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Productions: Dossier de presse sur Haïti

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Haïti - technologie: L'Internet face à l'archaïsme des structures
octobre 1999

by: Ives Marie Chanel & Ronald Colbert 1

Ce dossier a été réalisé avec la collaboration et le support financier de Kosmologic bv des Pays-bas. Kosmologic est une entreprise jeune et innovatrice engagée dans le commerce ICT (information, communication et technologie). En plus de ses buts lucratifs, Kosmologic vise à supporter le développement durable dans des pays moins développés en mettant l'emphase sur les applications pratiques de la technologie de l'information. La compagnie fournit des services allant de la programmation, à la gérance des projets, aux experts-conseils. Visitez: http://www.kosmologic.nl

Les autorités haïtiennes n'ont encore manifesté officiellement en 1999 aucun intérêt à promouvoir l'Internet. Les investissements sont encore timides dans ce secteur technologique qui dessert une minorité disposant de possibilités économiques dans un pays dont le Produit Intérieur Brut (PIB) annuel par habitant ne dépasse pas US $457 (*2).

La globalisation, qui s'étend à travers le monde rencontre en Haïti un terrain caractérisé par l'archaïsme des structures et l'inaccessibilité aux informations. Les pouvoirs publics ne sont pas très sensibilisés sur la nécessité de faire une ouverture vers la technologie qui pourrait leur permettre d'être plus efficaces dans les modes d'allocation des services à la population. Le problème principal de connexion à l'Internet est lié aux carences infrastructurelles et organisationnelles du secteur des télécommunications.

"Si le saut n'est pas fait pour se mettre au pas, l'écart sera encore plus grand entre Haïti et les autres pays. Il faut une éternité à quelqu'un pour obtenir une autorisation d'accès à l'Internet par satellite. On a l'impression que les pistons valent mieux … ," a fait remarquer Reynold Pauyot, coordonnateur du Réseau Télématique Haïtien pour la Recherche et le Développement (REHRED).

De l'avis de différents interlocuteurs interrogés dans le cadre de ce dossier, il se pose aujourd'hui la nécessité d'un effort collectif en vue de comprendre l'importance économique, sociale et culturelle de l'Internet pour le pays, à l'aube du troisième millénaire.

Selon Kesner Pharel, Directeur Général du Groupe Croissance, une firme d'analystes économiques en Haïti, le réseau des réseaux est en train de tout changer, car nous sommes passés du monde réel au monde virtuel. Le problème de manque des bibliothèques dans le pays va disparaître.

Roosevelt Jean-François, journaliste- présentateur d'une rubrique économique à Radio Mélodie FM, a indiqué que le commerce électronique dans la nouvelle économie met le consommateur en contact direct avec le fabriquant. Car, selon lui, l'Internet abolit la notion de distance et les nouvelles technologies rendent beaucoup plus de services (*3). Le renforcement des relations économiques entre les Haïtiens de l'intérieur et ceux de l'extérieur peut être très bénéfique, car la diaspora représente un marché d'exportation très significatif.

Internautes (%

de la population)

Suède, Islande
États-Unis
OCDE (hors États-Unis)
Monde
Amérique latine et Caraïbes
Haïti

>30
26.3
6.9
2.4
0.8
0.05

Sources: D'après le rapport mondial sur le développement humain 1999

En général, la région de la Caraïbe participe activement dans la révolution de l'information par l'entremise de l'Internet. Il est évident qu'un bon nombre de sites web, groupes d'utilisateurs, chambres de discussion, etc. sur des sujets d'intéret pour la population Caraïbéenne en particulier, voient le jour.

Selon les résultats préliminaires d'une recherche de la Commission Économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (ECLAC) (*4), la plupart des internautes caraïbéens sont des professionnels (employés de bureau), entre 20 et 40 ans d'âge, qui accèdent à l'Internet à la maison aussi bien qu'au travail. Les secteurs de travail des internautes incluent le secteur privé, le gouvernement, des organisations internationales et nationales, les universités et académies.

L'utilisation de l'Internet à la maison dans les Caraïbes consiste, entre autres, à envoyer des messages électroniques, lire des articles professionnels et de nouvelles, faire de la recherche, et transférer des archives...

De l'avis des personnes et institutions qui ont participé à l'enquête, l'Internet est utilisé au travail pour des tâches presque similaires. Bien que la majorité ait rapporté une réduction significative des coûts du téléphone, fax et courrier, une faible quantité de compagnies ont implémenté des changements de procédures basées sur l'utilisation de l'Internet. Les responsables ne sont pas encore prêts pour exploiter tout le potentiel de l'Internet.

Le parcours jusqu'à l'Internet

Dans le cadre d'un consortium avec des amis, Schiller Jean Baptiste - aujourd'hui directeur d'une compagnie de vente de services Internet, Globalité Électronique Sud (GLOBELSUD) - implantait, en 1989 dans la capitale haitienne, le premier service d'information en ligne sur ordinateur grâce à l'installation d'un Bulletin Board System (BBS). La télématique, qui permet l'accès d'un ordinateur à un autre ordinateur sur de très longues distances, était ainsi mise au service de certaines entreprises haïtiennes. Jean Baptiste parlait déjà, à ce moment-là, un langage non compris par les Haïtiens, et cela même parmi ceux qui etaient les plus éduqués.

