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Productions

The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around the region, to jointly produce and disseminate information. Currently, Panos brings out the following series of media products in English, French, Kreyol and Spanish:

DOSSIER / ENVIRONNEMENT

L’environnement haïtien est-il une priorité pour le gouvernement Préval/Alexis ?
Par Nancy Roc

L’année dernière, lors de la conférence de Montréal sur les changements climatiques, la délégation haïtienne avait confié à Panos qu’Haïti recherchait la mise en place de mesures d’adaptation aux changements climatiques. « Les pays en voie de développement sont les plus grandes victimes des changements climatiques car nous n’avons pas la capacité d’y faire face. L’objectif que nous visons est de voir comment, au niveau gouvernemental, on peut intégrer nos préoccupations liées aux changements climatiques dans les différents plans et programmes de développement tant sur le plan de l’éducation, du tourisme ou de l’agriculture car nous serons de plus en plus victimes de ces changements climatiques » avait déclaré l’Ingénieur Jean-Pierre Moïse, Coordonnateur National du Programme sur les Changements climatiques au Ministère de l’Environnement. Qu’est-ce qui, concrètement, a été réalisé depuis ? Quelles sont les mesures d’adaptations qui sont appliquées actuellement en Haïti ? Est-il réaliste de dire qu’aujourd’hui Haïti participe pleinement à la réduction des gaz à effet de serre ? Nous avons fait le point avec M. Moïse dans une interview exclusive accordée à Panos lors de la dernière conférence des Nations Unies qui s’est tenue à Nairobi du 6 au 17 novembre dernier.

Des efforts d’adaptation en dépit de la crise politique.

L’environnement haïtien continue de subir les conséquences de la crise politique qui traverse le pays. Le changement de gouvernement et la période électorale ont occasionné un ralentissement des activités de janvier au Ministère de l’Environnement (ME) jusqu’en juin 2006. Cependant, ce dernier a, selon M. Moïse, a profité de cette période tumultueuse pour faire des mises en place importantes en rapport avec la préparation de la deuxième communication nationale d’Haïti sur les changements climatiques. À Nairobi, elle était centrée autour de la préparation des termes de référence pour les différentes thématiques, la formation de cadres qui vont coordonner les groupes de travail et finalement l’élaboration du cadre légal pour la mise en œuvre par Haïti du Mécanisme de Développement Propre (MDP) du Protocole de Kyoto.

Durant la période de janvier à juin 2006, le Ministère de l’Environnement (ME) a bénéficié de différents programmes de formation qui ont été réalisés grâce à l’appui du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), du Secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). L’objectif visé était le renforcement des capacités des cadres des pays en développement dans le domaine des changements climatiques. Dans cette optique, le Ministère de l’Environnement de la République d’Haïti a assuré la formation suivante de cadres :

- deux cadres haïtiens de haut niveau ont suivi, à Dhaka, Bangladesh une formation organisée par le Programme des Nations Unies sur l’Environnement dans le domaine des changements climatiques, plus spécifiquement sur les stratégies de réduction de la vulnérabilité des Pays Moins Avancés face aux effets néfastes des changements climatiques.

- un autre cadre haïtien, membre du groupe de travail « Etude de Vulnérabilité et d’Adaptation » a suivi au Paraguay, une formation organisée par le Secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Cette formation a porté sur la méthodologie et les outils de travail (logiciel) pour les études de Vulnérabilité et d’Adaptation. Elle visait à renforcer les capacités des pays pour la préparation de la deuxième communication nationale (rapport de pays) sur les changements climatiques.

- une formation a été également organisée en Egypte sur la méthodologie pour la réalisation de l’inventaire des Gaz à Effet de Serre. Un cadre haïtien de haut niveau, membre de l’équipe « Inventaire national des Gaz à Effet de Serre » a également suivi cette formation, selon les informations de l’Ingénieur Moïse qui n’a toutefois pas cité les noms des cadres en question.

Selon le Coordonnateur du Programme sur les Changements Climatiques, c’est grâce à ce volet de renforcement des capacités et l’élaboration des termes de référence des groupes de travail, que le Ministère a pu, après l’installation du gouvernement Préval-Alexis, commencer depuis août dernier à exécuter les travaux en rapport avec la préparation de la deuxième communication nationale d’Haïti sur les changements climatiques qui est en cours de préparation. Le Ministère a également travaillé sur une proposition de Cadre légal pour la mise en œuvre du Mécanisme de Développement Propre (MDP) en Haïti. En résumé, les activités du ME pour l’année 2006 en trois volets :

1-Renforcement des capacités techniques de Cadres

2-Mise en place des structures pour la préparation de la deuxième communication nationale sur les changements climatiques

3-Élaboration du cadre légal pour le MDP

En novembre 2005, le Fonds pour l’Environnement Mondial et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement ont effectivement signé un accord de don avec le gouvernement haïtien pour un montant de 405.000.00 dollars. Cette valeur qui sera décaissée par tranches est destinée uniquement à la préparation de la deuxième communication nationale d’Haïti sur les changements climatiques, selon l’ingénieur Jean-Pierre Moïse. Signalons qu’en 2001, Haïti avait présenté les résultats de sa première communication nationale. Elle avait été réalisée en partenariat avec plusieurs institutions nationales, membres du Conseil National sur les Changements Climatiques notamment, le Ministère de l’Environnement, le Ministère de l’Agriculture, le Bureau des Mines et de l’Energie, l’Université Quisqueya, le Centre National de Météorologie, la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l’Université d’Etat d’Haïti.

