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Les articles d'Island Beat

HAITI-SANTÉ: Les jeunes pour des programmes de plaidoyers contre le SIDA
Juillet 2001

Par: Fritznel Octave et Ronald Colbert
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Les jeunes de la République d'Haïti préconisent aujourd'hui l'implantation de programmes appropriés de plaidoyer face aux pressions socio-économiques qui sembleraient représenter, en 2001, un facteur déterminant dans la propagation de la maladie du SIDA, notamment chez les jeunes encore réticents à avoir des comportements sexuels sécuritaires.

"Il faut disposer d'une politique de sécurité sociale nationale, intégrer des cours et sessions sur la sexualité dans les écoles et les églises, implanter des activités de motivation et de promotion sociales dans les sections communales pour prévenir l'exode vers les centres urbains," rapporte Begerl Chéry de l'Association de Solidarité Nationale (ASON) qui compte des personnes séropositives vivant avec le Virus de l'Immuno-Déficience Humaine (PVVIH) et des personnes affectées par l'infection de proches.

Comme partout à travers le monde, les jeunes en Haïti représentent la catégorie d'âge la plus touchée par le VIH qui provoque le SIDA. L'impact de la maladie a déjà réduit l'espérance de vie à la naissance de la population nationale, qui pourrait atteindre un chiffre au-dessous de 50 ans dans cette République caraïbe où 110 personnes meurent chaque jour du SIDA.

Environ 70 % d'hommes de 25-49 ans ont affirmé n'avoir jamais utilisé de préservatifs dans leurs relations sexuelles avec des partenaires réguliers et/ou occasionnels, selon les conclusions d'une Enquête de Surveillance Comportementale (ESC) rendues publiques le 26 février 2001.

Conduite en l'an 2000 à Port-au-Prince (la capitale) et au Cap-Haïtien (la deuxième ville) sous les auspices d'une organisation non gouvernementale américaine, cette étude "constitue la première d'une série ayant pour but de suivre les comportements sexuels des jeunes Haïtiens de 19 à 24 ans des deux genres et des hommes de 25 à 49 ans." Elle semble dénoter une tendance chez les jeunes hommes à afficher des comportements sexuels plus à risques (que chez les jeunes filles), susceptibles d'avoir des incidences sur la dissémination du VIH parmi la population générale.

Des analyses de spécialistes haïtiens, faites en septembre 1998 mais encore valables en janvier 2001, signalaient que "la population sexuellement active (15-49 ans), correspondant à la tranche d'âge la plus productive (du pays) était la plus touchée par le VIH/SIDA, dont les conséquences se feraient sentir dans tous les domaines d'activités. Déjà, les établissements sanitaires publics, privés et philanthropiques n'ont pas les disponibilités pour donner des soins minimaux aux personnes vivant avec le SIDA.

Les besoins économiques, un des facteurs de propagation du virus

"Il est difficile pour les jeunes des catégories sociales les plus défavorisées de se protéger convenablement, malgré leur claire conscience du danger que représente le SIDA. Au péril de leur vie, ils sont souvent obligés d'accepter certaines offres homosexuelles et hétérosexuelles pour faire face à leurs besoins socio-économiques," constate le coordonnateur adjoint du Groupe de Recherches et d'Actions Anti SIDA et Anti Discrimination Sexuelle (GRASADIS).

GRASADIS est un groupe d'avoués qui milite en faveur de la protection et de l'acceptation des homosexuels dans une société où l'homosexualité n'est pas admise. L'un des responsables déclare que beaucoup de jeunes des quartiers populaires s'enlisent malgré eux dans cette pratique afin de s'offrir un pain.

"Sous prétexte de virilité, le partenaire homosexuel, bisexuel ou hétérosexuel se trouvant en position de force refuse généralement l'usage de préservatif. Si on s'obstine à refuser le rapport sexuel non protégé, on risque de mourir de faim et de soif dans un pays où les jeunes se livrent à eux-mêmes dans des conditions d'extrême promiscuité," raconte Jonas Cherfils, un jeune garçon de 20 ans vivant dans un bidonville de Port-au-Prince.

