagements de la session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée au VIH-SIDA ( UNGASS) en 2001, beaucoup de progrès ont été accomplis dans la lutte contre le sida en Haïti. Cependant, cinq ans après, la lutte semble s’essouffler : une situation qui est due à un manque de leadership dans la coordination des actions. Pour conserver les acquis, corriger les erreurs et éviter les errements, Haïti retourne à la tribune de l’ONU du 31 mai au 2 juin 2006.

Il y a deux ans, les résultats d’une enquête du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) révisant à la baisse le taux de séroprévalence (3.1 %) au sein de la population haïtienne a suscité tous les espoirs parmi les intervenants dans la lutte contre le sida. Les actions menées par les pouvoirs publics et la société civile se trouvaient récompenser et Haïti était montrée en exemple à d’autres pays en voie de développement.

Toutefois, vu de plus près, le paysage de la lutte contre le sida ne paraît pas aussi reluisant et fait même craindre le pire. Désarticulation dans les actions menées, manque de coordination centrale, stigmatisation et discrimination qui n’ont presque pas reculé d’un pouce sont les nouveaux défis auxquels Haïti fait face et pour lesquels il devra prendre des décisions concrètes et dégager des perspectives pour le futur à l’approche d’un nouveau rendez-vous planétaire devant aboutir à d’autres engagements mondiale sur les réponses à apporter à la pandémie du sida.

L’intervention haïtienne qui est en préparation et qui tarde à être finalis ée, en raison notamment du passation de pouvoirs entre le gouvernement sortant et celui qui va découler des récentes élections, devrait plaider pour l’octroi d’une plus grande place accordé e au gouvernement dans les processus décisionnels liés à l’élaboration et la mise en œuvre des programmes visant à faire reculer le VIH/SIDA.

En Haïti, la lutte contre le sida se déroule en petite chapelle. La multiplicité des acteurs et la répartition des ressources selon la volonté des bailleurs entraînent la duplication de programmes similaires dans des régions et l’absence d’intervention dans d’autres. Le Dr Edieu Louissant, responsable de Suivi et Evaluation pour le ministère de la santé publique du Plan stratégique national attire l’attention sur le fait que le leadership que l’état aurait dû assure r dans la lutte contre le sida lui échappe. En effet, il n’y a pas une gestion centrale du financement qui est alloué aux programmes liés aux VIH/SIDA. Un deuxième problème : l’Etat estimant élever les sommes destinées à la lutte contre le sida n’y contribue pas de manière substantielle. Seulement 1% des dépenses effectuées dans le cadre des programmes se focalisant sur le VIH/SIDA proviennent du gouvernement.

Même si le financement de la lutte contre le sida transite par les Organisations non gouvernementales et des organismes de la société civile, l’Etat n’a pas toujours su fait montre d’un véritable dynamisme. La collaboration entre le gouvernement et les organisations qui interviennent dans le secteur se fait généralement par le biais des Directions départementales du ministère de la Santé publique. Mais, force est de constater que cette coopération s’arrête à la participation aux réunions. Steeve Laguerre, coordonnateur adjoint du Groupe de recherche et d’action anti-sida et anti-discrimination sexuelle (Grasadis) – organisation de la société civile avec la Fondation pour la santé reproductive et la santé familiale (Fosref) qui vont participer aux côtés du gouvernement à la prochaine session spéciale de l’Onu sur le sida - constate que les autorités gouvernementales ne prennent pas une part active dans le suivi des programmes exécutés par son organisme même quand celles-ci sont invitées.

Une chose est sûre, Haïti a joui d’un financement sans précédent ces 5 dernières années. Dans une étude commanditée par le MSPP en 2004, US$18,1 millions étaient alloués à la lutte contre le sida contre US$7.4 millions en 2002. En 2005, le programme d’urgence de lutte contre le sida du président Bush (PEPFAR) et le Fond mondial a eux seuls, sans tenir compte des autres sources de financement disposaient de US$ 65 millions pour la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose, le paludisme et les ARV.