Le courrier électronique avait, au début des années 1990, une longueur d'avance dans les autres pays latino-américains et caraïbéens, comme l'Équateur où l'équipe de l'Agence Latino-Américaine d'Information (ALAI) commençait à expérimenter cette possibilité technologique en couvrant, par exemple, de Quito, le Sommet Mondial sur la Terre tenu à Rio de Janeiro en 1992. L'Union Latine (*5), qui avait déjà réussi à implanter un réseau au Pérou, réalisait en 1990 une étude de faisabilité, dans la perspective de mise en place en Haïti d'un réseau télématique pour la recherche, qui deviendra plus tard le Réseau Télématique Haïtien pour la Recherche et le Développement (REHRED). (*6)

Le REHRED est lancé en 1992 dans le cadre d'une rencontre avec des professionnels haïtiens à Saint-Domingue. La compagnie Alpha Communications Network (ACN) est la première compagnie qui offrira au public haïtien le service de courrier électronique. En 1993, plus de 300 particuliers, entreprises et institutions étaient branchés sur la ACN. La ACN utilisait les services d'une compagnie américaine basée en Floride pour transmettre, toutes les trente minutes, ses paquets de courrier en provenance d'Haïti ou en recevoir des quatre coins du monde.

Avec ce dernier service utilisé en grande partie par les ONG et les entreprises commerciales, particulièrement les manufactures d'assemblages, la ACN - avec un monopole de fait - faisait une nette concurrence à la compagnie nationale de téléphone, réduisant entre autres de 50% à 75% le coût de transmissions de messages en comparaison au prix réclamé pour la transmission de messages par télécopieur.

Les tractations entre les responsables de la ACN et le Conseil National des Télécommunications (CONATEL), pour la mise en place d'un véritable réseau de transmissions de données par satellite, ont été difficiles. Une autorisation a été finalement accordée en novembre 1995 à cette firme pour créer un réseau de transmissions de données sur le territoire, ouvrant ainsi l'accès aux autres réseaux internationaux.

Le contrat liant la compagnie au CONATEL - un organisme public chargé de l'octroi des licences et du contrôle dans le secteur des télécommunications - fait obligation à la compagnie locale intéressée de verser au gouvernement 20 pour cent de taxes sur ses ventes globales et de payer un impôt sur le revenu. Le gouvernement fait également obligation à la compagnie de fournir gratuitement l'accès à l'Internet aux centres universitaires et institutions de recherches.

L'Internet deviendra un mot très à la mode en juillet 1996, lorsque la ACN y donnera l'accès par un simple appel téléphonique local. La compagnie réclamait l'équivalent de US$130.00 en monnaie locale pour les frais d'installation et US$16.30 pour une connexion de 20 heures par mois, avec une charge de US$1.63 par heure additionnelle en cas de dépassement de la base forfaitaire.

Dans la région, les frais d'accès varient beaucoup d'un pays à un autre, aussi bien qu'entre des fournisseurs dans un même pays. Les coûts sont aussi bas que US$17.00 pour 100 heures et aussi hauts que US$30.00 pour 10 heures. (*7)

Plus de 200 clients étaient déjà branchés sur le réseau en 1996, à côté de 300 utilisateurs du courrier électronique. Ayant investi près d'un demi million de dollars EU en équipements et installations pour pouvoir offrir ce service, la ACN espérait brancher 4000 clients, après de deux ans de service, si les problèmes d'accès au réseau téléphonique étaient résolus dans le pays. A l'époque, le Palais Présidentiel etait considéré ici comme l'un des plus importants utilisateurs avec son réseau de 40 postes d'ordinateurs fixes et d'une trentaine d'ordinateurs portatifs.

Les Fournisseurs de Services Internet (FSI) d'Haïti 1. REHRED - www.rehred-haiti.net Accès Internet depuis la fin de 1996, connexion via ACN. 2. HaitiWeb - www.haitiweb.net Accès Internet depuis novembre 1998, connexion via ACN. 3. America On-Line - www.aol.com Présence virtuelle. Accès au réseaux via téléphone local. Il y a plusieurs autres systèmes privés de compagnies et d'agences internationales. Par exemple: AUPELF-UREF - www.ht.refer.org fournit l'accès à l'Internet pour des étudiants dans le cadre d'un accord avec la ACN.

1. REHRED - www.rehred-haiti.net
Accès Internet depuis la fin de 1996, connexion via ACN.

2. HaitiWeb - www.haitiweb.net
Accès Internet depuis novembre 1998, connexion via ACN.

3. America On-Line - www.aol.com
Présence virtuelle. Accès au réseaux via téléphone local.

Il y a plusieurs autres systèmes privés de compagnies et d'agences internationales. Par exemple: AUPELF-UREF - www.ht.refer.org fournit l'accès à l'Internet pour des étudiants dans le cadre d'un accord avec la ACN.

"La ACN a eu une situation de quasi monopole, parce que le facteur de risques dans cet investissement était grand. Et les potentiels entrepreneurs n'avaient pas voulu l'assumer," déclare Schiller Jean Baptiste, un ancien directeur de la compagnie.

Le désenchantement n'allait pas tarder à venir. Dans les faits, depuis que son système a été mis au service du public en juillet 1996, la ACN n'arrivait pas à répondre à des demandes d'installations ni garantir une connexion régulière. Les internautes haïtiens passaient de longue nuit de veille avant de pouvoir "surfer" (naviguer).

Les dirigeants de cette compagnie expliquent la situation par le refus et l'incapacité de la compagnie locale de téléphone à leur attribuer des lignes, qu'ils auraient sollicitées pour faciliter l'accès au réseau Internet par un simple appel local. Les Télécommunications d'Haïti (TELECO) avaient attribué à la ACN, pour débuter ses opérations, 20 lignes d'accès dont 55% tombaient en panne régulièrement. Cette situation avait d'ailleurs inspiré à l'époque un article de fond publié par l'Agence Inter Press Service (IPS) sous le titre "Haiti : L'Internet arrive avant le téléphone."

