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Les enjeux réels de Montréal

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ONU/Conférence sur le climat
Les enjeux réels de Montréal

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A vingt-quatre (24) heures de la fin de la Conférence des Nations Unies sur les Changements climatiques, ouverte à Montréal le 28 novembre dernier, l'issue n'est pas encore claire pour nombre de participants représentant cent-quatre-neuf (189) Etats-parties de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques et les cent cinquante-neuf (159) signataires du Protocole de Kyoto. Les enjeux grands et diversifiés et la divergence sont le seul dénominateur commun des délégués.

Tout le monde l'admet, il est évident que la température de la terre augmente. La terre se réchauffe pour ainsi dire. Les glaciers fondent, des forêts jadis sont aujourd'hui en phase accélérée de désertification. Les catastrophes naturelles deveinnent plus fréquentes. Le climat varie et ces variations climatiques provoquent l'augmentation du nombre des inondations, des cyclones, des ouragans et autres intempéries un peu partout à travers le monde. Mais, comme l'ont admis tous les délégués à la Conférence de Montréal, ce sont les Etats les plus faibles économiquement qui vont payer et qui payent le plus lourd tribut. D'où la divergence qui cactérise cette onzième (11ème) Conférence des parties adhérées à la Convention et aussi la première Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques. Donc, deux (2) conférences en une.

Pour surmonter les divergences, les pays qui participent à cette conférence se sont regroupés en des blocs, en fonction de leurs affinités et de leurs intérêts socio-écomiques et géopolitiques communs, pour faire part de leurs desiderata en des séances privées.. Deux (2) grands groupes subdivisés en plusieurs sous-groupes constitutent la toile de fond de cette conférence. D'une part, on retrouve les pays industrialisés et de d'autre part, les pays en voie de développement. Un Etat, en fonction de ses affinités et de ses intérêts, peut participer à plusieurs groupes.

Dans la cour des grands

Les pays industrialisés ou développés signataires du protocole de Kyoto ont des engagements chiffrés. C'est-à-dire, ils doivent réduire de 5,2%, par rapport à 1997, leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2012. Ce sont de grands producteurs de GES. Les GES étant des polluants qui s'attaquent à la couche d'ozone, enveloppe protectrice de la terre. Mais une quarantaine de pays seulement sont concernés par ces mesures contraignantes. Les Etats-unis et l'Australie, qu'ont adhéré à la Convention, se sont retirés du Protocole de Kyoto.

Les pays en développement, pour leur part, n'ont pas d'engagements chiffrés. Au contraire, ils doivent être compensés car ils sont les premières victimes des changements climatiques dus justement aux GES émis par les pays industrialisés. Et c'est là toute la bataille. Certains pays émergents comme la Chine, l'Inde et le Brésil, refusent ce statut d'émergent et préfèrent être dans le groupe des pays en développement. Economiquement, ça coûte d'être reconnu officiellemnt comme un pays développé. Or, la production de GES des pays émergeants est loin d'être inoffensive.

Le ministre canadien de l'Environnement, Stéphane Dion, qui préside les travaux de la conférence de l'ONU sur les changements climatiques, a proposé, lundi dernier, un projet de compromis qui vise, entre autres, à impliquer, sous une forme moins contraignante, les gros émetteurs du Sud comme la Chine, l'Inde et le Brésil, dans une maîtrise de leurs rejets de CO2 qui explosent depuis quelques années.
Ces pays, classés par le protocole Kyoto comme pays en développement, ont ratifié le protocole qui ne leur impose aucune obligation chiffrée. Ce sont des producteurs considérables des CO2 et d'autres GES.

Les petits entrent en scène

Parallèlement, les émissions de GES de certains pays en développement, comme Haïti, sont pratiquement insignifiants. D'où l'obligation faite aux pays industrialisés de non seulement réduire leurs émissions de GES par, entre autres, la production d'énergie renouvelables (énergies solaire, éolienne, hydraulique), mais aussi de compenser les dégâts causés dans les pays en développement par des mesures appropriées. La production de GES est un facteur de développement. Théoriquement, plus un pays est développé, plus il est susceptible de produire un plus grand volume de GES.

Les Etats-Unis, premier pollueur du monde, produisent à eux seuls le quart des GES. La Conférence se termine vendredi et la position des Etats-Unis sur l'après Kyoto bloque le processus.

D'un autre côté, le groupe des pays en voie de développement est par essence celui dans lequel les clivages sont plus évidents. On comprend bien que les intérêts du Brésil, de la Chine ou de l'Inde sont loin d'être les mêmes pour Haïti, Bangladesh ou Ethiopie. Ils sont loin aussi dêtre les mêmes pour les pays du Golfe producteurs et exportateurs de pétrole. A l'intérieur de ce groupe, on retrouve les sous-groupes suivants :
l'Aliance des petits Etats insulaires;
le Groupe des 77 et la Chine;
La CARICOM;
Le Groupe des pays moins avancés (PMA);
le Groupe des Etats d'Amérique Latine et des Caraïbes;
le GRUCA et la République Dominicaine;
le Groupe africain;
le Groupe des pays exportateurs de pétrole...
le groupe des pays émergents (Inde, Chine, Brésil ...).

Haïti et les PMA

Haïti, bien évidemment, fait partie des cinq (5) premiers groupes listés ci-dessus. Mais c'est au sein du Groupe des PMA que le pays a été plus actif, a constaté Le Nouvelliste. Avec seulement deux (2) délégués à la Conférence de Montréal, Haïti n'a pas pu faire passer sa position dans tous les sous-groupes où sont débattues des questions relatives à l'avenir de la planète en matière écologique. Pénurie économique et de ressources humaines qualifiées obliges. Car il s'agit de questions assez pointues qui demandent une certaines expertise. A noter que la participation d'Haïti à cette conférence a été assurée par le secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies.

Les PMA, au nombre de quarente-cinq (45), ont constaté qu'ils sont les principales victimes. Les inondations deviennent plus fréquentes et plus meurtrières chez eux. La saison cyclonique devient plus long et plus dévastatrice. "Il réclament des actions concrètes de la part des pays industrialisés et la mise sur pied d'activités leur permettant de réduire leur vulnérablité", a rappelé Monsieur Wilfrid Saint-Jean, un des deux (2) délégués d'Haïti à la Conférence de Montréal.

Aussi, un fonds a-t-il été créé pour venir en aide aux PMA mais celui-ci est loin d'être suffisant par rapport aux besoins. Haïti bénéficie de ce fonds pendant la période allant de 2003 à 2005. Elle a produit un rapport préliminaire et identifié les secteurs prioritaires.

Les secteurs vecteurs pour Haïti sont l'aménagement des bassins versants, la Gestion des zones côtières, la gestions des ressources naturelles (agriculture et sécurité alimentaire.

Le rapport étant produit, Haïti et les PMA attendent surtout des fonds pour la mise en oeuvre d'actions concrètes liées aux secteurs identifiés. Des fonds pour le moins hypothétiques, tenant compte de la réalité géopolitique mondiale.

Samuel Baucicaut
Envoyé spécial à Montréal [ posté le 13 mars 2006]

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