Avec le fonds mondial et le PEPFAR, beaucoup de projets ont été mis en œuvre et l’accès au traitement, très marginal il y a cinq ans, s’est élargi à un plus grand nombre de personnes. A date, 5.500 personnes suivent un traitement antirétroviral. Ce nombre ne représente qu’1/5 de l’objectif des 20.000 patients sous ARV (50% des personnes ayant besoin d’un traitement) que le pays s’était fixé à l’Ungass en 2001 à travers le programme 3X5.

Plusieurs raisons ont empêché d’atteindre ces objectifs, la première ayant trait aux faiblesses des infrastructures de santé en Haïti. A cela, il faut ajouter les difficultés rencontrées dans l’approvisionnement en médicaments des régions en province. Il est fréquent d’avoir des ruptures de stock à cause de raisons liées à l’état des routes, l’instabilité politique ou les grèves fréquentes des personnels de santé.

Mme Karolyne Fonk de la branche haitienne de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) , qui a assuré la coordination du programme 3X5 souligne une utilisation inefficiente des services disponibles. « Avec les moyens qui sont à notre disposition, on aurait pu aboutir à des résultats plus intéressants si les ressources étaient utilisés à leur pleine capacité », a-t-elle fait remarquer. Dans les cliniques qui traitent la tuberculose on pourrait, par exemple faire également le diagnostic du VIH. Il est de même dans des cliniques prénatales qui pourraient généraliser les tests de séroprévalence pour les femmes enceintes ce qui contribuerait à réduire la transmission du virus du sida de la mère à l’enfant.

Un autre obstacle majeur à l’accès au traitement est la stigmatisation et la discrimination auxquelles font face les personnes vivant avec le sida. La stigmatisation encourage la transmission du VIH/SIDA et rend la lutte contre cette pandémie plus difficile. 50.4% des femmes et 42.5% des hommes ne seraient pas prêts à s’occuper chez eux d’une personne vivant avec le VIH-SIDA selon l’enquête EMMUS III . Beaucoup de personnes, par peur d’être stigmatisée dans les organismes de santé ou par leur entourage, cachent leur maladie et ne se font pas soigner en dépit du fait qu’elles soient informées de la disponibilité et de la gratuite des antirétroviraux.

Une législation sur le VIH-SIDA pourrait permettre d’endiguer la discrimination en fixant et promouvant les droits des personnes vivant avec le virus, mais la crise politique que traverse Haïti depuis 2000 n’a pas permis l’adoption d’un avant-projet de loi déjà existant.

Une plus grande implication des personnes vivant avec le VIH-SIDA serait souhaitée dans les actions de lutte contre la maladie, mais elles ne sont pas des interlocuteurs privilégiés dans les programmes qui sont mis en œuvre même si elles sont de plus en plus nombreuses à assumer leur séropositivité grâce au travail de certaines organisations regroupée pour la plupart au sein d’une plateforme de personnes vivant avec le virus du sida.

Le coordonnateur de cette plateforme, Saurel Beaujour souligne la place insignifiante accordée aux personnes vivant avec le VIH-SIDA dans les décisions qui sont prises pour combattre la maladie. « La voix des PVVIH n’est pas assez entendue », déclare-t-il. Cette catégorie ne sera pas directement représentée à la grande réunion onusienne sur le sida.

Comme le souligne l’un des points de l’engagement mondial pris en 2001, il faut une participation active des personnes vivant avec le sida dans la lutte. Si les énergies sont mieux coordonnées et la lutte appuyée sur toutes les ressources disponibles, des résultats plus concluants peuvent être obtenus avec les moyens actuels. Pour Karoline Fonk « Beaucoup d’effort ont été consentis et beaucoup de progrès réalisés, il reste des défis dont les solutions existent, il suffit de les mettre en œuvre ».