La principale compagnie concurrente de la ACN, Hintel Focus, qui a commencé à offrir l'accès à l'Internet depuis septembre 1997, a plus d'une cinquantaine de lignes téléphoniques. Garry Saint-Germain, président de Haïtiweb Communications, une nouvelle entreprise fournisseuse de services d'accès et de vente de services Internet, estime que le parc téléphonique total disponible pour l'accès à l'Internet se situe entre 100 et 150 lignes pour le pays.

Cyclone sur les télécommunications

Le 27 septembre 1999, les autorités du CONATEL et de la TELECO ont requis la justice d'apposer des scellés sur les locaux de la ACN pour "soupçons de fraudes." Selon les dirigeants de ces entités publiques, la ACN serait impliquée dans un trafic non autorisé de communication internationale à travers son réseau. Le piratage du trafic international serait à la base d'un manque à gagner mensuel de 5 millions de dollars américains pour la TELECO, suivant les déclarations faites à l'Agence Haïtienne de Presse (AHP) par le nouveau Directeur Général de la compagnie Jean Francois Chamblain.

Ces accusations ont été rejetées par la ACN qui a indiqué que les équipements retrouvés à son local n'étaient que partiellement installés, non branchés et non fonctionnels.

" Nous n'agissons pas contre l'Internet, mais contre les pirates modernes qui utilisent les lignes qui leur étaient accordées à des fins de trafic non autorisé d'appels internationaux", a expliqué M. Chamblain. Dans une interview au Nouvelliste (*8), le directeur général a en outre indiqué qu'après la découverte des activités de piraterie, la TELECO aurait converti les lignes accordées aux opérateurs d'Internet en lignes unidirectionnelles. Car, théoriquement, selon lui, ils n'en ont pas besoin pour autre chose.

Toutefois, selon un haut fonctionnaire de la TELECO, les revenus journaliers internationaux de la compagnie auraient augmenté de façon substantielle depuis la semaine qui a suivi les opérations de scellés. Dans une interview à l'Agence Haïtienne de Presse, lundi 4 octobre 1999, le responsable a fait savoir que la suspension provisoire des services de certains opérateurs d'Internet et de téléphonie aurait permis à l'entreprise de récupérer 100.000 minutes de trafic d'appels internationaux par jour. (*9)

Toujours, selon le responsable, le nombre de minutes récupérées représenterait une hausse journalière de plus de US$55.000. Soulignant que le volume de trafic entrant qui oscille entre 300-400.000 minutes par jour, il a argué que la récupération de ce trafic international serait la preuve qu'il se passait quelque chose de louche sur le réseau.

Cette décision a entraîné la perturbation des opérations d'au moins 4 petites compagnies de vente d'accès par téléphone, la mise hors d'usage de près de 400 routers (dont ceux du Palais présidentiel, de la Primature et des Ministères), - même le e-mail de CONATEL - et a privé plusieurs milliers d'internautes de communication avec l'extérieur. Bon nombre d'utilisateurs ont qualifié de légère la décision des autorités qui n'ont, à ce titre, pas tenu compte des droits et préjudices causés.

Le 5 octobre 1999, deux juges de paix accompagnés de plusieurs policiers ont débarqué dans les bureaux du fournisseur GlobelSud. Ils ont intimidé le personnel de la compagnie et emporté des équipements de communication évalués à plusieurs milliers de dollars, selon le directeur général de la compagnie Schiller Jean-Baptiste. Ces individus ont également tenté de débrancher les appareils servant pour la transmission sur Internet.

Un jour auparavant, une intervention a été faite à la station radio Vision 2000 émettant par satellite et directement sur Internet depuis 1997. Cette intervention a été réalisée par le directeur du CONATEL, Jean Ary Céant, accompagné d'un juge de paix, de policiers et de techniciens. Néanmoins, le juge de paix a constaté que la question de diffusion par satellite avait déja été tranchée en 1998 par un jugement du tribunal des référés.

Au moment de la rédaction de ce dossier, ce conflit entre les autorités de régulation et ACN restait encore sans solution. Selon François Benoit, directeur général de la ACN intervenant à la télévision privée Télémax le 5 octobre, la ACN a enlevé son antenne microwave V-SAT, a déconnecté des lignes téléphoniques prêtées de certaines entreprises, a soumi la liste de ses clients, a adopté un nouveau mode de procédures de paiement des redevances, a soumis les coordonnées du propriétaire du satellite sur lequel est branché l'antenne parabolique de la ACN comme demandé par le CONATEL et la TELECO.

Par ailleurs, en 1998, une situation similaire s'était développée à la Jamaïque. InfoChannel, l'un des tous premiers fournisseurs de services Internet dans le pays, a été visité par des membres du personnel exécutif et techniciens de la compagnie des télécommunications Cable & Wireless (C&W), accompagnés de policiers. Des équipements essentiels avaient été débranchés, effectivement fermant l'opération d'accès Internet. La descente suivait des accusations que InfoChannel, utilisant un V-Sat satellite terrestre, aurait fraudé la licence téléphonique exclusive de C&W.

Les réalités du marché national : déconvenues et réussites

L'Accès

En Haïti, l'accès à l'Internet est assuré par les services suivants: l'accès par ondes radio, l'accès par téléphone, l'accès communautaire de type cybercafé et de type cybervillage.

