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Pandiassou-Haïti: L'évangile marche de paire avec l'action
Août 2000

Par: Fritznel Octave, Agence IPS, Port-au-Prince
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A Pandiassou, petite localité d'environ 20 mille habitants, située à 5 km au Sud de la ville de Hinche (chef-lieu du département du centre, 128 km de Port-au-Prince), la Congrégation des Petits Frères et Soeurs de l'Incarnation (CPFSI) se donne une mission basée sur l'action en vue du développement socio-économique de la paysannerie.

Cette congrégation catholique qui travaille dans la zone depuis 23 ans, voulant s'échapper aux critiques selon lesquelles les prédicateurs s'enliseraient dans une mission de résignation et d'exploitation, a pu inculquer aux paysans une nouvelle philosophie et une méthode de travail qui fait le bonheur de la communauté de Pandiassou.

Installés dans cette localité en 1977 à un moment où les paysans faisaient face à une misère chronique, les Frères et Soeurs de la CPFSI ont convenu que la résignation et l'exploitation entravent la sainteté de l'évangile. Il fallait développer une philosophie pragmatique liée aux besoins réels des paysans livrés à eux-mêmes.

Le Frère Francklyn Armand, Directeur de la CPFSI, estime que l'évangile et la misère ne s'accorde pas. Il indique que Dieu est amour. Cet amour infini, dit-il, ne connait ni classe ni race. Pour le dignitaire Armand, les paysans sont pauvres parce qu'ils ont été dépouillés par le mode d'organisation anarchique du monde actuel.

"C'est pourquoi," a-t-il poursuivi, "au départ des activités de notre institution réligieuse, il fallait relever certains défis, notamment aider les paysans à trouver le pain quotidien et les accompagner par la suite dans le travail dont l'objectif consiste à rompre avec la pratique traditionnelle de l'aide alimentaire."

Tandis que l'agriculture était à cette époque négligée à Pandiassou en raison de la sécheresse, la CPFSI devait placer la production agricole au centre de ses actions dans le but d'atteindre les objectifs fixés.

Jusqu'à la fin des années 1980, les habitants de Pandiassou ne travaillaient que 120 jours au plus par an à la merci des gouttes d'eau de pluie. Et les récoltes étaient de plus en plus médiocres, explique le Frère Armand.

"La région devenait de plus en plus déserte et le sol érodé. Le moindre arbuste s'est vu couper et jeter au fourneau pour la fabrication du charbon qui était la ressource économique prépondérante de subsistance sur ce plateau," s'est renchéri l'agriculteur Nicole Josias préparant son champs de maïs pour la culture d'automne.

M. Josias, père d'une famille de neuf personnes a souligné que l'institution dirigée par le Réligieux Armand devait se donner pour mission de transformer la zone en un village fraternel où les paysans vivent à l'abri de l'abondance agricole, des services sanitaires commodes et de l'éducation sur tous les plans.

La congrégation devait également s'investir dans la mise en place de certaines infrastructures indispensables au développement socio-économique des paysans.

A la recherche de l'efficacité productive pour subvenir à la rescousse des habitants de Pandiassou qui n'avaient ni bétail ni arbre, sauf la terre, la CPFSI a développé avec les paysans un système agricole basé sur la grande propriété suivant un système de "coumbitisme."

Encadrés, les paysans travaillent sur plus d'une quarantaine d'hectares de terre. Ces terres sont arrosées par le biais d'un système de lacs collinaires construites à cet effet. L'arrosage des champs de plantation se fait régulièrement à l'aide des pompes électriques installées auprès des lacs qui servent également à l'élevage des poissons

Grâce aux oeuvres de Frère Francklyn Armand, les paysans moissonnent et récoltent 12 mois sur 12 et leur système piscicole devient de plus en plus florissant.

"Actuellement, la localité de Pandiassou qui était considérée 20 ans de cela comme le désert du plateau central est devenu l'un des pôles d'attraction les plus importants en terme d'alimentation du marché hinchois en produits agricoles et piscicoles," s'est réjoui Madsen Labbady, animateur agricole travaillant dans la région.

Pour parvenir à conscientiser les paysans sur leur capacité, leur intelligence et leur savoir-faire, la Congrégation des Petits Frères et Soeurs de l'Incarnaton a misé sur la formation.

