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SIDA - HAITI : L'information, une arme capitale contre la maladie
Février 2001

Par: Ronald Colbert, Journaliste, l'Institut Panos, Haïti
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La diffusion permanente d'informations sur les incidences du SIDA dans le pays et les moyens à mettre en œuvre pour se protéger contre la maladie reste une pièce maîtresse pour combattre ce nouveau défi sanitaire au début du III e millénaire.

C'est ce qui ressort de deux activités de sensibilisation menées fin décembre 2000 par l'Association de Solidarité Nationale (ASON) avec les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et les personnes affectées.

L'une s'est déroulée dans l'après-midi du vendredi 22 décembre 2000 sur la Place Beauvais de la Croix des Bouquets, à une trentaine de kilomètres au nord-est de la capitale haïtienne ; l'autre dans la matinée et l'après-midi du samedi 23 décembre au Lycée de Carrefour, à la sortie sud de Port-au-Prince, dans le cadre d'une journée PORTE OUVERTE pour les jeunes organisée par le Volontariat pour le Développement d' Haïti (VDH) et un groupe dénommé Club Cool.

Il aura fallu les témoignages émouvants de Saurel Beaujour, une personne infectée par le SIDA, pour constater un regain de curiosité, de la part de jeunes de la Croix des Bouquets, aux informations transmises par ASON.

Plaçant son intervention dans le cadre d'une action civique et morale de citoyennes et citoyens conscients des dégâts causés par le SIDA, Beaujour a signalé les risques d'extension de la maladie à Croix des Bouquets qui, par sa proximité, entretient des rapports très fréquents avec Port-au-Prince où le SIDA continue de semer la mort.

Préconisant une chaîne de solidarité, Beaujour a invité les parents à cesser de considérer leurs filles comme « des marchandises à négocier avec des hommes disposant d'argent ». Il a aussi exhorté les jeunes à retarder leurs premières relations sexuelles et les séropositifs à ne pas profiter de situations économiques défavorables de jeunes pour continuer à propager la maladie.

« Tant qu'il y a la vie, il y aura de l'espoir », a rappelé Beaujour relatant des cas de personnes infectées rongées par le SIDA, telles une ingénieure haïtienne de 27 ans qui déplora n'avoir pas eu le temps de diffuser des informations sur les dangers auxquels s'exposent les jeunes ayant des relations sexuelles précoces.

A Jacmel, principale ville du département du Sud-Est d'Haïti située à 121 kilomètres de la capitale, une infirmière infectée, défigurée par la maladie, s'est retrouvée à la charge de parents septuagénaires qui, malgré leur âge, lui prodiguent des soins.

A Jérémie, principale ville du Sud-Ouest à 293 kilomètres de Port-au-Prince, une mère de famille infectée, qui avait deux partenaires sexuels, a indirectement contaminé deux de ses quatre enfants à la suite d'une visite effectuée chez un prêtre vaudou. Ce dernier a contaminé les deux enfants après les avoir blessés à l'aide d'une lame de rasoir manuel (communément appelée jilèt en Haïti).

Peu enclins au début à se rassembler sur la Place Beauvais de la ville, malgré les appels réitérés au microphone des membres de ASON, ces jeunes seront comme galvanisés en écoutant les propos de Beaujour, présent en chair en os pour continuer la campagne de motivation et de sensibilisation de son association.

Marie Yolène Pierre, responsable des relations publiques de ASON, a dû déployer toutes ses cordes vocales pour fournir des explications appropriées sur le mode d'utilisation des préservatifs masculins et féminins, tant ces jeunes de Croix des Bouquets manifestaient de l'impatience à voir la simulation-démonstration faite à l'occasion.

Le message sur lequel a voulu insister ASON dans son « pèlerinage pour la vie » a porté principalement sur le taux élevé d'infection au VIH en Haïti, classé en tête de liste des pays de la région ayant un plus fort pourcentage de séropositifs en plus des difficultés éprouvées pour satisfaire les besoins alimentaires de chacune et de chacun.

« Jeunes de Croix des Bouquets, votre vie est plus importante que la sensation du plaisir immédiat procurée par des relations sexuelles non sécuritaires et non protégées, comme la multiplication de partenaires sexuels et la non utilisation de préservatifs », a fait savoir Gérard Hilaire, membre de ASON, qui s'exprimait sur « Le défi représenté par le SIDA au début du III e millénaire ».

Evoquant les conséquences économiques et sociales de la maladie, Hilaire a rejeté la perception selon laquelle il existerait un phénomène « zonbi SIDA » qui frapperait certaines couches du pays.

Mais, dit-il, en plus des dépenses médicales énormes et de la division au sein des familles, le SIDA influence la productivité des parents séropositifs qui, à la longue, ne pourront plus aller travailler pour apporter la ration quotidienne à la maison. D'où, une atteinte directe sur les enfants qui risquent de faire face au dénuement et aux privations.

« Les fins d'année coïncident généralement avec une période de bamboches frénétiques. Mais attention, le SIDA est toujours là, il ne faut pas se séparer des préservatifs. S'informer sans cesse reste une arme capitale pour lutter contre la propagation de la maladie du SIDA », a expliqué Hilaire.

Pour sa part, après avoir défini les sigles et termes « VIH, SIDA, syndrome, séropositif », Begerl Chéry de ASON a décrit combien le virus du SIDA peut être présent dans les liquides biologiques et séminaux, comme dans les spermatozoïdes au cours de l'éjaculation, dans les seringues et rasoirs déjà utilisés (qui peuvent devenir infectés).

Les recommandations de ASON aux jeunes de la Croix des Bouquets ont été aussi développées au Lycée de Carrefour où les représentants de l'Association de Solidarité Nationale ont bénéficié de beaucoup d'attention de la part d'écoliers dans les différents ateliers de travail distribués par thèmes liés au SIDA.

Comme dans les autres villes où s'est déroulée la campagne de ASON, les jeunes ont bombardé les intervenants de questions d'éclaircissement qui traduisent, pour la plupart, une soif d'informations sur les risques liés aux modes de comportements sexuels, les modes de contamination au VIH/SIDA, les préjugés culturels entourant l'utilisation des préservatifs, les méthodes de protection naturelles et scientifiques (abstinence, fidélité à son partenaire : un seul mari, une seule femme), l'état des recherches en cours en vue d'un traitement efficace contre la maladie.

Particulièrement, les jeunes de ces villes ont manifesté un grand intérêt à pouvoir acquérir des préservatifs masculins et féminins généreusement offerts par ASON à l'occasion de ces rencontres de sensibilisation et de motivation sur le SIDA.

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Cet article est produit avec la collaboration et le support financier du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) dans le cadre du projet ASON: "Campagne de Sensibilisation et de Motivation par la voix des Personnes Atteintes du VIH/SIDA," une campagne qui couvrira les départements du Sud-Est et de l'Ouest d'Haïti pendant novembre et décembre 2000.

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