Le marché de l'accès par ondes radio est aujourd'hui évalué à environ 270-300 usagers. Les usagers ont une liaison hertzienne, définie par un "router," pour distribuer l'Internet sur leur réseau local ou pour détailler le service d'accès en mode "dial up" sur le réseau public commuté de la TÉLÉCO. L'installation d'un router coûte entre 4 à 7 mille dollars américains, en dehors de l'équipement et des frais d'abonnement, lesquels sont évalués entre 5 mille à 20 mille Gourdes (*10) le mois.

Ce marché représentait un chiffre d'affaires de plus de 2,5 millions de Gourdes par mois pour les 3 compagnies offrant actuellement ce service: la ACN, Globelsud et Netcom. La ACN, jusqu'à 1998 avec 100%, continue de détenir près de 75% de ce marché.

Le marché de l'accès par téléphone sur le réseau téléphonique commuté était évalué en 1997 à environ 600 usagers à Port-au-Prince avec un potentiel pouvant atteindre 1.500 usagers pour l'année 1999. Maintenant ce marché représente un chiffre d'affaires de 500 mille Gourdes / mois ou 6 millions de Gourdes annuellement, car les usagers payent entre 250 et 500 Gourdes / mois, et les frais d'installation varient entre 1.500 à 2.500 Gourdes.

L'Accès dans les provinces

En juin 1999, pour contribuer à la décentralisation de la communication et de l'information, la ACN, via la compagnie Biznet, a facilité l'accès Internet à la ville de Jacmel. Biznet a ouvert un cybercafé avec 4 ordinateurs (2 pour courrier électronique et 2 pour l'accès à l'Internet) et espère offrir le service "dial up" bientot.

Biznet est aussi sur le point de développer l'accès Internet aux Cayes.

Plusieurs compagnies - dont la ACN, Netcom, et le Consortium Ilsi, GlobelSud et Compucas -, travaillent actuellement sur la possibilité d'atteindre, d'ici la fin de l'année 1999 les villes de Cap-Haïtien et des Gonaïves, classées respectivement deuxième et quatrième ville d'Haiti.

Le REHRED, qui compte en son sein des institutions académiques, des ONG, des organismes publics, caresse le projet de développer des cybercentres à Port-au-Prince et en province dans le souci de susciter et de développer le goût de la recherche.

L'accès communautaire/cybercafé est offert par plus d'une dizaine d'entreprises (exemples: Labonet à Port-au-Prince, Computerworld à Pétion-ville). Chaque entreprise a un parc d'une douzaine de machines placées en accès public, réclamant aux abonnés et autres usagers entre 50 et 75 Gourdes / heure ou entre 300 et 650 gourdes / mois pour 20 heures d'utilisation dans certains cas, et un accès illimité dans d'autres. Ces entreprises font payer entre 3 et 5 gourdes la page imprimée. Ce marché représente en moyenne un chiffre d'affaires de 37 mille Gourdes / mois, soit 450 mille l'an.

L'accès mobile n'est pas encore disponible en Haïti. Les réseaux installés par les nouvelles compagnies téléphoniques ne permettent pas pour le moment les transferts de données.

Développement de contenu

Un nombre restreint d'entreprises locales offrent les services suivants: l'évaluation d'opportunités, l'analyse des besoins du public visé, la structuration de l'information, la recherche, la réalisation de maquettes, la rédaction, la création graphique, la prise de son et l'enregistrement de circuits sonores, la programmation de bases de données, le montage d'un site avec les différentes applications nécessaires.

En effet, peu d'efforts ont été entrepris pour intéresser les institutions et entreprises à développer des sites, d'autant plus que la masse critique d'utilisateurs (qui tournerait autour de 5.000 usagers locaux) n'existe pas encore aujourd'hui. Le marché potentiel local est constitué des entreprises regroupées dans le domaine bancaire, des médias, des institutions commerciales voulant établir une présence auprès de leur clientèle. Leur public cible peut consister en usagers locaux et en usagers de la diaspora.

Néanmoins, les informations disponibles sur Haïti sur l'Internet ont augmenté de manière significative au cours de ces dernières années. Aujourd'hui, il y a plusieurs sites web très intéressants qui sont développés et maintenus par des institutions haïtiennes et des groupes de professionnels. En voici quelques exemples:

www.haitiglobalvillage.com Le site qui offre des liaisons au plus grand nombre des sites haïtiens sur le Web. Une porte d'entrée pour la communauté des internautes Haïtiens.
www.rehred-haiti.net Un service d'information pour les membres aussi bien que pour d'autres utilisateurs, avec 11 "listservs" groupes de discussion (quelques-uns sont ouverts au public et quelques autres sont limités aux membres). Le service fournit aussi l'accès à 6 listes internationales sur Haïti.
www.konpa.com Site de musique, des nouvelles, d'interviews et d'autres informations sur Haïti.
www.inhaiti.com Répertoire (pages blanches et jaunes) pour Haïti.
www.haitiweb.net Site de nouvelles, en liaison à plusieurs autres sites, comme l'Agence Inter Press Service et Haiti News Network (HNN) (en construction)
www.haitionline.com Site de nouvelles et d'informations sur Haïti.
www.haitienmarche.com (Haiti En Marche)
www.palaishaiti.net/transparans Site d'informations sur les activités de la présidence haïtienne.
www.haititourisme.com Site officiel de la Secrétairerie d'État au Tourisme.
http://ht.orientation.com Lancé dépuis juillet 1999, ce site est une porte d'entrée et un forum de discussions et d'informations générales en créole. Une chambre de service de "chat" en créole est aussi disponible à l'adresse www.orientation.com/chat/
www.ahad-kreyol.org Bulletin "Creole connection".