Le manque d'espoir, une faible estime de soi, l'absence de loisirs et autres activités récréatives contribuent, entre autres facteurs, à pousser les jeunes hommes des quartiers populaires à tenter de se réfugier dans des relations sexuelles peu sécuritaires.

Croyances, mythes et tabous religieux

Les résultats de l'ESC rendus publics en janvier 2001 font état de la persistance de croyances profondes chez certains jeunes hommes, selon lesquelles le virus pourrait être attrapé "en partageant le repas d'un sidéen ou par des piqûres de moustiques."

A la découverte des premiers cas du SIDA en Haïti au début des années 1980, les organismes de prévention se battaient difficilement pour convaincre les gens de la réalité de la maladie. L'incrédulité, l'ignorance, la foi dans le fétichisme, le taux élevé d'analphabétisme figurent parmi les facteurs évoqués, outre les problèmes essentiellement économiques, pour expliquer le niveau d'extension du SIDA chez les jeunes hommes.

Une personne infectée et tombée malade s'apprête le plus souvent à gaspiller temps et argent chez les houngans (prêtres du vaudou), au lieu de s'en remettre aux résultats d'un test de dépistage disponible aujourd'hui gratuitement à Port-au-Prince. Dans les campagnes, on parle de maladie de "poudre ou zonbi SIDA ," une perception que rejette l'Association de Solidarité Nationale avec les PVVIH et les personnes affectées.

A Jérémie, principale ville du Sud-Ouest à 293 kilomètres de Port-au-Prince, une mère de famille infectée, qui avait deux partenaires sexuels, a indirectement contaminé deux de ses quatre enfants à la suite d'une visite effectuée chez un prêtre vaudou.

A Cabaret, à 35 kilomètres au nord de la capitale, certains parents superstitieux croient plutôt aux pratiques fétichistes pour soigner leurs enfants tombés malades du SIDA, selon un agent de santé de cette ville.

Un autre aspect du problème, c'est l'attitude des dirigeants catholiques et protestants qui, ne peuvant pas s'assurer de l'abstinence des uns ou de la fidélité des autres, voient dans l'usage du condom une souillure à la morale chrétienne. Alors, l'Eglise en Haïti, en qui les fidèles vouent beaucoup de respect et de dévotion, amplifierait-elle une attitude culturelle déjà très forte, particulièrement chez les jeunes de sexe masculin.

Informations et solidarité

La diffusion permanente d'informations, sur les incidences du SIDA dans le pays et les moyens à mettre en ouvre pour se protéger contre la maladie, reste une pièce maîtresse pour combattre ce nouveau défi sanitaire au début du 3ième millénaire. C'est ce qui ressort d'une série d'activités de sensibilisation initiées fin décembre 2000 par ASON auprès des jeunes de plusieurs villes d'Haïti.

Séropositif depuis 1993, Saurel Beaujour, 37 ans, secrétaire exécutif de ASON, exhorte les jeunes hommes à retarder leurs premières relations sexuelles et à rester fidèles à leurs partenaires sexuels, et les jeunes hommes séropositifs à ne pas profiter de situations économiques défavorables de jeunes filles pour continuer à propager la maladie.

Le message que veut passer ASON dans son "pèlerinage pour la vie" porte principalement sur le taux élevé d'infection au VIH en Haïti, classé en tête de liste des pays de la région ayant un plus fort pourcentage de séropositifs.

Perspectives globales

"Nous observons un changement d'attitude grâce aux efforts des institutions oeuvrant en faveur de comportements sexuels responsables des jeunes et d'une attitude de compréhension et de solidarité à l'égard des PVVIH. Il y a une possibilité de diminution du taux d'infection dans les 3 ans à venir. Dans cette perspective, les messages commencent par rejaillir sur les jeunes qui affirment préférer vivre dans la misère plutôt que de vendre leurs corps comme marchandises," estime Saurel Beaujour de ASON.

