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HAÏTI : LES ENFANTS DES RUES S'IDENTIFIENT ET PARLENT - SITE PORTAIL LEOGANE
Janvier 2000

Par: Carril Desrosiers, Journaliste Indépendant, Port-au-Prince
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Ils sont des enfants, pour la plupart de sexe masculin, âgés de 6 à17 ans. Ils adoptent la rue comme milieu naturel de survie, entretiennent des relations à toute heure du jour et de la nuit avec des marginaux comme eux. Ils sont essentiellement originaires des zones rurales et des quartiers marginaux des villes de province et de Port-Au-Prince. Ils se réunissent en des lieux précis à certaines heures du jour et de la nuit. Leur milieu global d'évolution est Port-Au-Prince.

Tels sont les critères qui ont été retenus par Martine Bernier et Paul Ascensio (Aide à l'enfance-Canada - Programme Haïti) pour définir la population des enfants des rues.

A partir de ces irrécusables témoignages, l'on pourra conprendre la mouvance, la compléxite, la multiformité de la poignante réalité de ces enfants vivant dans le dénuement et la misère abjecte. Enfants des rues, enfants dans les rues, ils s'identifient et relatent leur propre vécu.

A l'Ecole Nationale Fortuna Guerry, un matin d'aout 1999, Donalson Beauzile racontait ses déboires.

" Je suis Donalson Beauzile. Mais chez moi on m'appelle Dickenson. Je suis un natif de Port-au-Prince et j'ai onze ans. Je passe toute la journée dans la rue parce que ma maman n'a pas les moyens de m'encadrer et de m'envoyer à l'école. Mon père est mort, il y a quelques années. Après avoir vadrouillé dans la rue, je retourne à mon foyer sis au chemin des Dalles. A peine arrivé au cours Elémentaire 2, j'ai abandonné mes études au profit des activités marginales. Je suis affecté au chargement des transports publics et je gagne jusqu'à 40 Gourdes par jour. Ces sommes là, je les apporte régulièrement à ma mère et elle s'en sert comme bon lui semble.

" Je suis également victime de l'insécurité. Les plus grands, souvent armés, me compliquent l'existence en me faisant des préjudices graves. Le soir, lorsqu'il est trop tard et que je ne rentre pas chez moi, ils mettent délibérement le feu sur moi en plein sommeil. Ils s'emparent de mon argent et de mes objets. Il n'y a pas une instance légale à laquelle je pourrais porter plaintes.

" Tout le monde en veut aux enfants défavorisés. Souvent les policiers débarquent à l'improviste, pratiquent l'arrimage systématique et arrêtent tous les démunis sans justification aucune. Arrivés au Commisariat de Delmas, ils nous traitent comme des chiens en nous incarcérant dans des cellules exigues et surpeuplées. Il y en a qui sont vraiment des voleurs. Mais nous le sommes pas tous. Des enfants honnêtes et laborieux figurent aussi parmi nous. Moi, je préfere travailler pour me procurer de ce dont j'ai besoin.

" Grâce à Dieu je ne tombe pas malade souvent. Les maux dont je souffre fréquemment sont: la migraine, la fièvre, la grippe, etc... En cas de gravité, je visite un médecin et je paie la consultation avec mon propre argent.

" Je rentre souvent en relations sexuelles avec des filles de la zone. Je suis au courant des maladies que je peux contracter, comme le SIDA. Par conséquent, je prends les précautions d'usage en utilisant des préservatifs. Pour m'informer, j'écoute Radio Ginen et Caraibe F.M.

" Je suis totalement privé des soins médicaux et sanitaires. Récemment, j'ai été à l'Hôpital de l'Université d'Etat pour me faire soigner d'une tumeur kystique. On m'a demandé une somme tellement élevée que j'ai dû retourner chez moi sans être consulté. Je devrais me munir d'une carte coûtant 15 Gourdes et assumer les dépenses relatives aux éxécutions des prescriptions du médecin. Cela m'aurait coûté au tôtal 150 Gourdes que je n'avais pas. Même si je leur disais que j'étais un enfant de la rue, ça n'aurait rien changé.

