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DOSSIER / ENVIRONNEMENT

Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Nairobi : quels résultats concrets pour Haïti ?
Par Nancy Roc

Lors de la tenue de la Conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques à Nairobi, Kenya, Haïti a été représentée par le directeur général du ministère de l’environnement, M. Daniel Brisar et l’ingénieur Jean-Pierre Moïse, Coordonnateur du Programme sur les Changements Climatiques au Ministère de l’Environnement (ME). La délégation a présenté un document qui a été préparé conjointement avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) intitulé PANA, Plan d’Action Nationale pour l’Adaptation. Ce document cible les zones sensibles du pays aux changements climatiques telles que le département du Sud, de l’Ouest, du Nord Ouest, de l’Artibonite, du Nord et du Sud Est. Les secteurs les plus vulnérables sont l’agriculture, les sols, les zones côtières et les ressources en eau. Par ailleurs, les populations les plus vulnérables sont les agriculteurs, les personnes vivant dans des zones écologiquement fragiles en particulier dans les lits de rivières, les ravines, les flancs escarpés des montagnes et les villes à forte concentration urbaine telles que Port-au-Prince, Cap Haitien, Gonaives et St Marc.

Selon Moïse Jean-Pierre, Coordonnateur National Programme Changements Climatiques au Ministère de l’Environnement, les négociations menées à Nairobi par la délégation haïtienne ont été très fructueuses et le PANA a été reçu comme un ‘’projet modèle’’ lors d’une séance plénière. Sa réception peut-elle être considérée comme une victoire sur le plan national ? Quel va être le suivi immédiat de l’application de ce Plan National ? Panos a fait le point avec l’ingénieur Jean-Pierre Moïse lors de son séjour à Nairobi.

Nairobi : plateforme d’essai et de relance pour Haïti

Les différentes négociations menées par la délégation haïtienne ont permis d’aboutir aux résultats suivants :

• Avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE/FEM) un accord d’un montant de deux cent cinquante mille dollars américains (250,000 $US) a été signé et concerne la préparation d’une évaluation des capacités du pays pour la mise en œuvre des conventions sur les changements Climatiques, la lutte contre la Désertification et la Diversité Biologique.

• Un accord de principe est intervenu également avec le FEM/PNUE pour un premier financement de deux millions des dollars US (2,000.000 $US) à Haïti pour démarrer la mise en œuvre du Plan d’Action National d’Adaptation (PANA) aux changements climatiques.

Le PANA a été reçu comme un projet modèle de travail à Nairobi. Pour Moïse Jean-Pierre, Coordonnateur National Programme Changements Climatiques au Ministère de l’Environnement, « tout le mérite revient en grande partie aux consultants nationaux qui ont appliqué les directives fournies par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et du Groupe d’Experts des Pays Moins Avancés. L’assistance particulièrement soutenue de la fonctionnaire du PNUE qui nous a accompagné tout au long du processus (2003-2006) a beaucoup contribué à ce succès », a-t-il confié à Panos.

Le PANA étant un document qui identifie des activités prioritaires à mettre en œuvre afin de réduire la vulnérabilité de certaines régions du pays face aux effets néfastes des changements climatiques, il faut maintenant passer à la phase de mise en œuvre qui est la phase la plus importante….et la plus délicate car elle requiert d’abord une mobilisation de fonds et une saine gestion des fonds qui seront mis à la disposition du pays pour la mise en œuvre dudit document.

En ce qui concerne les relations d’Haïti avec la CARICOM en matière d’environnement, la tiédeur des relations avec les pays membres durant les deux années du gouvernement de transition, a eu comme résultat d’exclure Haïti des activités menées au niveau de la caraïbe dans le domaine des changements climatiques, en particulier les activités conduites par le Centre « Caribbean Community Center for Climate Change ».

Moïse Jean-Pierre a informé Panos que le Ministère de l’environnement (Me) a relancé les négociations avec ce centre lors de la conférence de Nairobi. Ainsi, le ME espère entamer le processus pour une meilleure intégration d’Haïti, à partir de 2007, dans les activités sur les changements climatiques dans le cadre de la CARICOM. Ce processus de relance est également en cours avec Cuba et des discussions sont actuellement en cours avec la République pour un projet de reforestation.

