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Des témoignages poignants des personnes vivant avec le SIDA ont eu un écho très favorable durant le forum national sur le VIH/SIDA, récemment tenu du 21 au 23 avril 1999 à Pétionville, Haïti. Des séropositifs haïtiens, cubains, une séropositive trinidadienne ainsi qu'un membre du Réseau des Dominicains vivant avec le VIH (REDOVIH) ont rélaté leurs expériences personnelles. Durant le premier jour du forum, des témoignages de l'haïtienne Esther Bourcicault et de la trinidadienne Yolanda Simon, toutes deux séropositives, ont retenu l'attention et suscité des ovations debout des participantes et participants aux assises. Refusant tout sentiment de pitié envers elles, Esther Bourcicault et Yolanda Simon ont toutes deux plaidé en faveur d'une mobilisation commune, effective et agissante, pour prévenir la séropositivité chez d'autres personnes. "Les infectés doivent se mettre debout et parler en leur nom propre. J'appelle vous toutes et tous à vous mettre au service de toutes celles et de tous ceux qui ne sont pas infectés", a solennellement lancé Esther Bourcicault qui a rendu hommage aux témoignages de solidarité qu'elle a reçus, mais s'est déclarée choquer de l'attitude de certaines gens insensibles "ayant vu dans ses interventions publiques dans les médias une tendance vénale." Comme Esther Bourcicault, Yolanda Simon a évoqué les souffrances endurées en vue de parvenir à accepter sa situation de séropositivité qu'elle a découverte après être sortie de l'université. Ayant reçu beaucoup de support de ses relations, excepté de son père, ayant décidé d'identifier les causes de la maladie et participé à différentes activités des réseaux de personnes infectées par le virus, elle estime que la qualité de sa vie a augmenté de 10 fois depuis qu'elle est infectée. "Malgré que l'environnement ne supporte point cette réalité, il faut manifester de la solidarité avec les infectés, qui sont affectés par un manque de councelling à travers la région", a fait ressortir Yolanda Simon se considérant comme un élément des statistiques présentées au premier jour du forum. Présentant une expérience initiée en 1997 en République Dominicaine par le Réseau Dominicain des personnes vivant avec le VIH (REDOVIH), le dominicain Cesar Castellano a insisté sur l'ensemble des souffrances émotionnelles vécues par les séropositifs, comme la perte de la notion du sens du futur, de contrôle sur sa vie, des problèmes avec l'entourage. "Le travail sur le SIDA implique en même temps la prévention et l'attention ainsi que la prise en charge des infectés. Il faut inclure la prévention dans les programmes de traitements pour qu'on ne parle plus de victimes mais de personnes, non plus du problème, mais du processus que certaines personnes sont en train de vivre, non plus de les considérer comme patientes mais comme des personnes", a proposé Castellano. REDOVIH tente d'implanter des groupes de support partout en république voisine. Relatant son expérience de séropositif depuis 6 ans, un enseignant cubain, participant au forum et travaillant dans un centre de prévention de la maladie dans son pays, a plaidé pour la mise en oeuvre d'activités récréatives et culturelles au profit des PVS. Pour lui, l'éducation sexuelle devrait commencer dès les premières étapes de la vie, car il est beaucoup plus difficile de changer de comportement à l'âge adolescent et adulte. Un autre participant cubain, médecin-hématologue qui a été l'un des premiers cas dépistés à Cuba en 1979, a révélé qu'il apporte des soins à beaucoup de patients sidéens. Responsable d'une émission radiophonique d'échanges de 30 minutes sur la problématique, professeur à une école de médecine, il s'est demandé pourquoi il n'a jamais eu de symptome depuis 20 ans. "S'agit-il d'un miracle ou de ma façon de vivre? Je ne peux pas l'expliquer. En dépit de l'impact sur ma vie de la constatation de ma séropositivité, je me suis évertué à travailler et à fournir de l'aide, je mène une vie normale, je mange beaucoup", a fait savoir le médecin séropositif cubain qui signale avoir seulement pris, et seulement pendant une année (de 1988 à 1989), des doses d'une injection dénommée "interféron." Il y a un contraste saisissant entre les témoignages fournis au forum et les sentiments de peur, d'angoisse et de désarroi exprimés dans le cadre du téléphone bleu, un service de councelling téléphonique. C'est ce qu'a relevé Agnès B. Zamor, directrice de ce projet, opérationnalisé en avril 1998. Elle est également une infirmière spécialisée en communication. Les promoteurs et les conseillers de l'initiative du téléphone bleu ont l'objectif d'encourager la communication interpersonnelle avec leurs interlocutrices et inter locuteurs, par éviter de poser des questions embarrassantes. Un pourcentage très faible des personnes qui appellent a révélé un statut de séropositivité. La ligne téléphonique principale de l'initiative est "100", supportée par six lignes secondaires. Les conseillers ont reçu depuis mai 1998 environ 12,000 appels, dont la plupart étaient émis par des jeunes de la tranche 15 B29 ans. Un réseau presque national existe depuis avril 1999. Pour le moment, seulement Hinche (Plateau Central) et Port-de-Paix (Nord Ouest) ne sont pas couverts. L'adresse du téléphone bleu est maintenue confidentielle pour donner plus de garantie aux personnes qui appellent. Parmi les besoins manifestés par les personnes ayant sollicité les services-conseils du téléphone bleu, il faut citer: les divers moyens de subsistance, la recherche du travail, l'assistance pour achat de médicaments. De plus, quelques personnes qui ont appelé ont dénoncé les violences sexuelles subies par les femmes dont les partenaires sont infectés et rélaté la négociation difficile de l'emploi pour les femmes infectées dont les maris ignorent le statut de séropositivité. Ayant fait preuve de beaucoup d'engagement, les séropositifs ont insisté pour témoigner de leur situation de séropositivité. Le forum a porté les organisateurs et participants à ne plus parler de "victimes" pour les personnes infectées, mais à évoquer le concept de A personnes vivant avec le SIDA A de manière à redonner un visage humain aux malades. Le forum de solidarité avec les personnes infectées par le virus du SIDA - qui est placé sous le patronage du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) - était organisé par : Plan Haiti, Promoteurs Objectif Zéro SIDA (POZ) et l'Institut Panos, un organisme international oeuvrant en faveur du renforcement des organisations sociales via les médias. Le forum a reçu ainsi le support technique et financier de ONUSIDA et de Policy project / USAID. [1049 mots]
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