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Productions

The Panos Institute Caribbean supports journalists from all around the region, to jointly produce and disseminate information. Currently, Panos brings out the following series of media products in English, French, Kreyol and Spanish:

La confession d'Elise

Des moniteurs réunis
en atelier au forum de POZ

Elise vient de Jérémie. Elle me raconte, émue, son calvaire : « J'ai découvert ma séropositivité après que le consul américain m'a réclamé un test au VIH pour compléter le dossier de ma résidence. Depuis lors, mon calvaire a commencé ». Les cinq frères et soeurs d'Elise résident, à présent, aux Etats-Unis.Dans son quartier, la rumeur commence à circuler. « Elise n'est pas allée aux Etats-Unis parce qu'elle a le SIDA ».

Assumant sa séropositivité, Elise persiste et signe qu'elle veut quand même aller aux Etats-Unis avec ses trois enfants. Les parents de celle-ci tiennent à voir leur fille auprès d'eux. Sans vouloir donner un refus définitif à cette femme, le consul américain inscrit, dans son programme, afin de la décourager, la stratégie de l'usure : « Chaque année, l'ambassade me commande de faire le test bien qu'elle sache que je suis séropositive ».

La stigmatisation

« Le choc de ma vie est venue de Jérémie », confie-t-elle sur un ton ferme, chaleureux qui ne laisse aucune place à la tristesse. « A l'école où mes enfants suivent leurs cours, les professeurs commencent à parler du SIDA pour mieux les stigmatiser. Des écoliers revenant de l'école pointent ma maison du doigt et disent: kay sa a gen yon mikwòb ».

Désemparée, humiliée, offensée, stigmatisée, elle se tourne vers Dieu. Sur le chemin de l'église, un groupe de jeunes de son quartier ne la ménagent pas. Vertement, les invétérés moqueurs lui lancent des quolibets qui la rétrécissent de honte.

Elle se souvient de ce refrain lancinant : « Vos parents peuvent être riches jusqu'aux dents, vous pouvez changer votre sang chaque mois ». Un autre moqueur donne cette répartie : « Gen suk, gen tansion, gen kansè ». Et la chorale répond : « Depi ou gen SIDA ou ap mouri kan mèm » !

Elise a vu son mari mourir du SIDA. « Toutes les femmes que le père de mes enfants a fréquentées sont décédées de cette maladie transmissible », se souvient-elle.

Mais, aujourd'hui, Elise a un peu grossi. On dirait qu'elle pète de santé : joues rebondies, bras potelés, sourire lumineux. L'état euphorique d'Elise va si bien avec son physique. Les gens qui ont connu cette ombre squelettique à laquelle l'on ne donnait que quelques mois, voire des semaines à vivre, se posent des questions troublantes : « A-t-elle vraiment le SIDA ? Ne nous sommes-nous pas trompés ? »

La revanche d'Elise

Les antirétroviraux ont donné une nouvelle vie à Elise. Elle renaît de son délabrement physique et retrouve un corps neuf. Bien en chair, elle loue GHESKIO, GIPA, POZ, les antirétroviraux et les organisations qui ont rendu possibles les journées nationales des PVVIH.

Après la déclaration d'Elise en public, nous l'avons abordée. En tête-à-tête avec elle dans l'un des salons du Ritz, cette séropositive tout feu tout flamme nous a confié qu'elle réfléchit profondément pour voir si elle ne va pas se remarier bientôt. Qui est le fiancé d'Elise ? « Un pasteur. Il n'est pas séropositif, et il s'attache à moi bien qu'il soit au courant de mon statut sérologique », nous confie-t-elle.

A ce propos, Esther Boucicaut Stanislas nous a fait remarquer, le jour suivant, dans le même salon, que lorsque les gens sont passés par ce stade de la maladie, ils ont un grand besoin d'accompagnement psychologique afin de se conduire en personne responsable envers soi-même et envers la société. L'exemple du révérend prêtre anglican ougandais Canon Gidéon Byamugisha est éloquent. Séropositif, après la mort de son épouse, il s'est remarié à une séropositive afin de ne pas infecter d'autres personnes.

Claude Bernard Sérant / PANOS CARAIBES

[ Posté le 08/08/2006]