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Les articles d'Island Beat

Alina: mari et épouse
Juin 1999

Par: Luders Victor, Radio Echo, Pilate
(Adaptation et édition française: Ives Marie Chanel)
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Alina Cajuste est agée de 37 ans. Elle est la mère de 3 enfants. Elle vit avec son mari a Martissant, un quartier du sud ouest de Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Depuis 10 ans Alina est membre d'une association de femmes, Solidarite Fanm Ayisyen (SOFA) (Solidarité des femmes haïtiennes). Elle y a appris à lire et à écrire. C'est de là aussi qu'elle a pu trouver du travail grâce a un atelier de couture qui a été mis sur pied depuis 3 ans.

En 1993, durant la période du Coup d'État militaire, elle a été violée . Elle se fait appeler "bébé". C'est elle qui travaille pour faire vivre la famille. Dans cet atelier, elle est démarcheuse des produits. Elle est payée à la tâche et sa quinzaine de travail lui rapporte parfois 500 gourdes (17 gourdes = US$ 1.00).

" Je me suis fait appeler 'Ti Bebe', c'est parce que je suis le bout en train du groupe. C'est moi qui apporte la joie quand les gens sont attristés dans le groupe. Je suis animatrice du groupe. Je sais aussi avoir des problèmes mais j'arrive quand même à faire disparaitre ceux des autres ", dit-elle.

Alina estime que les femmes de son quartier sont victimes assez souvent de la violence. Les femmes sont souvent violées.

" Des la tombée de la nuit, vers 20 heures locales, les jeunes filles ne peuvent pas circuler. Ici, à Martissant, les femmes sont en majorité des vendeuses, certaines d'entr'elles travaillent dans les manufactures ou comme des ménagères. "

" Nous travaillons ici dans une 'factory' mais c'est pas la même chose. Dans les manufactures, les ouvrières sont souvent obligées de 'coucher' (faire l'amour) avec les patrons ou les superviseurs pour avoir un meilleur traitement ", dit-elle.

" L'organisation m'a aidé. J'étais une femme analphabète, mais aujourd'hui je ne suis pas une personne tres intelligente mais je peux me débrouiller. J'ai été soignée dans la clandestinité par un médécin du SOFA durant la période de Coup d'État quand j'ai été victime d'un viol. "

" J'ai un mari, mais en Haïti, il n'y a un système qui n'est pas très connu du public, c'est la femme qui joue les deux rôles. Elle est à la fois mari et épouse. Si votre mari perd son travail, tu ne peux pas le délaisser. L'organisation a changé ma vie. J'ai pu comprendre qu'à l'intérieur d'un groupe il n'y a pas de différence. On est socialement au même niveau. "

Alina Cajuste estime que la présence de l'organisation dans la zone a permis de reduire le taux d'analphabetisme chez les femmes. Les femmes doivent s'organiser, dit-elle.

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