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On est presque unanime à reconnaitre que la pêche est un secteur d'activité sous-exploité en Haïti. La mer récèle des potentialités économiques importantes qui,étant négligées représentent un manque à gagner pour l'économie nationale. De toute façon, ce ne sont pas les pêcheurs de "Nan tikòk," quartier populaire de la savane (Aux Cayes) qui vous diront le contraire. En effet, elles sont de plus en plus nombreuses les familles dont cette activité représentent leur principale source de revenu. Cependant, surgissent des difficultés de toutes sortes qui sont de véritables freins à l'extention et au développement de la pêche dans la zone. Justin Glézil, responsable d'une coopérative qui malheureusement n'a pas fait long feu, a fait remarquer que: "Le secteur de la pêche est littérallement négligé par les instances responsables. Aucun encadrementé, aucune infrastructure, il n'y a que les pêcheurs et leur bonne volonté aidant qui essaient de tenir avec les moyens du bord." Plus loin, il souligne qu'il y a eu une tentative de mettre en place une coopérative de pêcheurs. Une telle initiative remonte à 1989 quand, alors ministre des Affaires sociales, Monsieur Arnaud Guerrier, lançait son programme de lutte contre la pauvreté. A l'occasion, une assistance incluant des bateaux, des filets, des plombs, et un freetzer leur a été remise. Mais, tout ceci n'a pas survécu au coup d'Etat qui a tout emporté sur son passage. L'activité de la pêche conduit parfois les pêcheurs jusqu à l'Anse-d'Ailnaut et les Anglais, deux localités du sud-ouest d'Haïti respectivement distantes de 74 et de 66 kilomètres de la ville des Cayes. Ces incursions territoriales ne font pas plaisir aux pêcheurs de ces régions. Parfois des altercations s'ensuivent. Justin un pêcheur expérimenté agé de 47 ans attire également l'attention sur le fait que des bâteaux étrangers qui sont dotés d'equipements de pêche sophistiqués sillonnent les eaux territoriales haïtiennes sans avoir l'air de s'inquiéter. Il ajoute toutefois ignorer s'il existe une loi sur la pêche en Haïti quoiqu'il exerce ce métier depuis bientôt 28 ans. Pour lui, les pêcheurs de "Nan tikòk" ne peuvent se payer le luxe d'un investissement sur une grande échelle dans la pêche. A l'en croire, c'est l'expérience de la coopérative qui doit être reprise car elle se révélait payante dans le passé et il insiste pour dire que les problèmes liés à la formation, à la disponibilité des fonds, à l'acquisition d'équipements modernes doivent être posés dans un cadre organisé. Tout semble indiquer que ce n'est pas une autre activité qui obligerait les pêcheurs à abandonner la pêche, métier auquel ils s'adonnent depuis de longues années pour la plupart d'entre eux. Mais, ils insistent tous sur l'équipement qui leur fait cruellement défaut. L'impossibilité d'avoir accès à des fonds et faute par eux de pouvoir disposer d'un équipement adapté aux exigences de l'heure, les pêcheurs se voient à la merci de gens qui achètent leurs produits à des prix incroyablement bas pour les revendre à prix fort à Port-au-Prince qui représente le marché le plus important. Dans ce cercle vicieux, l'accès à des matériels plus adaptés est renvoyé aux calendes grecques. Un compresseur se vend à raison de 2500$ US, se lamentent- ils. Et c'est justement pour rompre avec une telle situation que les gouverrments cubain et haitien ont initié depuis quelques mois une coopération dans le domaine de la pêche. Le programme qui doit s'échelonner sur une durée de cinq (5) années consécutives, prévoit entre autres activités un encadrement technique pour les pêcheurs, l'ensemencement de nos lacs et étangs à partir de larves de poissons (26 millions) et la dissémination de nasses constituées par des pneus usagés dans le milieu marin. Les premiers bâteaux cubains ont commencé à sillonner la mer territoriale haïtienne en février dernier dans le cadre d'un programme d'évaluation. Mais déjà , c'est le grogne à Nan ti kòk. Les pêcheurs se plaignent du fait qu'ils sont pénalisés par la présence des bâteaux cubains qui rafflent tout sur leur passage. Saurel Jean, Michel Laurent, Edouard Silas et Willy Saint-Gilles, tous des petits pêcheurs avouent qu'ils sont en train d être dépossédés de leur seul moyen de subsistance. Ils s'insurgent également contre le fait que les bâteaux cubains détruisent systématiquement leurs filets, occasionnant une perte considérable de l'ordre de 25.000 Gourdes. De plus, ils se montrent particulièrement inquiets pour l'avenir de la pêche, car ces bâteaux géants emportent sur leur passage même les petits poissons empêchant ainsi leur reproduction. L'agronome Pierre Guy Lafontant, directeur des ressources naturelles de la Ministère de l'Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural, intervenant sur une radio locale a fait remarqué que le programme sera bénéfique pour le pays.en général et pour les pêcheurs en particulier. D'après lui, cette expérience permet non seulement une évaluation du potentiel dans le domaine, mais également un transfert de technologie au profit des pêcheurs. [800 mots]
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