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Productions

The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around the region, to jointly produce and disseminate information. Currently, Panos brings out the following series of media products in English, French, Kreyol and Spanish:

Panos :VIH/SIDA/Stigmatisation
Les épines de Rose

La jeune mère stigmatisée à l'hôpital

En milieu médical, quand le secret professionnel est divulgué, il cause beaucoup de torts aux patients. Rose, une patiente de GHESKIO, raconte comment une infirmière d’un centre de santé de Tabarre a dévoilé sa séropositivité. Sans emploi, elle se donne aux hommes. Que deviennent-ils?

La jeune mère stigmatisée à l'hôpital

Depuis une semaine, le bébé de Rose, une patiente des centres GHESKIO, est hospitalisé dans un centre de santé de la commune de Tabarre. « Les médecins m'ont dit que ma petite fille de sept mois et demi est séropositive », dit-elle, la voix cassée. Ce n'est pas l'infection par le VIH/SIDA qui affecte le plus cette femme de 28 ans, c'est plutôt la stigmatisation dont elle est victime de la part d'une infirmière qui a l'habitude de fréquenter la maison d'une amie où elle habite depuis plus d'un an.

Rose, cette jeune femme aux yeux tristes, est aujourd'hui le souffre-douleur de cette infirmière. « Parce qu'elle a l'habitude de me voir chez son amie et parce qu'elle sait maintenant mon statut sérologique, elle lui a conseillé de me mettre à la porte », raconte-t-elle, sombre et résignée.

Chaque fois que la jeune femme s'approche d'elle, un petit rire moqueur, un geste, une inflexion de voix trahit toujours le comportement stigmatisant de l'infirmière. « Hum ! pitit ». Quand cette dernière se retrouve en compagnie de ses pairs, elle éclate de rire. « Je sais que c'est moi qu'elle tourne en dérision », lâche-t-elle.

Le visage froissé par des nuits sans sommeil au chevet de son bébé, Rose s'inquiète de son sort. Abandonnée par le père de son enfant, sans travail, sans domicile, elle se demande où elle va dormir après l'hospitalisation de son bébé ?

Le jour où l'infirmière a dévoilé le secret qu'elle a si jalousement gardé, Rose est tombée sur des épines : elle a perdu une amie, un toit et des repas. Rose n'a plus le droit de téléphoner aux familiers qui, hier encore, l'affectionnaient. Une bordée d'injures l'accueille quand on lui répond au téléphone. On lui rappelle vertement qu'elle a le SIDA. « Pa vin la anko ! Sida, chèche wout ou! »

Le refus de croire

Tout en se lamentant sur ses déboires et l'irresponsabilité des hommes envers leurs progénitures, Rose nous avoue, entre deux quintes de toux, que le père de son premier enfant qui a aujourd'hui 8 ans l'avait également laissé tomber aussitôt qu'elle lui avait révélé sa grossesse. C'est la même année qu'elle apprendra, la mort dans l'âme, sa séropositivité. « Je n'ai pas voulu croire à ce que je voyais sur le papier. Moi, séropositive? Non », dit-elle en affichant une mine dubitative.

Bien que Rose ait vu noir sur blanc ses nombreux tests de dépistage du VIH/SIDA et celui de son bébé, elle continue à croire que le virus ne l'a pas atteinte. « Regardez-moi bien, après huit ans, si ce que les médecins avaient dit étaient vrai, je serais déjà morte. Se yon malerèz mwen ye. Sa m manje? », rassure-t-elle.

Sans nullement s'inquiéter d'une surinfection au VIH, elle ose entrer en contact sexuel sans préservatif. « M pa renmen kapòt », dit-elle sèchement. Par dépit, Rose frotte sa main sur son visage, fait une moue en guise de réponse à nos questions liées à la prévention du VIH/SIDA. Un tic nerveux s'empare de son visage. Après un lourd silence, elle déclare : « M pa leve nan kapòt ». Un verset biblique est venu corroborer sa conviction.

« Vous êtes infectée par le VIH/SIDA et vous êtes quand même tombée enceinte ? C'est la question que je pose souvent à plusieurs séropositives », nous a confié Esther Boucicault Stanislas lors d'un séminaire de l'Institut Panos Caraïbes, l'année dernière. Souvent, a-t-elle révélé, quand la personne séropositive recouvre une nouvelle santé, elle est encline à s'adonner au sexe.

Rose ne fait partie d'aucun groupe de support de personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Elle n'est pas non plus encadrée psychologiquement. Sans emploi, sans attache affective, elle se donne aux hommes, souvent sans préservatif, pour pouvoir se nourrir. Et à leur tour, ces hommes, après avoir connu Rose et ses épines, que deviennent-ils ?

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Pour protéger notre interviewée dont la fille est encore hospitalisée dans une structure sanitaire à Tabarre, nous lui avons donné un nom d'emprunt.

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Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr

Panos Caraïbes
haiti@panoscaribbean.org

[ Posté le 12/03/2007]