Elle a établi en ce sens un centre de formation agricole dans la communauté. Ce centre permet également aux petits paysans de développement leurs propres techniques de préparation d'engrais naturels, à la transformation et à la conservation de leurs produits.

Les paysans participent au développement des techniques de réproduction d'arbres, notamment dans la mise en place des systèmes de greffage et de pépinière pour faciliter le reboisement de la zone. Le Pandiassou devient actuellement un véritable village où le secret des coumbites, (pratique traditionnelle de travail communautaire presque disparue dans le mileu paysan) s'est redecouvert.

A l'instar de l'éducation informelle, la CPFSI est également intéressée à l'éducation formelle des jeunes et enfants de Pandiassou. Cette communauté est actuellement dotée d'un centre de formation classique et professionnel bénéficiant d'une bonne réputation dans toutes la région Nord du pays.

Des jeunes, filles et garçons venant de toute part dans cette région, réalisent leurs études classiques en même temps qu'ils apprennent une profession.

La section classique s'étend du jardin d'enfants aux quatre premières années d'études secondaires. Tandis qu'à la section professionnelle, dès leur première année d'études secondaires les jeunes peuvent apprendre un métier de leur choix: la technique agricole, la cordonnerie, l'ébénisterie, la maçonnerie, la chapente, la menuiserie, l'électricité, l'électronique, l'informatique, la cuisine ou la pâtisserie.

Bon nombre d'entre eux, une fois terminés leurs études, trouvent de l'emploi sur place dans les différentes sphères d'activités de la congrégation suivant leur profession. D'autres peuvent se diriger ailleurs ou créer leur propre entreprise selon les orientations données par l'institution.

"D'ailleurs, l'école nous offre la possibilité de travailler pour le compte de ses différents ateliers de production. Là, nous pouvons produire sur la commande de certaines organisations et entreprises étrangères," s'est félicité Sony Lepierre, jeune garçon de 19 ans.

Environ trois ans de cela, les jeunes professionnels de cette école se sont même arrivés à mettre sur pied une compagnie de construction. Cette compagnie bénéficie actuellement une bonne réputation dans le Plateau Central, notamment à Hinche, la principale ville de cette région.

Grâce au dynamisme de ces jeunes professionnels, la congrégation de Pandiassou a pu mettre sur pied un programme de logements sociaux dans cette communauté. Ce programme permet aux paysans de se procurer d'une maison décente en versant à travers un système coopératif une maudique côtisation mensuelle jusqu'au paiement complet du montant dépensé pour la construction de cette maison.

Sur le plan sanitaire, les efforts de la congrégation sont inestimables, s'est contenté à déclarer un paysan. Pandiassou dispose depuis l'été 1998 d'un dispensaire bien équipé avec un système d'hospitalisation moderne et un personnel qualifié constitué en grande partie de volontaires étrangers.

Les oeuvres de la Congrégation des Petits Frères et Soeurs de l'Incarnation commencent aujourd'hui à avoir un rayonnement national. Sous la base d'un contrat avec le gouvernement haïtien, cette institution s'engage depuis novembre 1999 dans la construction d'environ une cinquantaine de lacs collinaires dans le Nord-Est du pays.

La construction de ces lacs qui doit durer un an vise la mise en place d'un système d'irrigation pour près de 40.000 hectares de terre et la mise en place de facilités pour l'élevage et la culture du poisson dans certaines localités de la région.

Avec l'appui de deux spécialistes cubains, ces lacs à services multiples permettront la production d'environ 350.000 livres de poissons tous les trois mois, a indiqué le Frère Francklyn Armand soulignant que les paysans du Nord-Est auront, à l'instar des paysans du Plateau Central, la possibilité de cultiver des légumes tout au cours de l'année grâce à l'implantation de ces lacs collinaires. Ces lacs, a-t-il précisé, ont également une portée touristique.

Faisant savoir que le problème le plus important d'Haïti est de donner à manger à tout le monde, il estime que la solution de ce problème réside dans la production liée à une véritable réforme agraire. Le Frère Armand a par ailleurs lancé un appel à tous les secteurs ayant de l'argent à investir dans la production nationale.

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