Cette première communication nationale a bénéficié d’une expertise technique du Centre National de Météorologie de Cuba, d’une ONG du Sénégal (Enda Tiers-monde) et d’un Expert en mitigation du Département de Géographie de l’Université de Montréal.

La même démarche est en cours pour l’élaboration de la deuxième communication nationale.

L’environnement haïtien : un malade en mal de financement et d’information

Malgré les efforts consentis par le ME pour s’adapter aux changements climatiques, le problème budgétaire et le manque de financement constituent toujours un problème majeur dans un pays ravagé par le déboisement et vulnérable aux intempéries. En effet, le Conseil National sur les Changements Climatiques (CNCC) ne dispose pas de budget et ne peut donc pas assurer une permanence dans ses activités.

Mais qu’en est-il des campagnes d’information et de sensibilisation dans un pays où les moindres intempéries transforment les routes en chaos et ravagent les habitations anarchiques ? Si M. Moïse convient que l’information et la sensibilisation sont nécessaires, il reconnaît les faiblesses du ME dans ce domaine : « On a certes eu au cours de l’élaboration de la première communication nationale d’Haïti (1998-2001) une première campagne d’information et de sensibilisation sur les changements climatiques. On avait sous-traité ce volet avec l’Université Quisqueya qui avait réalisé un bon travail. Plusieurs conférences étaient prononcées dans les écoles et les Universités. Des spots en rapport avec les changements climatiques étaient également diffusés sur Radio Quisqueya. », a confié l’ingénieur Moïse à Panos. « Cependant, malgré toute la bonne volonté, on s’est rendu compte qu’une bonne campagne de sensibilisation coûte énormément. Il faut des ressources financières importantes si l’on veut exploiter les meilleurs temps d’écoute au niveau des médias. On ne disposait à l’époque que de 10,000.00$US pour trois ans. » ,a-t-il précisé.

Selon le Coordonnateur du Programme sur les Changements Climatiques, une bonne campagne d’information et de sensibilisation doit être préparée par des spécialistes de la communication. « Pour l’année 2007 nous nous proposons de travailler avec certains spécialistes pour monter un plan en rapport avec la réalité nationale. Cependant il nous faudra ensuite trouver les fonds nécessaires pour la mise en œuvre de ce plan. Nous avons intégré les préoccupations liées aux changements climatiques dans le Programme d’Investissement Public (PIP) afin de trouver les fonds nécessaires dans le budget national. »

En résumé, l’ingénieur Moïse reconnaît que la grande faiblesse du ME est l’insuffisance d’informations mais les ressources financières adéquates qui lui font défaut pour le moment.

Le déboisement se poursuit inexorablement et les victimes augmentent

Haïti, connu pour sa faiblesse économique et son instabilité politique, est très vulnérable aux changements climatiques à cause de sa déforestation jugée catastrophique (il reste moins de 1% de couverture forestière), de l’érosion grandissante des sols, de la faiblesse endémique de ses ressources naturelles et de la forte concentration de sa population sur de nombreuses villes côtières. Haïti, le seul pays PMA du continent américain, a déjà fait face à des catastrophes naturelles qui ont engendré de nombreuses pertes en vies humaines notamment aux Gonaïves en 2004, à Mapou et Fonds Verrettes. Le nombre de victimes de ces inondations a dépassé celui des attaques du 11 septembre aux Etats-Unis. Du 24 au 26 octobre, des pluies diluviennes se sont abattues, sur plusieurs localités de Gros Morne dans l’Artibonite, causant la mort d’au moins deux personnes et emportant de nombreuses habitations. Le mois suivant, les localités de Jean-Rabel et de Port-de-Paix, dans le Nord-Ouest était gravement affectées par les pluies saisonnières: bilan, plusieurs morts et plus de 25.000 familles sinistrées. Loin de la ‘’République’’ de Port-au-Prince, la population de ces villes a reçu le secours d’organismes étrangers tels que Action contre la Faim et la Croix Rouge internationale.

À l’occasion de ces intempéries, Action contre la Faim a rappelé que « le moindre désordre climatique a de fortes conséquences humaines en Haïti, du fait de la déficience des infrastructures et du désastre écologique en cours dans le pays (…) Les infrastructures en eau et assainissement d’Haïti sont pour une large part déficientes, notamment en zone urbaine. Ceci conjugué à une forte croissance démographique et à un très fort exode rural, les installations existantes (points d’eau, pompes, canaux de drainages, latrines etc.) sont souvent sur-sollicitées et - en l’absence d’entretien - souvent dans un état déplorable », écrit l’organisme dans son communiqué. (1)

Haïti présente les caractéristiques d’une véritable catastrophe écologique.

Entre 1970 et 2004, la couverture forestière originelle haïtienne est passée de 15% à 1,5%, selon Action contre la Faim faisant référence au rapport de « International Crisis Group » intitulé « Une nouvelle chance pour Haïti ».

« Les premières conséquences sont une érosion accélérée, un appauvrissement des sols cultivables ainsi qu’une perturbation importante du cycle de l’eau. Les populations vivant en contrebas de ces « monts pelés » sont donc plus qu’exposées aux colères météorologiques, l’eau dévalant les collines pour s’amonceler dans les « vallées », conclut Action contre la Faim.

Quand est-ce que le gouvernement prendra des mesures contre ce ‘’vieux’’ fléau de l’insécurité que constitue le déboisement ?

Nancy Roc, Montréal le 10 janvier 2007.

(1) Haïti – Intempéries : Action contre la Faim au secours des familles sinistrées, Djems olivier, 4 décembre 2006 Alterpresse.org article 5429

PANOS CARIBBEAN
haiti@panoscaribbean.org

[ Posté le 23/01/2007]