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Les articles d'Island Beat

Des enfants sans enfance
Août 2000

Par: Nicole Siméon, Journaliste, Le Nouvelliste, Haïti
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Si pour certains enfants, les vacances d'été sont synonymes de loisirs et de repos, pour d'autres au contraire, elles n'offrent aucun répit.

En fait, ces vacances représentent pour une catégorie d'enfants, une période qui leur permet de gagner de l'argent "à la sueur de leur front."

Jacmel par exemple, une ville d'Haiti située à 121 kilomètres au Sud–Est de la capitale abrite de ces nombreux enfants. Pour la plupart des filles agées entre 9 et 14 ans, ces enfants vivent dans des conditions économiques très précaires.

Enfants des rues ou placées en domesticité chez un parent elles viennent d'autres localités limitrophes à la recherche d'un mieux-être..

Certaines de ces enfants fréquentent régulièrement l'école. D'autres par contre par nécessité ou obligation sont contraintes de se transformer en commerçantes.

On les retrouve partout: au marché ou dans les environs de la place Toussaint Louverture au quartier du Bel-Air, à la gare Marché Geffrard à l'entrée de la ville ou au marché "Lakobat" dans le quartier communément appelé "anba lavil," avec de menues marchandises telles des sachets en plastique, des condiments ou des bonbons, qu'elles offrent aux passants en s'égosillant à longueur de journée, ou faisant éventuellement office de porte-faix.

Cependant, en marge de cette vie pitoyable, ces filles caressent des rêves, des rêves d'enfants privés d'enfance.

Assises sur la principale place publique de la ville, Edith, Clara et Finette estiment que "la vente n'est pas bonne aujourd'hui." A l'ombre d'un arbre elles s'octroient un moment de répit, et discutent un peu, leurs vans déposés à leurs pieds.

Quelques gousses d'ails, des cubes de condiments, des piments et quelques oignons constituent l'ensemble de leur fonds de commerce. Elles sont en moyenne agées de 13 ans et sont en cours moyen dans des écoles nationales ou communautaires.

Leurs activités, pour peu qu'elles soient avilissantes, ne leur causent aucun gêne puisque la majorité de leurs camarades sont dans la même situation,soutiennent-elles.

Mais Edith, Clara et Finette auraient préféré faire autre chose comme rester à la maison et jouer avec leurs amies.

Cette activité temporaire leur permet de venir en aide à leurs parents ou de se rendre utiles aux "bienfaiteurs" qui les ont recueilli dans leurs foyers et dont les conditions économiques ne sont pas toujours meilleures que celles de leurs parents, ont-elles souligné.

Mirlande, quant à elle, est la benjamine d'une famille de trois (3) enfants.

Ses frères sont partis avec son père pour travailler dans les bateyes, ces réputés champs de canne en République Dominicaine.

Sa mère fait la lessive pour des particuliers en ville aussi,pourtant elles ne se voyent pas souvent.

Placée en domesticité chez une tante résidant dans le quartier de "Ka Maya," elle ne va pas à l'école et ne connaît même pas son âge mais, aurait souhaité y aller comme certaines de ses "voisines."

Myrlande rêve de devenir médecin.Toutefois, elle sait que ce n'est pas à elle de décider.

Elle vient au marché pendant toute l'année. En ce moment elle vend des saucisses au détail.

Adeline est âgée de dix (10) ans, et est issue d'une famille de quatre (4) enfants résidant dans la localité des "Zorangers" à la première section communale du Bas Cap-Rouge.

Elle habite désormais un quartier près du parc Pinchinat communément appelé "sou teren," avec de la famille qu'elle n'arrive pas à identifier.

Elle vient au marché pendant toute l'année, dans la matinée de préférence, avec ses condiments car elle doit se rendre ensuite à des cours du soir pour la 3ème année fondamentale.

Elle avait seulement six (6) ans quand elle a commencé à vendre, se rappelle-t-elle. L'un de ses petits frères est mort en bas âge. Alors que le benjamin est resté avec sa mère aux "Zorangers," Adeline et sa petite sœur sont placées en ville, chez deux personnes différentes.

Adeline veut devenir "une grande dame" qui suscite le respect chez tout le monde, souhaite-t-elle.

Le cas de Guerlande est différent. Elle vit chez ses parents dans le quartier de La Saline. Ils ont deux (2) enfants et s'adonnent au petit commerce.

Elle a "oublié" son âge, admet-elle avec un sourire gêné, après mille reflexions. Elle est en cours élémentaire dans une petite école dirigée par un pasteur.

Guerlande pense qu'elle aurait dû être plus avancée dans ses études.

Elle fait le commerce pour son compte. Avec son argent de poche qu'elle met de côté tout au cours de l'année, elle arrive à se constituer une petite somme qu'elle investit dans la vente de bonbons.

Avec le bénéfice de cette vente, elle projette de s'acheter de "petites choses" pour la prochaine rentrée scolaire. Comme cela, ses parents n'auraient à charge plus que les uniformes et les frais scolaires.

Guerlande rêve de devenir une personnalité importante à Jacmel et avoir une bonne situation économique pour pouvoir aider ses parents, à l'avenir.

Ces fillettes n'ont pas choisi leur situation. Elles sont obligées de gagner leur vie, à l'âge où elles auraient dû jouer avec leurs poupées et bénéficier de toute l'insouciance de l'enfance. Mais, coup du destin elles sont là, dans les rues, à réfléchir et à parler comme des adultes pour essayer de survivre.

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