Hébergement de sites

L'hébergement de sites consiste à offrir à un client les services de location d'espaces, d'accessibilité de son site sur le réseau Internet 24h sur 24, ainsi que toutes les fonctionnalités devant faciliter la gestion à distance. Un site peut être hébergé en Haïti au prix de 750 gourdes / mois.

Domaine d'identification réservé pour Haïti: .ht

L'arbre .ht, domaine d'identification de la République d'Haïti, est encore vierge à cause d'un conflit autour de la gestion de ce domaine. Les plusieurs sites haïtiens existant sur le Web sont enregistrés dans les espaces de domaine de premier niveau (.net, .com, .org) et la plupart sont hébergés aux États Unis. Le nombre de sites hébergés en Haïti est négligeable.

Dans le cadre du développement durable, la branche haïtienne du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) est en train de mettre la dernière main à un réseau fédérateur afin de débloquer la situation du .ht A cause de l'absence de domaine pouvant aider à la centralisation du trafic sur Internet à partir d'Haiti, toutes les entreprises opératrices locales doivent d'abord trouver une connection sur Miami où la liaison sera faite avec une autre entreprise fournisseuse d'accès aux Etats-Unis qui, elle, retournera le signal en Haïti.

Dépendance et contraintes

"Les jeunes auront alors tendance à préférer l'apprentissage d'autres langues que celle qui leur est propre. Le manque à gagner cumulé sur le long terme sera très négatif pour le pays dont les données essentielles (sur la population, la santé, l'économie, etc.) seront très marginalisées, parce que absentes sur l'Internet," a avancé Garry Saint-Germain, président de HaïtiWeb Communications.

Près de 80% des sites web sont en anglais, pourtant moins d'une personne sur 10 dans le monde parle cette langue (*11). En revanche, selon Catherine Trautmann, ministre française de la culture et de la communication, "Lire du français ou s'informer en français est plus facile aujourd'hui, bien plus qu'il y a cinq ou dix ans, grâce au développement du numérique et de l'Internet. L'Internet francophone est bien vivant et ne cesse de croître." (*12)

Saint-Germain, qui est aussi un technicien engagé dans le cadre d'un projet du PNUD pour la mise en place d'un système de gestion de l'information et d'appui à la prise de décision de la Présidence Haïtienne, estime qu'il y a un manque de compréhension au niveau des responsables de la compagnie nationale de téléphone.

"Si je fais une évaluation globale de la vente de ce service en Haïti, je crois que les difficultés d'accès causées par le manque de lignes téléphoniques restent la contrainte la plus grave. Le CONATEL et la TELECO semblent afficher une attitude anti-Internet, parce qu'ils ne pèseraient pas véritablement les enjeux de la poussée technologique qui frappe à nos portes," a-t-il relevé.

Il n'existe pas encore une masse critique d'usagers de l'Internet en Haïti, mais cela ne saurait tarder, car la politique restrictive de la TÉLÉCO ne pourra pas être suivie trop longtemps sous la pression des différents acteurs dans le domaine qui demandent tous l'accès à plus de lignes pour développer leur clientèle, soutient un des opérateurs.

La TELECO, qui fait aussi avec 7 autres entreprises publiques l'objet du programme de modernisation du gouvernement, dessert 73.077 clients (*13) (8 téléphones pour 1000 habitants) et son offre n'arrive pas à satisfaire les demandes de la clientèle. Pour la région d'Amérique latine et les Caraïbes, le nombre de lignes téléphoniques principales en moyenne a augmenté de 52 pour 1000 en 1985 à plus que 90 en 1995 (*14). La TELECO soutient que les difficultés d'octroi de lignes téléphoniques pour l'accès à l'Internet sont dues à un problème de réseau auquel elle fait face.

En août 1998, la TELECO a mis en garde contre l'utilisation des ses lignes pour le transfert de données mais paradoxalement n'a pris aucune mesure pour donner suite aux diverses demandes d'installation de lignes dédiées au service d'accès à l'Internet soumises par les compagnies spécialisées.

En 1999, plus de 100.000 demandes d'installation de téléphone à travers le pays seraient sur une liste d'attente. La plupart de ces demandes remontent à plusieurs années. Certains clients ont même déjà payé les frais d'installation de base sans toutefois bénéficier du service. La capacité installée des centraux avoisine les 200.000 lignes et la TELECO a projeté d'installer ces 200.000 lignes à travers le pays déjà en 1999. Aujourd'hui, la TELECO doit faire face à la concurrence de 3 nouvelles compagnies de téléphones cellulaires: HAITEL, COMCEL, RECTEL.

Un programme de téléphonie rurale, visant l'installation de près de 600 postes dans les différentes communes du pays de même que la mise en place d'un réseau spécifique pour le système financier (initié par la Banque Centrale), sont aussi en voie d'exécution.

A la non disponibilité de lignes téléphoniques, s'ajoutent: des manquements infrastructurels, comme des difficultés d'alimentation en énergie électrique, un parc limité d'ordinateurs, dont les prix sont très élevés et pour lesquels il n'y a aucune politique d'incitation ou de crédit de la part des fournisseurs locaux.