Ce séropositif de 37 ans forme des voeux pour la disponibilité prochaine d'un vaccin devant guérir les PVVIH, pour une prise en charge des orphelins du SIDA (infectés et affectés) par leur scolarisation, pour une attention spéciale vis-à-vis des plus vulnérables et pour des corrections en ce qui concerne l'attitude du personnel médical vis-à-vis de confrères et consoeurs vivant avec le virus.

Depuis ces dernières années, précisément suite à la tenue du premier forum national de solidarité avec les personnes vivant avec le VIH réalisée en avril 1999 par trois institutions nationales et internationales sous le patronage du ministère de la santé, la situation a beaucoup évolué.

Les effets du SIDA sont si reconnus aujourd'hui en Haïti que plusieurs organisations non gouvernementales sont parvenues à mettre sur pied, en février 2000, une structure de coordination en vue d'actions concertées sur la problématique du SIDA. Il n'est que d'attendre les retombées d'une telle stratégie qui devrait avoir des incidences mesurables sur les jeunes issus des couches rurales et urbaines pauvres.

"Tant qu'on n'arrive pas à améliorer les pires conditions économiques, susciter la culture de bonnes mours chez les jeunes et à faire évoluer les mentalités, les campagnes de sensibilisation contre le SIDA n'atteindront jamais les succès escomptés," croit Événiel Pierre, 26 ans, qui vit dans un petit hangar avec ses cinq frères, ses trois soeurs et sa mère au quartier populaire dénommé Saint-Martin, un des grands bidonvilles de la capitale où les habitants font face au dénuement et aux privations.

Événiel Pierre, qui s'est porté volontaire dans des activités de prévention du SIDA, rencontre tous les weekends des jeunes marginalisés dans des quartiers différents à Port-de-Paix, à 257 km au Nord-Ouest de Port-au-Prince. Les messages véhiculés (abstinence, fidélité et préservatif) semblent être bien captés par les jeunes garçons. Mais dommage, dit Pierre, on n'est pas sûr de la mise en application effective des conseils prodigués.

Pour atteindre les jeunes, les institutions de prévention activent des campagnes intenses de sensibilisation à travers les médias, particulièrement la radio, et dans les communautés considérées comme les plus à risques en ce qui concerne les maladies sexuellement transmissibles (MST).

La plus manifeste campagne entreprise en ce sens demeure celle baptisée "caravane des jeunes et des artistes contre le SIDA," lancée conjointement en mai 2000 par l'ONUSIDA et le Ministère haïtien de la santé et de la population, en collaboration avec la quasi-totalité des organisations nationales et internationales impliquées dans la lutte contre le SIDA.

Il faut d'abord penser à des solutions qui doivent être recherchées par le biais d'un plan national de développement, estime Samson Dieufait de l'Organisation Civique des Jeunes du Far West (OCJF), une association de jeunes se trouvant dans l'extrême pointe Nord-Ouest d'Haïti et oeuvrant notamment dans les domaines de l'éducation civique et de la santé.

L'un des responsables de GRASADIS déplore qu'à cause de la discrimination et des préjudices, les marges d'actions et les ressources financières soient limitées pour les campagnes visant à cibler les homosexuels où se retrouvent beaucoup de séropositifs.

Dans ce contexte, Jude Patrick Louis, qui travaille comme encadreur à l'organisation dénommée "Volontariat pour le Développement d'Haïti'(VDH)" croit qu'il est impérieux de trouver les ressources nécessaires à provoquer un vrai changement d'attitude chez les jeunes hommes, surtout vis-à-vis du SIDA. L'allocation de ressources appropriées permettrait, dit-il, de prévenir les dangers d'extermination de la majorité des personnes de la tranche d'âge 15-49 ans, qui bénéficient des préconçus et des discriminations entre les sexes que leur accorde la masculinité très fréquente en Haïti.

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