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HAÏTI : Les enfants des rues s'identifient et parlents - site la poste
Janvier 2000

Par: Carril Desrosiers, Journaliste Indépendant, Port-au-Prince
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Aux abords de la place des Nations-Unies, James Victor un enfant de rue, tenait ces propos sur sa lamentable situation.

" Je suis James Victor. J'ai 11 ans. Mes parents habitent au Cap-Haitien. Pour survivre, je suis obligé de recourir à la mendicité. C'est une imprécation pour moi. Les gens m'insultent. Je tombe rarement malade. La migraine et la fièvre figurent parmi les maux les plus fréquents dont je souffre. Pour les combattre, je consomme les analgésiques.

" Mes repas du midi dépendent des restes de nourriture du fond de la chaudière laissés gratuitement à moi ou contre un menu service. Je mange une fois par jour. Le dimanche je ne mange pas.

" J'ai cessé d'aller à l'école, parce que l'argent de ma scolarité a été volé par une amie de ma maman. Je n'ai jamais pris de la drogue. Les autres en consomment exagérément.

" Avec l'ouverture de la place des Nations-Unies, je gagne plus d'argent par jour (25 Gourdes maximum). Une fois, la police a procédé à mon arrestation après m'avoir surpris en train de traîner dans la rue. J'ai été relaché sur la demande de ma mère. Les policiers m'ont sévèrement battu. Mais cela ne m'a pas empêché de regagner la rue. Car, j'ai été maltraité par mon parrain avec qui je vivais au Cap-Haitien.

" J'aimerais que quelqu'un me prenne en charge, m'envoie à l'école et me procure de tout ce dont j'ai besoin pour grandir physiquement et intellectuellement."

Toujours près de la place des Nations-Unies, Edmond Silfort, un déshérité, parlait en ces termes:

" Je m'appelle Edmond Silfort. Je suis originaire de Plaisance, une localité située dans le nord du pays. Mon oncle m'a dit que j'ai 11ans.

" Occasionnellement, je suis mendiant et larcin. Après avoir parcouru les rues sous un soleil de plomb sans manger et sans avoir un sous dans ma poche, je n'ai d'autres recours que de chaparder. En me tenant sur le fait, les gens m'infligent des sévères raclées. Ceci m'avait causé une semaine d'emprisonnement au Pénitencier National. Mes journées seraient impossibles, si les visiteurs de la place ne me donnaient pas quelques sous. Il y en a qui m'injurient et me demandent d'aller chez le Président Préval et l'ancien Président Aristide.

" Je suis un enfant fragile. Car je suis souvent victime des crises d'épilepsie. De temps en temps je tombe en pleine rue. Les passants compatissants viennent à mon secours en me prodiguant les premiers soins.

" Je suis un impotent du bras gauche à cause d'une cicatrice de brûlure laissée par le forfait des zenglendos qui, un soir avaient assailli la maison et ensuite mis le feu. J'avais 2 mois. Cette infirmité m'a valu le surnom de ‘Kokobe.'

" Les perrons du bureau postal me servent de lits. Mais je ne dors que d'un oeil. Car, la nuit c'est l'heure des règlements de compte. Le sommeil profond donne libre cours aux sévices corporels graves comme: des allumettes enflammées plantées sous les ongles des pieds du dormeur ou l'aspersion d'une sorte de mini-cocktail molotov fabriqué avec du diluant (thinner) et une canette en plastique. Ce qui me porte à me réveiller à 4 hres a.m par mesure de prudence.

" J'étais gardé dans un centre de bienfaisance dirigé par un pasteur. Mais le voyage de ce dernier pour Miami a entrainé un dysfonctionnement du centre. Je m'y étais retiré parce que je ne pouvais pas supporter les outrages moraux et physiques des remplacants. Il s'agit de l'orphelinat de Carrefour Feuille. Au retour du pasteur, j'ai essayé de réintégrer le centre, mais on me l'avait refusé."

