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Les articles d'Island Beat

Sud-Est d'Haïti: Peu de moyens pour prendre en charge des enfants de rue
Décembre 2000

Par: Nicole Siméon, Journaliste

Link to Plan Internationale Web SiteCet article de "Island Beat" a été réalisé avec le support financier de Plan Haïti, dans le cadre du projet "Droits des Enfants et des Média participatifs dans la Société civile."

La vision de PLAN est celle d'un monde dans lequel tous les enfants pourraient donner libre cours à leurs pleines capacités, au sein de sociétés respectueuses des droits et de la dignité des personnes. PLAN s'efforce d'accroitre la sécurité alimentaire et les revenus dans les familles, ce qui les permet d'améliorer le bien-être de leur enfants. A travers son programme d' interventions, PLAN cherche à renforcer sur le long-terme la capacité des membres des communautés pour gérer des projets affectant le bien-être de leurs enfants. Celle-ci comprend les capacités organisationnelles, techniques, financières et managériales aussi bien que leur aptitude à influencer les priorités et la qualité de services des institutions et des organization locales. PLAN reconnait aussi l'importance du renforcement des capacités à long-terme de ces institutions et de ces organizations.

Des milliers d'enfants haïtiens se retrouvent très tôt dans la rue, à la capitale comme dans les villes de province. Livrés à eux-mêmes, ils s'adonnent fort souvent à des activités marginales comme les larcins, la drogue, la prostitution.

A Jacmel, la métropole du Sud-Est située à environ 118 kilomètres de Port-au-Prince la capitale, le phénomène est en nette régression depuis la dernière étude réalisée par Dr. Françoise Ponticq et Martine Bernier en 1998.

Les rares enfants de rue peuvent compter, au besoin sur l'aide d'un parent habitant dans leurs banlieues d'origine ou disposent d'un toit pour se loger sur place.

Cette progression dans le traitement de cette situation n'est pas le fruit d'un hasard . Une association socio-culturelle et artistique baptisée Ligue des Artistes sans Frontières (LASAF) s'est spécialisée dans cette ville dans la prise en charge des enfants défavorisés notamment ceux trouvés dans la rue.

Un des responsables de La Ligue nous dresse le parcours de l'association et de ses interventions auprès de ces enfants.

"Les enfants ont besoin d'un cadre propice à leur épanouïssement et à leur équilibre", a plaidé Pierre Antoine Jean, le responsable de LASAF, plus connu sous le sobriquet de Familus.

Le travail de la LASAF se situe essentiellement dans la formation des enfants dont elle s'occupe, dans le domaine de l'éducation physique, du civisme, de la sexualité et de l'artisanat, a expliqué Familus.

N'ayant pas les moyens financiers pour s'occuper d'eux pendant toute l'année, la LASAF récupère les enfants pendant l'été et les place dans des familles ou les renvoie chez eux le reste de l'année.

La LASAF oeuvre officieusement depuis février 1995 et ne jouit d'aucune reconnaissance des autorités. L'association survie grace à l'intervention de certains amis personnels et de l'organisation Plan Haiti, a indiqué le responsable.

Cette dernière lui fournit de temps à autre une assistance logistique et alimentaire (bus de transport public, nourriture, T-shirts) lors des déplacements avec les enfants en dehors de la ville dans le domaine de leur récréation culturelle, soutient Familus.

"Le PLAN ne dispose pas d'assez de moyens financiers pour le moment, et ne peut pas donc fournir un support régulier à la ligue," a fait savoir Jean-Marc Dieumerci, le Manager de Programme de Plan Haiti à Jacmel.

Toutefois, dans sa politique visant à supporter les enfants et les jeunes à participer activement dans le processus de développement de leur communauté, le PLAN encourage les enfants parrainés à porter leur collaboration à ces enfants en difficulté, a ajouté le manager. En effet, dans le cadre d'un projet de développement de l'artisanat local et de peinture supporté par le PLAN, les enfants parrainés et plus d'une centaine d'enfants de la LASAF ont préalablement reçu une formation de base, fournie par un des pionniers de l'industrie artisanale à Jacmel.

