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Productions

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DOSSIER / ENVIRONNEMENT

Kenscoff : une verdure en voie de disparition
Par Jésula PROPHETE

Dans une végétation ornée de pins et d’eucalyptus, se trouve Kenscoff à 20 kilomètres de Port-au-Prince. La ville jouit d’un climat tempéré et se situe à l’Est de la capitale. Ses nombreuses cultures en terrasse composent un paysage bien ordonné. Ce merveilleux endroit de 1500 mètres d’altitude tombe aujourd’hui sous les faits de l’urbanisation. Avec une croissance rapide de maisons sur l’emplacement des terres productives, érigées, pour la plupart, sur des pentes ou dans des ravins, avec un déboisement accéléré du coté Est du morne de l’Hôpital et l’exploitation à outrance de carrière de sables, la zone de Kenscoff laisse prévoir un désastre écologique sans précédent.

Depuis plus d’une décennie, ils sont nombreux ceux-là qui s’approprient d’une portion de terre dans la commune de Kenscoff, en vue de construire leur maison. Une tendance qui, très certainement, n’est pas sans conséquence sur l’environnement de cette ville tant prisée par les citadins de la place et sans compter les milliers de tourisme qui la fréquentent. One note depuis, une diminution considérable de la production agricole, selon le ministère de l’agriculture. Parallèlement, l’avenir de la partie Est du morne de l’Hôpital est sérieusement compromis par le développement du marché immobilier.

A mesure que cette invasion s’accentue, Kenscoff perd un peu de son potentiel naturel et archéologique. Selon des études réalisées par l’Agence Canadienne de Développement Internationale (ACDI), l’augmentation de la population et de ses besoins exercent une pression considérable sur l’environnement. La diversité des espèces étant étroitement liée à la superficie des habitations selon le Service Ressources Forestières (SRF).

Les atouts de la commune

Perchée à 1400 mètres…?, Kenscoff jouit d’un climat doux durant toute l’année. La température varie entre18 et 20 degrés celcius sur avec des basses de 10 degrés en janvier. Au sud, par le morne tranchant, la commune est protégée contre les alizés. Belot, Godet, Furcy, Oblédon, Séguin forment les principaux villages de cette commune.

La région de Kenscoff se spécialise dans les cultures maraîchères. Elle alimente la capitale en choux, carotte, oignons, laitues et pommes de terres. De nombreux produits qui figurent dans les rayons de nos supermarchés viennent de Kenscoff. « Néanmoins, les agriculteurs se plaignent souvent des prix exorbitants des engrais une situation qui n’encourage pas les cultivateurs à cultiver leur terre, déclare la coordonnatrice de l’association, « Afè nèg Konbit » de Kenscoff.
Entre la forêt des pins à l’est et les Forts Jacques et Alexandre au nord, les agriculteurs produisent les fruits les plus succulents de Port-au-Prince, selon certains ‘’observateurs’’. Fraises, pêches, loquâtes, grenadias sucrées, tamarillos sont au nombre (de ces derniers). Du point de vue écologique la Wynne Farm introduit plusieurs espèces végétales dans la région, venues pour la plupart des montagnes de l’Amérique du sud et de l’Asie.

Les enjeux
‘’L’envahissement de cette commune par ceux-là qui veulent y établir leur demeure se’’ fait sans aucune considération pour les terres agricoles. « Les nouvelles propriétés constituent l’un des obstacles majeurs au développement de l’agriculture » souligne Yves André Wainright. Plusieurs propriétaires ont vendus leurs biens à des entreprises de construction, selon le ministre de l’environnement. Encourager par une demande excessive de la classe moyenne et de l’élite, ces terres cultivables représentent de plus en plus une ressource rare pour la population.

En fait, on assiste impuissamment à une disparition des forêts naturelles. En 1993, on a recensé 60% de couvertures forestières contre 44% en1923. De plus 80% des besoins énergétiques proviennent du bois. « Pour répondre aux besoins de combustibles, la population abat 12 millions d’arbre par année » affirme l’ingénieur Smith Joseph. Et le plus important, l’urbanisation anarchique du morne de l’Hôpital entraîne une accélération du processus de déboisement.

Exploitation des carrières de sables
A coté des constructions anarchiques, des alluvions calcaires blanches sont exploitées à très grande échelle dans cette commune. Pour la fabrication des bétons, Laboule semble être la principale source des matières premières. « Le sable de Laboule convient à la fabrication des bétons en raison de sa propreté » déclare Orel, travailleur à plein temps dans une carrière de sable. Sous un soleil de plomb, il dit être conscient du danger mais n’a pas d’autres sources de revenus.
Laboule et Grenier fournissent a eux seuls 50% des exploitations de granulats du pays. Dans les localités de Godé et Obléon l’exploitation des roches occupe une part importante dans le marché local. Mais l’accès des sites se révèle très difficile à cause du mauvais état des voies de pénétration.
La déstabilisation des pentes et le glissement des terres (de terrains) sont autant de méfaits immédiats à constater. De plus, ces exploitations réduisent l’infiltration d’eau vers les nappes ce qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement.

Allant des ravines de Tête de l’eau / Laboule jusqu’à St Jude, le broyage du sable représente un danger imminent pour la zone de Port-au-Prince. De la route de Laboule12 à St Jude plus d’une quinzaine de carrières de sable sont en cours d’exploitation démesurée, et ce au mépris de l’environnement, au détriment du tracé de la route et du paysage naturel. « Les couches calcaires ont une tendance d’éboulement dans le sens de leur pendage. Il ne fait aucun doute que le poids des véhicules ajouté à leur vibration augmentent les risques de glissements de terrain » affirme Fritz Adrien, ministre du MTPTC. Cette exploitation anarchique du sable Laboule pour la construction contribue à la déstabilisation de la zone. Un problème à résoudre si on veut sauver et restituer l’écologie du morne de l’Hôpital.

Des percés
Le Ministère du Plan et de la Coopération Externe (MPCE) a la responsabilité de l’aménagement du territoire, selon des observateurs de la situation. Des mesures ont été prises récemment, par l’Etat haïtien, en vue de fermer ces sites. La loi du 27 août 1963 a déclaré zone sous protection le bassin hydrographique du morne de l’Hôpital. L’arrêté du 17 novembre 1978 place celui-ci comme utilité publique, malheureusement une période morte fera suite à l’arrêté. L’Organisme de Surveillance et d’Aménagement du morne de l’Hôpital (OSAMH) a été également crée, en vue de sa protection.

Jusqu’à présent les lois, les décrets restent lettre morte. Un camion, une perle, une pioche et le travail démarre. Avec des conditions de technicité primitive, les retombés sont énormes. « Tout d’abord l’exploitation archaïque des carrières située en montagne provoque une érosion accélérée des bassins versants » souligne le ministre de l’environnement, Yves André Wainrigth.

Un plan de maintien de la stabilité écologique du morne, poursuit le Ministre, doit être mis sur pied. Et l’Etat Haïtien se réservera le droit de zonage de toute la région considérée comme étant une source de revenu importante. La fermeture des carrières de sable doit être envisagée de concert avec les exploitants.

De toute façon, il faut agir vite pour freiner ces entailles esthétiques du paysage naturel tant prisé par les touristes locaux et internationaux. Le résultat est évident aux regards des observateurs en particulier les habitants de la zone. Toutefois si vous avez l’intention de faire un saut, vous trouverez encore de quoi vous régalez : « griyo ak bannann peze fè kenken ».

 

Jésula PROPHETE
haiti@panoscaribbean.org

[ Posté le 23/01/2007]