Il faut aussi souligner des coûts d'installation peu démocratiques, un système éducatif inadapté qui n'est pas encore parvenu à bout de l'analphabétisme de plus de 55% de la population et la question des qualifications techniques. Toutefois, de nombreuses écoles ont vu le jour ces dernières années en Haïti pour encadrer les jeunes qui sont intéressés dans le domaine informatique, vu que ce secteur reste un secteur d'avenir.

En effet, nos voisins de la Caraïbe tiennent à coeur ces problèmes relatifs au développement de l'Internet. La Barbade, Trinidad et Tobago, et la Jamaïque conçoivent même l'Internet comme un facteur de développement socio-économique, ces pays sont en train de s'organiser de façon à en profiter davantage. Un site à la Jamaïque, http://www.top5jamaica.com fournit des informations qualitatives sur les divers progrès enregistrés au niveau du système de communication du pays et des sites locaux.

Aussi, à la Jamaïque, depuis 1996 un cours d'introduction à l'informatique et d'initiation à l'Internet a-t-il été introduit dans les écoles secondaires. "Ce programme subventionné par le gouvernement permet aux écoliers, surtout ceux qui n'ont pas la possibilité d'avoir leurs propres équipements, de se familiariser aux pratiques de l'Internet," a fait savoir Erica McFarlane, professeur à "Herbert Morrison Technical High School" de Montego Bay.

Selon le Caribbean Week (*15), ce même programme est aussi en cours de développement en Barbade et à Trinidad et Tobago. Le gouvernement barbadien, par le biais du ministère des affaires étrangères, arrive même à développer son propre site. Ce site offre non seulement une vue de base sur la Barbade, mais permet aussi aux barbadiens de rechercher des informations sur le monde entier, de promouvoir la protection de l'environnement, le développement touristique et économique en livrant un paquet d'informations sur le réseau mondial.

Pour la région, le site www.caribbeannewspapers.com donne des laisons aux 26 quotidiens et 10 stations de radio et le site de Caribbean Week inclue aussi un bon nombre de liaisons: www.cweek.com/links

En République Dominicaine, on s'attend à ce que toutes les écoles primaires et secondaires, techniques et professionnelles soient connectées à l'Internet d'ici l'an 2000. L'annonce a été faite par le président dominicain lui-même, Leonel Fernandez, lors de son investiture officielle en août 1996. Actuellement, quant aux entreprises, organisations, autres institutions et ménages, une simple demande de connexion entraîne l'acquisition d'une ligne téléphonique dans moins de trois mois, selon le cas.

Les défis pour le pays

La venue de l'Internet est considérée ici en Haïti comme un paradoxe dans certains milieux. Elle fait ressortir la dualité quotidienne entre l'utilisation des hautes technologies par une minorité et l'archaïsme dans lequel se débat encore la grande majorité de la population.

"Ce que je vais dire est antagonique. C'est un secteur d'activité d'avenir dans un pays où le taux d'analphabétisme est élevé, où les infrastructures font défaut et où les structures d'information sont traditionnelles. C'est un marché de masse, mais la masse est au fond réduite quand on regarde la quantité d'entreprises qui fonctionnent," avance Shiller Jean Baptiste.

"En même temps que la communication devient de plus en plus difficile pour la grande majorité de la population, que les moyens restent à la portée des économiquement capables, il en résultera une augmentation des écarts, un élargissement du fossé entre diverses catégories de la population. Si nous n'y prenons pas garde, nous contribuerons à renforcer l'existence d'une élite qui restera tout-à-fait déconnectée du reste de la population," a prévenu Schiller Jean-Baptiste.

Selon le dernier rapport du Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD) sur le developpement humain, l'Internet est desormais considéré comme aussi indispensable à la vie des humains que l'eau, la santé et l'instruction. Pourtant, en Haïti, presque la quasi-totalité de la population n'a même pas accès à ces besoins, voire à la connaissance des nouvelles technologies de l'information et de la communication. "Les grandes avancées technologiques récentes ouvrent de formidables perspectives de développement humain, à condition d'être exploitées à bon escient," note ce même rapport.

Les banques représenteraient aujourd'hui la branche la plus organisée dans le domaine de la haute technologie informatique. Par le biais de la Banque Centrale, tout le système bancaire se trouverait interconnecté. Disposant de leur propre agenda, les banques recrutent la plupart des meilleurs programmeurs qui leur permettent de fonctionner en réseau, avance Garry Saint-Germain.

Aux capacités très faibles en communication, il convient de signaler l'impact limité de la plupart des entreprises fournisseuses de services de liaison qui ne dépasseraient pas 128 kilobytes à présent. La largeur de bande, c'est-à-dire la somme d'informations qui peuvent traverser le réseau en une seconde, ne devrait pas être négligée dans la perspective d'un partenariat viable du pays avec l'extérieur.

De plus, les politiques de prix pratiquées par les entreprises fournisseuses de services d'accès tendraient à favoriser les couches élitistes. Le public doit payer un certain nombre de taxes dont la finalité demeure obscure.

"Pour entrer dans le domaine de l'Internet, ça coûte cher. Pour y rester, les coûts sont encore plus dans un marché encore restreint qui a induit une certaine prudence chez les potentiels investisseurs. Alors que le marché de l'Internet se développe intensément en générant beaucoup d'emplois et de revenus, il n'a pas encore atteint une vitesse de croisière susceptible de stimuler la création d'entreprises et de richesses, ainsi que les capacités d'accès à l'information," a déploré Saint-Germain.

