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LA MALTRAITANCE ET L'EXPLOITATION DES ENFANTS : UN SUJET PREOCCUPANT EN HAÏTI
Décembre 2001

Par: Nicole Siméon, Journaliste indépendante
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Aline a aujourd'hui 17 ans. Elle est un cas typique de la domesticité classique pratiquée en Haïti et illustre celui des milliers d'enfants qui sont victimes de ce type d'exploitation.

Elle n'avait que 8 ans quand sa mère l'avait confié à une tante. Une fois rentrée à Port-au-Prince, la dite tante a vite fait de licencier sa servante. « C'était à moi de m'occuper de la maison, un deux-pièces situé dans un quartier de Delmas ». raconte Aline. En fait, la dame n'était même pas de sa famille.

Des milliers d'enfants en provenance des villes de province pour la majorité, vivent en domesticité chez un membre de leur famille ou chez des inconnus résidant en milieu urbain notamment à Port-au-Prince, la capitale. La vie que connaît la majorité de ces enfants dans leur nouveau foyer a soulevé de grands débats sur les droits des enfants et en particulier sur cette pratique.

Certains artistes contemporains dénoncent leur situation dans des oeuvres satyriques dont les plus célèbres sont « Sent-Aniz » de Maurice Sixto, « Anita » de Rassoul Labuchin et « Restavèk » de Jean-Claude Martineau. Des organisations d'assistance sont fondées : le foyer Maurice Sixto sis à Brochette, un quartier de la commune de carrefour (Sud-Ouest de Port-au-Prince) est une des pionnières.

Une fois installés dans une famille d'accueil, ces enfants sont souvent considérés comme de petits esclaves. Privés du plus élémentaire de leurs droits dans beaucoup de cas, on les retrouve maltraités et battus : Aline était seule à la maison pendant la journée mais une fois rentrée de ses activités quotidiennes (elle était commerçante au marché en fer), la « tante » trouvait toujours prétexte pour la frapper et l'insulter, affirme-t-elle. « Certains jours en plus des travaux ménagers, j'avais la consigne d'aller la retrouver en ville », se rappelle Aline ajoutant qu'elle se sentait souvent fatiguée.

La dame lui laissait rarement à manger. S'étant lié d'amitié avec les voisins qui ont eu pitié de son sort, elle bénéficiait de plusieurs repas par jour à l'insu de sa « tante ».

Il y a deux ans, après une raclée, profitant de l'absence de la dame et de la complicité des voisins, elle s'est sauvée. Une dame, lui propose de l'héberger chez sa sœur qui habitait au haut de Delmas. Elle n'a plus jamais rencontrer cette « tante » depuis.

Cette pratique, quoique dénoncée par des organisations et institutions locales, n'a cessé de grandir de jour en jour pour atteindre un niveau inquiétant frisant son institutionnalisation.

Les derniers chiffres soumis par l'Institut psychosocial de la famille (IPSOFA) [Tiré de son ouvrage, RESTAVEK, la domesticité juvénile, paru en 1999] révèlent qu'en 1999, 300.000 enfants vivaient en domesticité. La situation économique du pays à la base de ce problème selon les spécialistes, ne laisse espérer malheureusement aucune régression.

Selon les organisations luttant dans ce domaine, le handicap majeur pour les actions qui sont menées en faveur de ces enfants est la situation économique du pays : 2/3 de la population haïtienne vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Aline estime qu'elle est bien là où elle vit( toujours chez la dame qui l'a recueilli : « Maintenant, je suis en préparatoire II (2ème année fondamentale) et je mange de tout ce qui se fait dans la maison, indique Aline Je suis partie voir une fois ma mère à Anse à veau (une petite ville du Sud d'Haïti). Elle est très contente de mon sort », conclut-elle.

Aline a pu trouver une sortie mais beaucoup de ces enfants voulant fuir cette vie, n'ont eu d'autre alternative que d'aller vivre dans la rue pour fuir leur misère...

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