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Les articles d'Island Beat

SE SOUCIER DU SORT DE CHAQUE ENFANT : LA REALITÉ EN HAÏTI
Décembre 2001

Par: Nicole Siméon, Journaliste indépendante
Link to Plan Internationale Web SiteCet article de "Island Beat" a été réalisé avec le support financier de Plan Haïti, dans le cadre du projet "Droits des Enfants et des Média participatifs dans la Société civile."

La vision de Plan est celle d'un monde dans lequel tous les enfants pourraient donner libre cours à leurs pleines capacités, au sein de sociétés respectueuses des droits et de la dignité des personnes. Plan cherche à s'assurer que les enfants, jeunes et adultes acquièrent des techniques de base pour apprendre et vivre, leurs permettant à réaliser leur plein potentiel et contribuer ainsi au développement de leurs sociétés. Plan fera la promotion de la qualité de la vie et des droits des enfants; renforcera la capacité des familles à fournir à leurs enfants la stabilité, la protection et la sécurité.

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Se soucier du sort de chaque enfant, tel le troisième des dix points du cri de ralliement du Mouvement Mondial des Enfants (MME) prôné à travers le monde et dont la campagne y relatif s'intitule : "Dites oui pour les enfants".

Basés sur la Convention relative aux Droits de l'Enfant adoptée en 1989 par la Communauté Internationale et ratifié par l'Etat haïtien en 1994, ces dix (10) points, visent à plaider en faveur d'un monde plus juste et plus équitable pour tous les enfants sans acception de race, d'origine sociale ou de moyen économique

Dans une population comme celle d'Haïti où 50% de la population a moins de 20 ans, où le niveau de fécondité s'élève à près de 4,24 enfants par femmes et où moins de 50% des enfants ont accès à des soins de santé, la problématique du sort des enfants devait non seulement faire partie intégrante des politiques globaux mais devenir la préoccupation de tous, à une échelle personnelle.

Port-au-Prince, la capitale assume à elle seule le plus grand nombre des enfants de rues, soit une population estimée à près de 8.000 enfants en 1999 (Ref. Martine Bernier et Françoise Ponticq). Les facteurs socioéconomiques et politiques laissent présager une augmentation vertigineuse de ces enfants pour les prochaines années.

L'action de l'État haïtien quoique faible encore, commence à se faire sentir à différentes étapes. Le ministère des Affaires Sociales (MAS), a réussi à faire valider par le Parlement, une loi contre le chatiment corporel infligé aux enfants Parallèlement de nombreuses institutions et organisations tant locales qu'internationales, regroupées ou de manière autonome, ont pris le parti-pris d'agir concrètement en faveur de groupes spécifiques d'enfants parmi lesquels on distingue des enfants en domesticité, des enfants en milieu carcéral, des enfants de la rue ou des enfants abandonnés.

Souvent, avec des moyens réduits, ces institutions depuis des années n'ont de cesse de lutter en faveur d'une vie meilleure pour les enfants dans différents domaines tels la santé, l'éducation... Mais la problématique des enfants de rue reste de loin, la plus préoccupante et mobilise encore un certain nombre d'action, parce que de l'avis de ces professionnels, c'est la catégorie la plus vulnérable et la plus influençable.

Les enfants de cette catégorie sont très démunis psychologiquement et matériellement. Ils sont frustrés et manifestent leur méfiance ou leur sentiment d'insécurité par rapport à leur milieu souvent par la violence.

La fondation Timoun Se Lespwa (FTSL) fondée et dirigée par le frère Jean-Claude Louisimond de la Communauté rédemptoriste accueille des enfants de familles défavorisées ou vivant dans la rue depuis octobre 1995.

Reconnue en 1999 par l'Institut de Bien-Être Social et de Recherches (IBESR), une institution de l'Etat mise sous la tutelle du ministère des Affaires Sociales, elle héberge une trentaine d'enfants de sexe masculin âgés entre 5 et 18 ans dans son local sis à Delmas 24. Ces enfants manifestent un réel enthousiasme par rapport à leur situation dans le foyer qui leur offre une famille, une alimentation régulière, un toit…

Le frère Louisimond désire donner à ces enfants une formation adéquate.

Avec un personnel constitué de quatre (4) membres seulement et un budget insuffisant, ils arrivent à survivre grace au soutien que leurs fournissent l'Appel des pauvres, une ONG canadienne, Foods for the poor, les petites sœurs de Sainte-Thérèse, la Communauté rédemptoriste et des amis personnels du prélat.

La situation est difficile, explique le religieux, installé dans une maison de location à l'espace réduit. « Je fais de mon mieux pour que ces enfants aient une bonne formation pouvant leur permettre d'être à l'avenir des hommes autonomes. Ce sera ma satisfaction avant de mourir de voir que ces enfants s'en sont sortis », a-t-il indiqué en ajoutant qu'il les encadre, les oriente selon leurs potentialités et agit pour leur plein épanouissement.

Vingt-quatre (24) de ces enfants fréquentent l'école primaire presbytérale Gethsémani, à la rue Saint-Martin. Les autres, assez âgés pour l'aider avec les plus jeunes vont au lycée l'après-midi.

Carlo a 14 ans, il rêve de devenir médecin, parce que dit-il, il mettra un terme à la souffrance de ses proches. Il est en 5ème année fondamentale et compte déjà sept ans dans la fondation. Il était abandonné par sa mère à sa grand-mère qui n'avait ni les moyens ni la force de s'occuper d'un enfant. Il a vite fait de se retrouver dans la rue une grande partie de la journée.

Jean-Marie, lui a 15 ans, il est en 7ème année fondamentale. Il a été renvoyé récemment du centre pour indiscipline. Parti se réfugier chez une tante, celle-ci l'a injurié. Il est revenu au centre répentant et estime avoir eu une bonne leçon. Il voudrait devenir foot-balleur professionnel. Il est orphelin et dit ne se connaître plus aucune autre famille que celle de la fondation.

Barnel vivait en domesticité chez sa marraine. Celle-ci lui menait la vie dure. Il est parti de la maison. Il est avec le frère depuis la fondation du foyer. Il a maintenant 16 ans.

Beaucoup de ces enfants ont été abandonnés par leur famille parce que celle-ci n'avait pas de moyens pour subvenir à leurs besoins. Grâce à la fondation, ils voient l'avenir sur un autre jour et nourrissent des rêves et des projets. Le petit Jean-Baptiste rêve de devenir prêtre comme le frère Louisimond.

L'idée de fonder un foyer d'accueil s'est imposée d'elle-même au frère Louisimond qui, à la vue de ces enfants vivant dans la rue s'est senti concerné par leur sort. « La plupart de ces enfants sont inoffensifs voire même désœuvrés et ne demandent qu'à être aidés, plaide-t-il en confiant qu'il aurait voulu s'occuper d'un plus grand nombre mais que les moyens lui manquent.

La place qui est faite aux enfants de rue dans la société et la fin parfois cruelle qui leur est réservée (assassinat, Sida, banditisme, recels) a pourtant de quoi interpeller la conscience collective et générer une action généreuse et efficace en leur faveur.

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