En guise d'exemples, le directeur de Haitiweb Communications cite les cas de la Jamaique et de Trinidad-Tobago qui monopoliseraient dans la région les services de saisie des données, que ces pays offrent à de grandes compagnies des Etats-Unis d'Amérique intéressées à les acquérir dans ces pays caraibéens où les coûts leur reviennent 4-5 fois moins chers.

En Haïti, aussi bien que dans les autres pays Caraïbéens, les lois cadre des télécommunications sont en train d'être révisées. Le 28 mai 1999, les ministres de l'Organisation des États de la Caraïbe Orientale (OECS) ont approuvé le projet final d'un cadre de politiques pour les télécommunications dans cette sous-région, sous les thèmes "compétition, interconnection et service universel." (*16)

Le marché commun caraïbéen (CARICOM) a établi l'Union Caraïbéene des Télécommunications (CTU), qui a pour objectif d'assister le développement des politiques régionales sur les télécommunications. La CTU, basée à Trinidad et Tobago, a 17 membres gouvernementaux incluant Haïti, elle promeut la réforme des lois aux niveaux national et régional.

En Haïti, au cours de la cérémonie commémorative du trentième anniversaire du CONATEL, le 29 septembre 1999, le Directeur général Jean Ary Céant a annoncé qu' "après 8 ans de consultations, discussions, de négociations et de travail intense, le nouveau projet loi cadre devant régir le secteur des télécommunications en Haïti est enfin prêt." Ce projet de loi, initié en 1991 par CONATEL, a été profondement remanié par des organes interministériels. (*17)

Infotel

Haïti a connu sa grande première foire technologique en mai 1998 sur l'initiative des hommes d'affaires du secteur privé. L'Exposition baptisée "Infotel Expo" avec plus de 19 exposants a présenté au public les équipements et nouvelles technologies de l'information et de la communication ( NTIC) et a facilité la vulgarisation des utilités de l'Internet au seuil du troisième millénaire. En plus des expositions et démonstrations, de nombreuses conférences débats ont été présentées, telles l'utilisation de l'Internet dans la promotion des micro-entreprises, les nouveaux métiers créés par l'Internet etc.

Cette manifestation est déjà en passe de devenir une tradition dans le secteur des affaires et des télécommunications. "Infotel Expo 99" a été un événement technologique avec beaucoup de progrès par rapport à l'année précédente. On est passé de 5. 000 visiteurs à 10.000, et le nombre d'exposants a plus que doublé. Environ 20 conférences ont été présentées comparativement à 12 l'an dernier. Après l'assemblée de Port-au-Prince en avril 1999, voulant opter pour la décentralisation, Infotel a continué avec ses expositions dans les provinces: en juillet à Jacmel, et un événement similaire est prévu au Cap Haitien les 29-30-31 octobre 1999. (Audience Magazine, Mai 1999 page 30-35: www.audiencemag.net )

Un aspect de très grande importance dans cette foire technologique a été le patronnage de milliers d'étudiants qui ont visité le site et ont pu ainsi faire connaissance avec les NTIC, comprendre les enjeux qui les attendent au prochain millénaire. La presse s'est intégrée dans cette manifestation avec une efficacité impressionante. Même les interéssés vivant à l'extérieur ont pu suivre le déroulement à partir du site Internet de Infotel: www.infotelhaiti.com

Cette année, Haïti était présente au TELECOM 1999 en Suisse du 10 au 17 octobre 1999. Cette manifestation a réuni tous les pays membres de l'ONU pour marquer la cloture du siècle de cette branche d'industrie.

Perspectives

Sheila Laplanche, détentrice d''une maîtrise en mathématiques et passionnée de l'Internet, suggère d'abord des investissements importants, même circonscrits dans une petite localité, qui pourraient être transformés en technopole. Il faudrait aussi, dit-elle, un relèvement du niveau de l'éducation sur une grande partie de la population. L'économie se transforme de plus en plus dans une société informatielle, où la matière première est devenue le parc technologique et des ressources humaines hautement qualifiées.

La plupart des gens interrogées dans le cadre de l'élaboration de ce dossier ont insisté sur la nécessité pour l'État d'intervenir, non pas pour freiner l'ardeur de tous ceux et celles intéressés à s'investir et investir leurs fonds dans l'Internet, mais pour définir les règles du jeu. Dans ce sens, les pouvoirs publics devraient tâcher de planifier dans la concertation ce que sera le pays dans une trentaine d'années ou plus, et voir comment l'Internet pourrait contribuer à atteindre les objectifs fixés.

"En définissant de nouvelles stratégies, nous permettrons à l'ensemble de la population de bénéficier des changements technologiques qui accompagnent le nouveau monde de la globalisation, laquelle touche tous les aspects de la vie : économiques, sociaux, financiers, éducatifs. Tout commence à changer, il faut des institutions et des entreprises désireuses d'articuler leurs stratégies aux besoins potentiels existants afin d'améliorer la situation. Autrement, nous continuerons à être des consommateurs et reproduirons le système ancien avec un nombre considérable d'exclus," a estimé pour sa part Schiller Jean-Baptiste, directeur de GlobelSud.

Jean-Baptiste pense que le développement en cours de la technologie devrait paradoxalement conditionner l'accès des analphabètes à l'Internet, dont les fonctions ne sont pas rattachées seulement à un clavier d'ordinateur, mais aussi à des systèmes multiples comme celui appelé voice mail (courrier vocal ou sonore). Déjà, le téléphone sur Internet, qui devrait représenter un marché de 200 milliards de dollards américains en l'an 2004, a commencé à se généraliser à travers le monde, tandis que le pays reste encore au stade traditionnel au niveau des télécommunications.

