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Cet article de "Island Beat" a été réalisé avec le support financier de Save the Children Canada (SSC) dans le cadre du projet "Les filles des rues à l'écoute - Promouvoir les voix des filles des rues dans les médias pour élargir le débat public." Chedline, Josiette et Lovely sont trois fillettes respectivement
âgées de onze et dix ans. Elles vivent dans la rue
au Cap-Haïtien dans le Nord d'Haïti à plus d'une
centaine de kilomètres d'Ennery, leur localité d'origine. A leur jeune âge, elles luttent et survivent pour avoir droit à la seule chose qui leur semble une nécessité: le pain quotidien. Après avoir collecté une somme qu'elle juge substantielle, elles reprennent à un moment donné de l'année le chemin du bercail pour apporter un peu de soulagement à une mère souvent seule avec d'autres petits frères et surs. Maigres, les cheveux "jaunis" par le soleil, les dents tartreuses, mal vêtues, pieds nus, elles hantent les rues de la ville quotidiennement. Elles racontent leur expérience. "Nous arrivons d'Ennery (une petite localité située au Sud la région du Nord), Lovely et moi accompagnées de notre mère, pour gagner de l'argent. Ma mère a essayé de trouver du travail sans succès, alors on a fini par mendier toutes les trois. ( ) On n'avait pas de père pour nous aider chez nous." En fait, le père de Chedline a été emporté par une maladie inconnue alors que celui de Lovely les a abandonnées après la naissance de son deuxième enfant, un petit garçon de trois ans qui est resté à Ennery. La journée de ces filles commence très tôt. Elles se réveillent vers cinq heures du matin. Le temps de se faire une petite ablution, elles se retrouvent déjà dans la rue. Elles passent d'abord au marché, à la quête de quelques aliments de la veille. "Pendant la journée, nous ne voyons pas notre mère et nous ne savons même pas où elle se trouve. Le soir nous nous retrouvons au dortoir à cité Lescot pour passer la nuit." Cité Lescot est un quartier populaire situé à l'ouest de la ville, où dans un vieux bâtiment jonché de matières fécales et d'immondices communément appelé "dortoir," des paysannes, des badauds sans domicile fixe, des prostitués, des mendiants et ces filles passent leurs nuits dans la promiscuité, sur des morceaux de carton, payés à deux (2) gourdes la nuit par personne aux gérants des lieux. Ce "frais" est perçu par deux gaillards qui disent travailler pour le compte de la Mairie. "Ici, je peux gagner entre cinq et quinze gourdes par jour suivant la période, des fois vingt cinq gourdes. Après avoir mangé et payé le dortoir, j'épargne quelques sous ( ) A Ennery, on ne pouvait même pas manger, la situation était très difficile pour ma mère," indique Chedline. "Cela fait trois ans que je suis au Cap, je suis retournée des fois dans mon patelin pour apporter un peu d'argent mais maman y va beaucoup plus souvent." "Moi je suis au Cap depuis près de huit (8) jours," indique Lovely prenant timidement la parole. "C'est la première fois que je viens ici. Ma mère a dit que si je venais, on gagnerait plus d'argent. "J'avais honte durant les premiers jours quand les gens m'insultaient. Ils me disent d'aller travailler ou me sortent de gros mots. Mais Chedline me dit de ne pas m'en faire. Maintenant, je commence à gagner de l'argent," continue-t-elle avec un petit sourire. "Une fois, j'ai été à Port-au-Prince. Ma mère m'avait placé chez une dame qui s'appelait Aliette. Je restais à la maison à m'occuper de son petit garçon et à faire les travaux de nettoyage. La dame me battait chaque jour sous un prétexte ou un autre. Un jour elle m'a battu au sang parce que je n'avais pas fait la vaisselle. Ce jour-là, j'avais la migraine, je ne me sentais pas bien. J'ai donc fait demander à ma mère de venir me chercher et nous sommes rentrées à Ennery." Grâce à la présence de leur mère, ces filles ne sont victimes d'aucun abus sexuel et ne fréquentent pas les filles plus âgées qui certaines fois leur dérobent leur gain de la journée. Jusque-là, elles ont été à l'abri de la drogue ou du "thinner" (diluant), un composé chimique utilisé comme drogue par les enfants de rues. Josiette, elle, est l'aînée d'une famille de quatre (4) enfants. Elle est venue toute seule au Cap mais elle déclare être la cousine de Chedline et de Lovely. Elle est, elle aussi, originaire d'Ennery. "Je ne me rappelle pas depuis combien de temps je suis ici," avance-t-elle. "Ma mère est restée à Ennery pour s'occuper des autres enfants (dont un en bas âge), je lui envoie à l'occasion un peu d'argent. Moi, je ne veux pas retourner à Ennery, car si les gens savent que je vis dans la rue et mendie, ils vont humilier ma mère et ne nous respecterons pas. "Ici, personne ne me connaît, je n'ai rien à craindre. En plus, je gagne des sous, même si ce n'est pas beaucoup. J'ai entendu dire qu'à Port-au-Prince, on peut gagner jusqu'à cent (100) gourdes par jour mais là-bas ils battent les petites filles et moi je ne tiens pas à me faire maltraiter," a-t-elle ajouté. Ces filles ne sont pas les seules à se trouver dans cette situation dans la métropole du Nord, mais sont les moins âgées. Après la cessation des activités de l'organisation "Enfants du Monde" qui leur fournissait au moins un repas par jour. Il n'y a plus aucune ressource et elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Victimes de la situation économique précaire de leurs familles, elles sont des cas typiques de la pauvreté d'Haïti notamment des régions rurales. Ces enfants ont gagné la rue dans le but de conjurer leur mauvaise fortune et d'accéder à ce mieux-être qui semble obstinément leur fuir et au bout du compte, n'attirent que mépris et indifférence de plus d'un. [985 mots]
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