" J'aimerais m'inscrire à une école publique, de façon à poursuivre mes études. Je travaillerais le matin et l'après-midi j'irai à l'école. Je suis prêt à financer mes études pourvu que ça ne dépasse pas mes maigres moyens. Mais le problème, c'est qu'il y a trop de favoritisme dans les écoles publiques. Leurs portes ne sont pas ouvertes aux défavorisés.

" Je n'ai presque pas de loisirs. Mais pour nous distraire, mes copains et moi nous nous achetons un ballon pour 15 Gourdes et nous jouons ensemble au foot-ball. Le dimanche, je vais à la plage (le Lambi), ensuite je retourne chez moi.

" Je caresse le rêve de devenir un journaliste professionnel, un homme comme tout homme."

Il était 10 hres a.m. à la gare du Sud, Saintael Saintubin relatait ses vicissitudes.

" Balikou est mon surnom. Mon vrai nom est Saintael Saintubin. Mes parents résident à Baînet. Mon père travaille dans une boulangerie et ma mère fait la lessive chez des particuliers. Je suis venu tout seul à Port-au-Prince en m'accrochant à la carosserie d'un autobus faisant le trajet. La rue est mon unique demeure. J'essuie les voitures et je mendie de l'argent et de la nourriture aux gens pour assurer ma survie. Mes parents savent pertinemment que je suis dans la rue. Mais ils n'y peuvent rien. J'ai une soeur qui travaille à la TELECO. On ne se voit jamais. J'ignore où se trouvent mes autres frères et soeurs.

" Je suis souvent sale parce qu'il est très difficile de me laver et de porter des vêtements propres. Je m'habille des vêtements de seconde main vendus au marché de la Croix-des-Bossales.

" J'ai le désir ardent de retourner au sein de mon foyer initial pour être chéri. Car je suis en grand danger éminent là où je suis. J'ai entendu parler des centres de bienfaisance. Mais je suis quelque peu méfiant sur ce point.

" Mon rêve c'est de porsuivre mes études, devenir un professionnel de la construction et d'intégrer véritablement la société."

Pierre Roussel de la base Portail Léogane, eut à parler ainsi de son vécu .

" Je suis Pierre Roussel Jean Claude George. J'ai 10 ans. Ma mère est décédée et mon père se trouve à Espanda, une localité située au Sud de Port-au-Prince non loin de La Ferme. Je vis à Portail Léogane depuis des lustres. Je ne fais que mendier et essuyer les voitures. Je gagne 15 Gourdes par jour. Ces sommes, je les confie régulièrement à Marie, une marchande de nourriture qui m'en assure l'épargne. Elle me donne à boire et à manger quand j'en ai besoin.

" Je mange une fois par jour. Mon repas de midi me coute 4 Gourdes. Mes journées sont chargées. Tous les matins, je vais en ville pour acheter des carottes et les revendre ensuite. Avec cet argent, je m'achète des vêtements usagers et des choses utiles à ma survie. Grâce à Dieu je ne suis pas un enfant maladif.

" Je suis la proie des malfaiteurs. La nuit, lorsque je m'endors ils me versent de la colle aux yeux. C'est ce qui m'empèche d'avoir une bonne visibilité. Ils me haissent parce que je ne leur donne pas mon argent. Autrefois, je savais me droguer en inhalant de la colle et du diluant dont les effluves procurent une sensation extatique. Je suis informé sur les maladies vénériennes qui tuent beaucoup de gens en Haiti.Les plus grands disent que l'un des moyens de s'en protéger c'est d'utiliser despréservatifs. J'aimerais bien aller dans un centre de bienfaisance, mais je crains d'être battu par les plus grands. Entre temps, j'attends les projets humanitaires du gouvernement."

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