Chiffon en main, en pleine activité, Jean Robert Célis parlait de vécu:

" Je suis Jean Robert Célis. Mes parents sont à Jérémie. J'ignore mon âge parce que je n'ai jamais été scolarisé. Ma présence dans la rue est dûe aux mauvais traitements que je recevais de la part d'une femme chez qui j'étais placé comme domestique (restavèk). J'ai sauvé ma peau en gagnant la rue. Quelqu'un mavait emmené à la Radio Nationale pour envoyer des annonces à l'endroit de mes parents, mais ils n'avaient pas fait signe de vie. Désesperé, je me dirigeais tout droit vers la rue.

" Ce chiffon que j'ai en main est mon gagne-pain. J'essuie et lave les voitures des gens fréquentant la zone. Suivant l'humeur du propriétaire, je reçois 3 Gourdes jusqu'à 5 Gourdes. Mais ces occasions ne s'offrent pas tous les jours.

" Les bâteaux accostés au port de la capitale me servent souvent de dortoirs. A force de fréquenter cet endroit, je me suis fait des amis.

" Les prostituées de la zone, emportent incessamment mes affaires: mes chaussures, mon argent. Au début, elles étaient mes économes. A présent, elles volent et se dopent sans arrêt à la cocaine. Grâce à Dieu elles ont été pourchassées par les habitants de la zone.

" J'ai un ami policier qui m'a intimé de ne pas consommer de la drogue. S'il me surprend, m'a-t-il fait savoir, il me jettera en prison. Les occupants de la base "La Poste," continuent à inhaler de la colle utilisée par les cordonniers . Ils essaient de m'influencer. C'est pour cette raison je ne dors plus à leur côté.

" Cette zone est occupée par des revendeurs de drogue. Ils ont une haine viscérale contre moi. Un ami étranger m'a promis beaucoup de choses. J'attends jusqu'à présent.

" J'ai tenté d'aller une fois chez l'ancien Président Aristide. J'ai abandonné cette idée apres avoir appris qu‘on me ferait du mal. On m'a fait savoir qu'on distribue de la nourriture et de l'argent à Tabarre. On refuse de m'y emmener.

" Le dimanche je ne mange pas, parce que les activités ordinaires s'arrêtent. Les borborygmes me fatiguent beaucoup et me donnent de la migraine.

" Avec l'argent collecté au cours des journées, je m'achète des vêtements usagers pour venir propre sur la place. Sinon on ne me laissera pas rentrer. Un jour, quelqu'un d' une grande générosité, m'a donné 50 Gourdes pour acheter une paire de chaussures. Malheureusement, un vilain me les a pris. La seule chance qui me reste ,c'est d'aller à l'école et d'apprendre un métier."

Assis tout seul devant le Bureau Postal, Fritznel opinait tristement sur sa vie:

" Je suis Fritznel, un ancien domestique originaire de Petit-Goâve. Je suis un orphelin. Mon nom de famille m'échappe. J'ai choisi de vivre dans la rue pour fuir les traitements inhumains des gens chez qui je vivais. Je suis un analphabète et je ne sais rien à propos de mon âge.

" Mes activités journalières, se réduisent à remplir les véhicules publics de marchandises et de passagers. Avec cet argent, je trouve quelque chose à me mettre sous les dents. Mes amis de la base partagent avec moi le butin de leur journée lorsque j'y suis rentré bredouille.

" Fort souvent, je visite les membres de ma famille durant les périodes de fête. Ils sont souvent contents de me revoir. Dommage, ils ne peuvent pas combler mes attentes. Dans le passé, j'entretenais de bonnes relations avec les houngans qui me faisaient du bien en échange d'un service.
Je ne suis pas au courant des virus mortels qui frappent la société. Je n'ai ni de petite amie ni de vie sexuelle active.

" A présent, je suis fatigué de vivre les tensions de la rue et de mener cette vie marginale. Je veux intégrer un centre de bienfaisance et avoir une profession. Il revient au président de la République de concevoir un programme d'aide aux enfants des rues."

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