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DOSSIER PANOS / VIOL / FEMMES
Le viol comme arme de terreur
Par Jesula PROPHETE
“Mon mari est mort pendant des affrontements entre les groups rivaux à Grand Ravine. Ses meurtriers m’ont dit qu’ils se contenteraient de me violer et me laisseraient en vie. J’ai le SIDA a présent et je me demande qui s’occupera de mes quatre enfants quand je serai morte” témoigne Natacha, une victime.
En décembre 2004, l’organisation féminine Kay Fanm a reçu 272 femmes victimes de violence. 85 d’entre elles étaient des cas de viol perpétrés par des groupes armés. Parallèlement, la commission des femmes Victimes pour les Victimes (KOFAVIV) souligne avoir enregistré pour l’année 2005, huit cent cas ; toutes ces femmes sous la menace d’armes à feu ont été torturées et violées.
La violence sexuelle fait partie intégrante de la stratégie des groupes armés déclare Marie Eramithe Delva, leader du groupe KOFAVIV. Le viol est devenu une caractéristique endémique de la crise des droits humains que traverse Haïti actuellement, note-t-elle.
Outre les séquelles physiques de ces brutalités, ces femmes risquent d’être enceintes ou infectées par le VIH. Ces victimes sont le plus souvent exclues de la société, selon la militante de la Coordination Nationale de Plaidoyer pour les Droits des Femmes, Olga Benoît.
Un champs de bataille
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le viol se définit comme un délit d’agression commis par des hommes qui veulent dominer, humilier et asservir sexuellement. Cet agissement a pour objectif de forcer les femmes à une intimité physique. Respecter toutes les normes correctes ne protègent pas nécessairement une femme vertueuse du viol, souligne ce rapport publié en l’an 2005.
Le corps d’une femme est synonyme d’un champs de bataille .Quant à présent, le viol devient une épidémie en Haïti , souligne un rapport du RNDDH. Ces cas sont étroitement liés à la violence politique qui ronge le pays. Intervenant à l’occasion de la journée internationale contre la violence faite aux femmes, Olga Benoît note le laxisme du gouvernement face a cette situation. Ces femmes sont abandonées et profondément traumatisées dit-elle.
Vilès Alizar du Réseau National de Défense des Droits Humains fustige pour sa part le comportement de la police nationale qui dit-il traite ces dossiers avec légèreté, indifférence voire mépris. Ce comportement perpétue l’impunité dont jouissent les responsables de ces actes.
Une réalité masquée
Paradoxalement, plusieurs mythes entourent cette problématique. Plus d’un disent qu’un simple geste ou la manière de se vêtir peut rendre la femme vulnérable au viol. Certains affirment également que les jeunes filles “bien” ne se font pas violées. “Notre société encourage et récompense les femmes attirantes sur le plan sexuel mais celles qui ont la malchance d’être violées sont condamnées comme le méritant” dénonce Mme Benoît. La plupart des viols ne sont pas spontanés mais planifiés longtemps á l’avance.
Ces mythes rendent les victimes responsables de l’agression. La manière de se vêtir ne peut pas être utilisée pour mesurer la provocation de la part de la femme violée soutient Viles Alizar. Ces mythes ne font qu’aggraver la situation.
Elles sont rares celles qui survivent après la commission de cet acte odieux. Les victimes remémorent sans cesse les moments terribles de cet événement. Parmi les nombreuses victimes de la violence, les femmes qui ont survécu à des viols restent les plus marquées. Les Nation Unies estiment qu’entre 1000 à 2.500 viols ont été commis pendant la période 2004-2006 en Haïti
Le revers de la médaille
Au traumatisme d’avoir été victime ou témoin de brutalités sexuelles abjectes s’ajoute une cruelle réalité pour nombre de ces femmes, aujourd’hui séropositives ou atteintes de maladies sexuellement transmissibles. En plus, elles ont bien peu d’espoir de voir juger leurs bourreaux dans l’état d’engorgement actuel de l’appareil judiciaire haïtien. Elles ne bénéficieront pas également de soins médicaux.
En dépit des récentes avancées vers un règlement politique du conflit armé, le viol et les violences sexuelles se poursuivent. La prolifération des armes légères accroît le risque de violence dans la vie quotidienne, notamment à l’égard des femmes. Ce qui est susceptible de perdurer même lorsque le conflit armé aura cessé. Il devient impérieux d’agir en urgence en vue d’adopter des correctifs indispensables á cet état de choses. Sinon, cette situation enfantera encore plus de méfait dans notre société...
Jesula PROPHETE
zazoul2005@yahoo.fr
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[ Posté le 12/03/2007] |