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Les articles d'Island Beat

TÉMOIGNAGE D'UN RESTAVEK À CROIX DESPREZ
Décembre 2001

Par: Carril Desrosiers, Journaliste indépendant
Link to Plan Internationale Web SiteCet article de "Island Beat" a été réalisé avec le support financier de Plan Haïti, dans le cadre du projet "Droits des Enfants et des Média participatifs dans la Société civile."

La vision de Plan est celle d'un monde dans lequel tous les enfants pourraient donner libre cours à leurs pleines capacités, au sein de sociétés respectueuses des droits et de la dignité des personnes. Plan cherche à assurer la survie, la protection et le développement salubre de l'enfant, et la santé reproductive des adolescents et adultes, particulièrement les femmes en âge de procréer. Plan fera la promotion de la qualité de la vie et des droits des enfants; renforcera la capacité des familles à fournir à leurs enfants la stabilité, la protection et la sécurité.

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Selon un rapport publié en 1998 par l'Institut Psycho-Social de la Famille (IPSOFA) en collaboration avec l'UNICEF, sous le titre "La Domesticité Juvénile en Haiti," près de 300.000 enfants seraient placés en domesticité dans ce pays.

Ces enfants en domesticité non-rémunérés sont soumis à l'exploitation outrancière, à la misère abjecte et aux pires formes d'humiliation, indique dans son livre titré "PROFIL DE L'ENFANT EN DOMESTICITÉ," paru en 1984, une spécialiste de la question, Devesin Daniela.

À Croix-Desprez, un quartier situé au sud-ouest de Port-au-Prince, un enfant âgé de moins de 18 ans sorte de son long mutisme en livrant un témoignage poignant et édifiant sur sa servitude. Revenant du marché Salomon, le visage fatigué et ruissellant de sueur, reprenant son haleine sous un flamboyant, il eût à parler en ces termes.

"Je m'appelle Dieufrène. J'ai 17 ans et je suis originaire du Cap-Haitien. J'ai grandi chez une femme divorcée qui est ma patronne. Mon père m'a remis à cette femme eut égard à la solide amitié qui les liait depuis longtemps.

"Mes frères et soeurs sont restés au Cap-Haitien. Ma mére vit dans le quartier populaire du Fort-National et mon père a élu domicile à Cité Soleil. Je n'ai jamais eu la chance de fréquenter une école. Selon ma maitresse, je ne mérite pas d'être alphabétisé. Alors que celle-ci a deux enfants qui ont terminé leurs études classiques.

"Je suis la cheville ouvrière de la maison et mes taches sont variées. Le matin à 5h 30 je vais acheter du pain à une boulangerie située dans le quartier de Carrefour-Feuilles. À mon retour je fais le ménage et ensuite je passe le reste de la journée à gérer son négoce.

"Le soir je mouds le maïs pour l'a-k 100 (boisson typique haitienne à base de maïs) et l'arachide pour le beurre.

"Je suis confronté à une sévère carence alimentaire. Pour apaiser ma faim, j'ai régulièrement recours aux aliments laissés sur la table par les enfants. J'assure une autonomie relative en faisant des courses pour les gens du quartier.

"Je participe à l'insu de ma patronne aux travaux de construction qui se font dans la zone en transportant des blocs à raison d'une gourde l'unité.

"Je lave aussi les voitures des garagistes et des particuliers qui me donnent en retour quelques sous. Ces petites économies me permettentent de m'acheter des vètements et des chaussures usagers au marché de la Croix Des Bossales. Je m'endors et me réveille avec les mèmes vêtements

"Je dors à même le sol et suis privé de couverture. Durant les saisons humides, notamment la nuit, je suis transi de froid et j'en souffre énormément.

"Pour m'amuser, je joue au foot-ball et aux billes avec mes copains qui sont en domesticité comme moi. Les gens du quartier sont méchants. Ils se plaisent à me traiter malicicieusement de restavek et interdisent leurs enfants de rester en ma compagnie.

"En passant dans la zone du grand parc dénommé Champ de Mars, je suis souvent tenté d'aller faire équipe avec les enfants jouant au foot-ball. Mais mes nombreuses obligations m'en empèchent. Car je dois rentrer vite à la maison sans le moindre retard. Sinon, je serai puni.

"Être ‘restavèk' est un mauvais sort car on ne te traite pas comme un être humain. En conséquence, je projette de retourner vivre avec ma mère, la seule personne qui me soit redevable. Je veux aussi regagner ma ville natale. Mais ma maitresse n'est pas favorable à une telle idée. À chaque tentative de fuite, elle me dissuade par des menaces terrifiantes et en mettant sous séquestre mes effets. Mais je reviendrai à la charge pour échapper à cet enfer.

"À ce titre, je demande aux pouvoirs publics du pays de penser aux restavek dans leurs décisions. Car nos besoins sont pressants."

[630 mots]

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