About this featured photo Link to Home Page Site Map . Contact . Help . Home  
  Regional Programmes . Productions . Resources . About Us
 
 

Productions: Island Beat

Panoscope . Media Briefings . Island Beat . Our Own Voice . Le P'tit Nouvelliste
Order Publications

Les articles d'Island Beat

La manne qui vient de l'Océan
Février 2001

Par: Strauss Védrine, Jacmel, Haiti
Editeur: Ives Marie Chanel, IPS-Haiti
English
français
español
kreyol

Le commerce de la drogue a activé l'économie des certaines villes et des localités côtières d'Haïti.

Jeunes et vieux, pecheurs et agriculteurs négligent leurs occupations traditionnelles pour attendre la tombée de cette nouvelle manne venue de l'océan ou du ciel.

Baptiste est l'un de ceux qui font partie de ce groupe de personnes. Récemment, parti de la localité de Marigot dans le Sud-Est du pays il a parcouru 4 kilomètres à pied pour atteindre la Guillaumonde voisine à la recherche de la "poudre précieuse."

Baptiste qui a 29 ans a motivé son voyage par des "recherches" qu'il entendait effectuer après la récente livraison d'une cargaison de cocaine.

Baptiste n'est pourtant pas tout à fait libre de ses mouvements car il vit sous le toit familial.

"J'ai dit à certaines personnes que je suis venu ici pour faire une étude des lieux pour la mise en place d'un projet d'irrigation," dit-il.

"Je ne peux pas aller à Guillaumonde sans donner une raison valable. A cette époque, ils pourraient s'imaginer que j'étais en quête d'argent ou que je voulais me suicider," dit-il.

Dans cette localité accessible uniquement par la mer ou à pied, le commerce de la drogue a modifié la situation économique. La localité se transforme en un véritable chantier, a-t-on constaté.


Des maisons en blocs de ciment de plus grande taille ont remplacé les huttes fragiles construites avec des troncs de palmiste.

Beaucoup de résidents ont changé leurs canots à rames contre des canots à moteurs. Tandis que les pecheurs améliorent leurs équipements, les velos sont remplacés par des motos.

"Quand les pêcheurs prennent le large, maintenant ils ne vont qu'à la recherche de la cocaine," déclare Pierre, le frère de Baptiste, un leader de la communauté de Marigot.

La drogue fraichement débarquée est vendu à 30.000 Gourdes le kilo par les pecheurs. Le prix du kilo passe à 40 ou 50.000 Gourdes quelques semaines plus tard.

Le trafic illicite de la drogue a fait surgir une nuée épouvantable d'armes à feu dans cette localité à une certaine époque tranquille.

"Tous les paysans déambulent ça et là avec des armes à feu, ils ne pêchent plus," déclare Pierre.

"Les gens avaient l'habitude d'informer la police quand ils étaient en présence de cas de trafic illicite de stupéfiants. On apportait la drogue à la police. Mais quand ils se sont rendus compte que la police en profitait ils ont décidé d'avoir une entente entre eux-mêmes," a dit un enseignant de Jacmel, la capitale régionale du Sud-Est.

La Police Nationale Haïtienne été créée en 1995 après la démobilisation de l'armée après l'intervention de la force multinationale à dominante américaine venue restaurer le président Jean Bertrand Aristide, déposé par les militaires en septembre 1991.

Depuis sa création au moins une cinquantaine de policiers ont été renvoyés de l'institution pour trafic illicite de drogue en 1998. Aucun d'entre eux n'a été poursuivi en justice.

En 1998, la police haïtienne a procedé à 86 arrestations pour trafic de drogue soit une augmentation de 69 pour cent par rapport à 1997, a rapporté le Département d'Etat américain.

Les trafiquants Colombiens utilisent surtout les côtes Sud du pays (Aquin, St. Louis) et certaines zones du Sud'Est (Marigot, Bainet, etc.) pour larguer leur drogue.

Environ 54 tonnes métriques de cocaïne sont passées par Haïti en 1998, en comparaison à 46 tonnes métriques en 1997, selon un rapport du Département d'Etat Américain sur le trafic de la drogue, daté du mois de juin 1998.

[585 mots]

Les articles d'Island Beat