"L'objectif de cette collaboration est de créer un environnement dans lequel les enfants peuvent exprimer leurs idées et développer leur potentiel artistique," a déclaré Jean-Marc Dieumerci.

Les enfants utilisent du papier-maché, du contreplaqué et d'autres produits locaux pour leurs oeuvres artisanales. Leurs travaux ont commencé à générer des revenus qui sont utilisés pour l'acquisition de matériels de travail. Ils sont en train de travailler durement et projettent d'organiser deux expositions d'objets artisanaux et de peinture pour 2001, dont l'une le 1er mai pour la fête patronale de Jacmel et l'autre pour le carnaval. "Cette activité va leur permettre de gagner de l'argent à partir de leurs propres initiatives."

Divisée en plusieurs antennes réparties dans plusieurs zones du Sud-Est, l'association compte actuellement 258 enfants à Jacmel, 159 dans la localité des "Zorangers," 721 pour toute la zone de Cap Rouge (Clemès, Trou-D'eau, Ka Fransik, Morne Salière…) et 129 à Marbial et Fonds Melon.

L'association vise à "inculquer des notions de discipline aux enfants et à les préparer de manière à ce qu'ils arrivent à remplir leurs obligations morales et civiques futures," soutient le responsable. La LASAF offre aussi un espace où les jeunes peuvent partager leurs connaissances et se récréer sainement.

"Ceci explique pourquoi nous stimulons les enfants et les jeunes à développer des techniques qu'ils pourront se servir plus tard pour gagner leur vie," soutient Jean-Marc Dieumerci.

L'intégration de nouveaux enfants se fait régulièrement au sein de l'association et répond même, certaines fois, à la demande des familles qui voient en elle une alternative pour l'éducation de leurs enfants.

Souvent domestiques, ouvriers agricoles ou dans le petit commerce (Madan Sara, étalagistes au marché), la majorité des parents n'ont pas le temps de s'occuper eux-mêmes de leurs enfants. Ces derniers, une fois livrés à eux-mêmes sont exposés, dans la majorité des cas à la délinquance juvénile, aux relations sexuelles précoces, soutient Familus.

A but non lucratif, l'association qui regroupe des enfants et des jeunes entre quatre (4) et vingt-quatre (24) ans, est souvent confrontée à des problèmes matériels et financiers l'empêchant d'étendre ses domaines d'action.

Pour pouvoir répondre à ses obligations envers les enfants, l'association utilise le local de l'école nationale Exina Gilles de Ka-Wolf. Les bureaux sont entre-temps logés chez un ami qui a bien voulu mettre une pièce à sa disposition, explique Familus.

Pour compenser ce manque de ressources, l'organisation se voit dans l'obligation de renvoyer les enfants les plus agés ou au mieux de leur trouver une activité lucrative.

Selon Familus, le grand projet de la LASAF est d'avoir un vrai centre d'hébergement et de formation pour les enfants. En dépit des activités régulières: représentations théâtrales, émissions radiophoniques et télévisées, excursions, activités sportives, conférences-débats, qui sont organisées avec les enfants dont a témoigné un parent admiratif, le travail accompli par l'association n'est qu'une infime partie de tout ce qu'elle doit entreprendre, estime le responsable.

Une pépinière d'arbres fruitiers est également en préparation pour la fin de l'année 2000. Cette initiative vise à sensibiliser les jeunes et leur offre une occasion de soutenir les efforts qui sont faits dans le domaine de l'environnement.

"Il suffit d'encadrer les enfants et les jeunes pour leur sortir du bourbier où les a plongé leur situation socio-économique. Le reste, ils le réalisent par eux-mêmes," a conclu Familus.

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