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Le calvaire d'un détenu séropositif
Décembre 2000

Par: Carril Desrosiers, Journaliste indépendant, Port-au-Prince
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Au dortoir de la prison des mineurs située dans une ancienne caserne dans le quartier de Fort-National situé au Nord-Est de Port-au-Prince, cohabitent 26 détenus incarcerés pour des motifs différents.

Parmi eux, figure un adolescent agé de 15 ans. J.G est originaire de Jérémie, une ville secondaire située dans le sud-ouest d'Haïti à 365 km de la capitale.

D'une physique fragile et doté d'une vive intelligence, J.G. est l'aîné d'une famille modeste. Sa mère était vendeuse de tabac et son père un ancien Directeur d'école à Jérémie décédé depuis belle lurette.

Arrivé en classe de première année préparatoire dans un collège de sa ville natale, J.G se trouvait confronté à de sévères difficultés pécuniaires le contraignant à abandonner tôt ses cours classiques.

Frappé par la paupérisation de sa famille naturelle et influencé par son ami James, il a pris la décision de venir à la Capitale, symbole d'espoir croyait-il.

À Port-au-Prince il commence à mener une vie marginale, déambulant sans désemparer à travers toute la ville. De laveur d'autos il est finalement passé " au cartel du Bicentenaire surnommé le cartel des malfaiteurs."

Un soir, le 15 février 2000, il est surpris en flagrant délit de vol dans un conteneur en provenance de la République Dominicaine en compagnie de ses consorts.

Battu et neutralisé par la police, il est jeté en prison pour purger une peine non encore établie par un tribunal a fait savoir Joseph Mary Magg Gracieux, la directrice de la prison.

Toutefois, J.G reconnait sa culpabilité et promet de ne pas récidiver.

La vie carcérale est contraire à celle de la rue. Privé de liberté, tenaillé par le remords et par l'ennui et par des maux de toutes sortes, il exprime ses grognes en ces termes: "Ici tout fonctionne à l'envers. Je me sens deshumanisé et ne vois que le noir. Les murs de la prison sont les seuls témoins a charge de mes tribulations. J'espère un jour sortir de ce bourbier."

Il poursuit en disant qu'une telle situation ne fait que fragiliser sa santé.

Les lésions apparues sur sa peau sont dues à la mauvaise qualité de l'eau et à l'insalubrité dans laquelle il patauge, se lamente-il.

Quant aux douleurs corporelles aiguës, il les incombe aux coups de pied mortels des policiers lors de son arrestation.

Un jour, en plein sommeil sur la carrosserie d'une automobile, un vilain Gamin l'a fait tomber. Cette chute lui aurait laissé de graves problèmes d'articulation musculaire argumente-il sur son état maladif.

Le médecin de la prison, Norma Petit-Frere, est d'avis contraire.

Tout a commencé dit-elle par la manifestation fréquente de certains symptômes classiques inquiétants comme la diarrhée chronique, l'amaigrissement marqué.

Face à ce constat préliminaire, elle a recommandé dans le plus bref délai un test VIH dans un laboratoire spécialisé du Centre GHESKIO (Groupe Haitien d'Étude du Sarcome de Karposi et des infections opportunistes )

Les résultats de l'examen ont revélé que J.G était infecté par le virus VIH.

Apres le constat de cette situation le personnel médical du centre carcéral a décidé de le traiter avec indulgence en contrôlant ses repas, ses rapports avec les autres enfants. Cependant, tous ces efforts achoppent sur les nombreuses lacunes structurelles prévalant au niveau de la prison.

Dans l'ignorance la plus complète de sa séropositivité, J.G avoue n'avoir eu qu'une seule relation sexuelle protégée avec une prostituée quelques mois avant son arrestation.

Quettty Moise, la travailleuse sociale en charge de ce dossier, argumente contre son assertion en relatant l'histoire de cet enfant de rues qui menait dans le temps une vie sexuellement active à haut risque ?

La pathologie de J.G est jusqu'à présent tenue secrète aux autres détenus.

Ils lui rendront la vie dure s'ils en étaient informés soutient Madame Quettty Moise.

Travaillant depuis 5 ans comme responsable de l'infirmerie, Yvrose Vernet s'attache à lui pourvoir le maximum d'encadrement médical par l'administration de la Permaganate pour les affections de la peau et des antibiotiques contre les épisodes diarrhéiques ainsi que des protéines aptes à revitaliser son énergie physique.

Les efforts entrepris jusqu'ici sont loin d'être concluants reconnaît Yvrose Vernet. L'état de J.G. ne fait que s'empirer. "Je suis terriblement malade," crie-t-il courageusement.

De l'avis de Quetty Moise et de Yvrose Vernet, le risque de contamination est tres élevé dans la cellule ou vit le malade. Car en cas éventuel de pratique homosexuelle, c'est automatiquement le drame. Elles suggèrent soit de le garder loin des autres enfants ou de le transférer à un centre spécialisé pour recevoir des soins palliatifs.

Vu la gravité de la situation, l'Assistant Légal Me Monique Madeus multiplie les démarches devant conduire à sa libération.

Pour sa part, le juge Nora Amilcar affecté au Tribunal pour Enfants entreprend des consultations auprès des institutions comme l'Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) désireuses de venir en aide à cet enfant en difficulté.

Le problème est délicat car J.G n'a pas de parents à Port-au-Prince et il est difficile de repérer les traces de sa mere, déclare Quetty Moise.

Quoique séropositif, il est un enfant bourré de qualités. Il a le moral solide. Sa combativité, sa sagacité, son sens coopératif, son optimisme font de lui l'enfant le plus adulé de la prison.

Il a un goût très poussé pour les beaux-arts et se passionne pour la musique. Son instrument préféré est la caisse claire.

Il nourrit l'espoir de pouvoir intégrer un centre de réinsertion sociale pour apprendre un métier et devenir un homme honnête accomplissant ses devoirs civiques et citoyens envers son pays, qu'il aime tant.

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