Changements climatiques : entre le discours et la réalité

« La complexité des questions et enjeux sur les changements climatiques, la discrétion diplomatique des acteurs engagés dans les discussions, font que se retrouver dans le dédale des négociations sur le changement climatique présente un véritable défi même à ceux qui les suivent de façon assidue. La tâche des négociateurs de la majorité des pays en développement, dont Haïti, se retrouve plus compliquée compte tenu de la faible taille de leur délégation (1ou 2 personnes) », a déclaré le Coordonnateur du Programme des changements Climatiques à Panos. Pour faire face à ces différents inconvénients majeurs la délégation à recommandé de :

• Renforcer la délégation gouvernementale avec la présence d’un représentant du Ministère des Affaires Etrangères (Ambassade, Mission Permanente etc.) trituré aux négociations internationales.

• Publier dans les meilleurs délais d’un arrêté gouvernemental créant l’Autorité Nationale Désignée pour la mise en œuvre du MDP du Protocole de Kyoto (AND/MDP)

• D’impliquer les opérateurs économiques dans la problématique des changements climatiques. Cette implication pourrait permettre à des représentants du secteur privé de participer activement aux négociations internationales sur le climat notamment celles liées au Protocole de Kyoto et le Mécanisme de Développement Propre. Cette démarche permettra au milieu des Affaires de s’informer directement sur la manière d’accéder à des financements dans le cadre du MDP et sur les partenaires avec qui ils peuvent mettre en œuvre des projets d’intérêt global.

• Promouvoir la participation du secteur universitaire compte tenu du grand besoin de renforcement des capacités dans de nombreux domaines techniques clés en rapport avec les changements climatiques

• Promouvoir la participation d’ONG locales dans les négociations sur le climat, notamment celles portant sur les mesures d’Adaptation à entreprendre en vue de réduire la vulnérabilité des communautés locales aux changements climatiques.

Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’Haïti participe pleinement à la réduction des gaz à effet de serre, en particulier dans le cadre du protocole de Montréal’’, avait conclu le ministre de l’environnement, M. Jean Robert Germain, lors d’une interview exclusive donnée à Panos en prélude à la Conférence de Nairobi. Il y avait annoncé le lancement d’un vaste programme de reforestation, créant au moins 20.000 emplois et une collaboration avec le ministère de l’environnement de la République Dominicaine pour reboiser le Massif de La Selle qui intègre les plus importants parcs nationaux dont la Forêt des Pins, le Parc la Visite et le Pic Macaya. ’’Ceci permettra de créer un corridor biologique’’ a expliqué le ministre qui annonçait aussi la mise sur pied d’une police forestière d’ici décembre 2006 ou janvier 2007 au plus tard. Selon ses déclarations, le gouvernement haïtien a également mené des travaux préparatoires avec différents pays de la Caraïbe et se propose de produire plus d’oxygène pour capter les CO2. ’’Même si les différentes études ont révélé que la quantité de gaz à effet de serre émise chez nous est faible, il y a lieu de considérer une politique de réduction de ces gaz avec des options pour le développement national car les changements climatiques ne connaissent pas de limites administratives ou géographiques’’, avait déclaré le ministre à Panos. Fort de cette idée, le ministère de l’environnement se propose de travailler à la mise en oeuvre de la réduction des gaz à effet de serre dans différentes zones urbaines. Un bureau d’ozone a ainsi été installé à Port-au-Prince et son équipe travaille sur des mesures d’atténuation dans les domaines de l’énergie, du transport, de l’habitat et de l’industrie. M. Germain a révélé qu’actuellement des frigoristes sont en train d’être formés en Haïti pour voir comment changer le fréon dans le domaine de la climatisation. ’’Nous formons aussi des agents douaniers pour diminuer l’importation de ces produits et travaillons de concert avec le ministère de l’agriculture pour pouvoir diminuer le bromure qu’on utilise dans les pesticides agricoles. Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’Haïti participe pleinement à la réduction des gaz à effet de serre, en particulier dans le cadre du protocole de Montréal’’, avait conclu le ministre.

Interrogé à Nairobi sur ces déclarations, le Directeur Général du ME, Daniel Brisard est resté coi…visiblement embarrassé et non informé de la plupart des projets annoncés par le ministre. Affaire à suivre…

Nancy Roc, Montréal, le 12 janvier 2007

 

PANOS CARIBBEAN
haiti@panoscaribbean.org

[ Posté le 23/01/2007]