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Près de 110 personnes meurent du SIDA tous les jours ici. On parle de six nouvelles infections par minute. Ces chiffres qui sont en effet rapportés en décembre 1999 par ONUSIDA témoignent de la façon alarmante dont progresse l'épidémie en Haïti. La moitié de ces gens contracte la maladie par voie sexuelle. Un fait a pourtant retenu l'attention au cours de ces dernières années. Plusieurs personnes infectées assumant leur maladie ont décidé d'en parler ouvertement. Elles racontent les différents problèmes auxquels elles ont dû faire face et participent également à des campagnes de sensibilisation. Ces sidéens et leurs proches également souffrent. Un grand nombre d'entre eux parlent de comportement irresponsable et se blâment aujourd'hui. Ils parlent de leurs expériences. Soeurette Jeudi est une jeune femme de 26 ans. Elle a déjà un fils de 9 ans. Elle l'a eu alors qu'elle était encore à l'école. Il n'y a pas longtemps qu'elle a été diagnostiquée malade. Elle se trouve déjà dans un état critique. Soeurette raconte qu'elle a déjà dépensé tout son "avoir" chez des guérisseurs et des Hougans parce qu'elle avait cru subir les malédictions de certaines personnes qui la haïssaient. En fait, elle se rend compte maintenant que sa vie dissolue est à l'origine de sa maladie et accepte son sort. "Maintenant, il n'y plus qu'a attendre ma mort. Je n'ai pas assez d'argent pour me faire soigner." Soeurette se trouve maintenant dans un centre d'accueil pour malades défavorisés aux soins de quelques nonnes catholiques, alors que son fils vit chez une tante. "Je n'ai plus d'amis maintenant. Aucun d'eux ne vient me rendre visite pendant que je suis là. Ma famille fait ce qu'elle peut pour moi mais n'a pas de grands moyens." "Je regrette aujourd'hui mais je ne peux pas revenir en arrière. Le mal est déjà fait. J'avais déjà entendu parler du SIDA mais, je ne mettais jamais dans la tête que je pouvais l'attraper. Je ne peux même pas dire que je l'ai attrapé de Jean ou de Paul. Je faisais confiance aux hougans qui me disaient tous qu'on me faisait du mal par la magie. Ils m'ont promis chacun à leur tour que j'allais être guérie, mais les jours passaient et mon cas s'empirait. L'un d'eux a pu tout au moins guérir les boutons que j'avais sur ma peau. Ce qui m'a donné un peu d'espoir," a-t-elle avoué. Kernso Jules a 16 ans. Il est le deuxième enfant de Christian Jules, trente-un (31) ans, qui est un malade du SIDA. Il explique que c'est sa première expérience avec une personne atteinte du SIDA. Il a entendu parler du SIDA à la radio, dans des campagnes de publicité pour des préservatifs mais n'avait jamais pensé que l'un de ses parents serait infecté. "Je n'ai jamais vu une personne ayant le SIDA," explique-il. Ils habitaient à Côte-Plage, un quartier de Carrefour (zone Sud-Ouest de la capitale). Ils ont dû le quitter après que Christian ait participé à une émission télévisée où il a avoué sa séropositivité. "Depuis lors, nos camarades du quartier nous fuyaient ou faisaient des remarques méchantes à notre endroit. Les voisins accusaient mon père de pouvoir contaminer l'eau de la fontaine publique de notre quartier par le SIDA et quelques voisines conseillaient à ma mère de le quitter." Kernso a été témoin de la vie déréglée de son père. "Des fois mon père découchait ou rentrait à des heures indues. Lui et ses frères et soeurs ont été les premiers à souffrir des heurts entre leurs parents et maintenant, ils assistent à la détérioration à petit feu de la santé de leur père. Les aveux de Christian n'ont pas arrangé la situation de sa famille qui ne peut plus compter sur lui pour subvenir à ses besoins. Ma mère l'avait prévenu, mais il n'écoutait pas." Parrallèlement, Christian avoue: "J'avais cherché le SIDA et la première chose que j'ai pensé à faire en apprenant ma maladie est de le cacher à mon épouse. Elle s'est toujours montrée une femme modèle et ne méritait pas cela. Heureusement, elle est saine et sauve et mes enfants également." Gens de faibles moyens, ils ont pu bénéficier de l'aide de l'Association de Solidarité Nationale (ASON), de MSPP et de la Fondation Esther Bourcicault, a expliqué Christian. Des milliers de gens vivent les mêmes expériences, et font face à des problèmes psychologiques, économiques outre les problèmes physiques. Certains d'entre eux continuent encore à croire que la maladie est surnaturelle. Ils perdent leur temps et gaspillent leur argent chez des Hougans. Beaucoup de malades ne savent même pas qu'ils sont infectés et transmettent le virus sans que leurs partenaires aient des raisons de douter de leur séropositivité. En vue de sensibiliser les uns et les autres aux conséquences dues au SIDA, d'importantes activités - qui ne se limitent plus à la célébration de la Journée mondiale du SIDA, le 1er décembre - sont entreprises dans le cadre de la lutte contre la maladie. La dernière en date est la Caravane des Jeunes et des Artistes contre le SIDA qui a déjà effectué une campagne de sensibilisation et d'information à travers sept (7) villes du pays au cours de l'année 2000. Reléguant au second plan, les conférences - débats théoriques adressés à un public de salon, ce projet de Caravane se met plus près de la population en allant vers elle et innove avec des activités socio-culturelles (séance de cinéma, concerts, blagues...) exhortant les uns et les autres à réfléchir sur la problématique du SIDA tout en se récréant. En marge des activités de la Caravane, la Ministre de la Santé publique a fait état de différents projets que le MSPP et le gouvernement veulent particulièrement réaliser dont celui qui concernerait le traitement des femmes enceintes à partir de leurs 36e semaine en vue d'épargner au bébé d'être infecté du SIDA. Un autre projet s'inscrit dans le cadre d'un marketing social à partir duquel le ministère devrait mettre, en partenariat avec les commerçants, le plus de préservatifs possibles en circulation. Parrallèlement, un programme entre Haïti, Brésil et Trinidad, trois pays de la région des Amériques devrait être réalisé en vue de fabriquer un vaccin servant à diminuer les effets de la maladie. Une première cargaison de ce vaccin qui devra être essayer sur des volontaires sains est arrivé en Haïti le 15 octobre dernier, a fait savoir la ministre de la Santé publique. Et finalement un projet d'exonération des médicaments en faveur des malades sera mis en place afin de faciliter le traitement aux petites bourses. [1080 mots] * inter-titre d'un article paru dans la revue: "Les lettres des Nations Unies pour le trimestre octobre-décembre 2000." Cet article est produit avec la collaboration et le support financier du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), UGP/MSPP/IDA dans le cadre du projet ASON/Panos: "Renforçer le débat public sur le VIH/SIDA et les programmes de prévention avec la participation des personnes vivant avec le VIH/SIDA."
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