A nous, ajoute Garry Saint-Germain, d'être imaginatifs et réceptifs aux innovations technologiques pour développer des services utiles aux communautés, comme configurer des services nouveaux ou reconfigurer d'anciens services pour améliorer le sort de la population.

Dans le cadre des opportunités, les professionnels pourraient créer des sites d'information sur Haïti devant être accessibles ou vendus suivant certaines conditions de viabilité. Une catégorie de professionnels pourrait, à l'instar des pionniers de l'Internet, offrir de nouveaux biens et services utilitaires mondiaux. Ceci suppose la création d'un environnement adéquat pour permettre aux potentiels investisseurs de trouver les moyens nécessaires à la concrétisation de leurs initiatives.

Moteurs de recherche caraïbéens

Romany - www.romany.net
Caribe Search - www.caribesearch.com
Caribseek - www.caribseek.com

Conscientes de la nécessité d'offrir des services de qualité face à la compétition en train de s'agrandir progressivement, les entreprises fournisseuses d'accès secondaires cherchent à devenir des fournisseuses primaires.

"Toutes les nouveautés à l'intérieur de l'Internet proviennent d'initiatives de petites entreprises ou de quelques individus qui s'étaient réunis pour assumer des risques très aléatoires que la bureaucratie lourde des grandes entreprises hésiterait à endosser. En dehors de Microsoft Corporation où Bill Gates s'implique personnellement, c'est seulement maintenant que AT&T, Ericsson, CISCO ont commencé à se mettre au pas en acquérant de petites entreprises pour former des groupes de recherche," a informé Jean-Baptiste.

L'expansion de l'Internet va obliger tous les secteurs en Haïti, en particulier celui de l'éducation, à se redéfinir. L'Université, dont une partie a reçu l'appui de la branche haïtienne de l'Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française (AUPELF), ainsi que certains établissements scolaires ont initié des curricula sur l'Internet. Certains établissements pré-scolaires de la capitale haïtienne envisagent sérieusement des sessions d'initiation à l'informatique pour des enfants en classe avancée.

"L'apprentissage commence à être remis en question. Imaginer un enfant du Nord-Ouest d'Haïti étudiant la géographie et demandant à un professeur se trouvant au Plateau Central est-ce qu'il y a des poissons dans la rivière Guayamouc (Aguamucho) comparativement à la sécheresse de plusieurs mois qui frappe sa région!" a souligné Reynold Pauyot de REHRED en guise des opportunités de l'Internet pour Haïti.

Les coûts en énergie pour pouvoir accéder à l'Internet restent encore à la portée des institutions oeuvrant dans la recherche, le développement et l'information. Mais, faut-il bien que les fournisseuses d'accès offrent également des services en dehors de Port-au-Prince, a renchéri Pauyot. Le réseau REHRED s'efforce d'encourager ses membres à approprier l'Internet comme un outil au service de la recherche et du développement, pour leur permettre de devenir plus efficaces dans la capacité de diffusion des informations que ces institutions produisent.

"Même les personnes ne sachant ni lire ni écrire pourraient alors devenir des productrices d'informations au lieu de la tendance qui incite à la consommation, à l'instar de s'asseoir devant un téléviseur pour suivre des émissions spécifiques," a indiqué Odile Reiher, présidente du REHRED dont la mission consiste à développer des échanges d'informations entre ses membres et les haïtiens de l'étranger, et d'autres chercheurs intéressés par les questions haïtiennes.

Le REHRED a déjà commencé à sentir les résultats des campagnes de sensibilisation menées auprès de ses membres. Pauyot cite les cas du SICRAD (Service d'Information du Centre de Recherche et d'Action pour le Développement) qui produit des informations régulières (comme celles contenues dans la revue "KOMÈ" traitant de la problématique de la femme), de l'Association Nationale des Agro-Professionnels Haitiens (ANDAH) qui essaye de développer un contenu sur ses activités et produit des articles sur l'agriculture, du Bureau des Mines et de l'Energie qui produit une revue en ligne appelée "Synergie" et d'autres informations sur l'énergie renouvelable, etc.

A noter qu'un certain nombre de médias à Port-au-Prince ont commencé à puiser des informations sur l'Internet pour alimenter leurs espaces de nouvelles, mais très peu disposent de sites sur le réseau des réseaux. La radio Vision 2000 diffuse ses émissions en direct sur l'Internet. Certains périodiques édités à l'étranger et le quotidien "Le Nouvelliste" disposent d'un site sur Internet de même que l'Agence Haitienne de Presse. Le site de l'Agence Haiti News Network (HNN) est actuellement en construction et sera hébergé par la Haitiweb Communications à la même adresse qu'un site local de l'Agence Inter Press Service (IPS).

Quelques institutions de référence:

Alpha Communication Network (ACN)
48 rue Lamarre
Pétion-ville
Tel: (509) 256-4404/4405
email: ebene@ACN.net

Companet
272, rue du Magasin de l'État
Port-au-Prince
Tel: (509) 223-9894/
222-3205/3271
Email: JPBailly@compa.net

Hintelfocus
17 rue Darguin
Pétion-ville
Tel: (509) 257-8747

HaitiWeb Communications
16 rue Malval, Turgeau
Port-au-Prince
Tel: (509) 245-9393
Email: services@haitiweb.net

GlobelSud
Place Eden
Pétion-ville
Tel: (509) 256-0876/
256-7498/7499
Email: Schillerjb@globelsud.net

Réseau télématique haïtien pour la recherche et le développement (REHRED)
25 Babiole, Port-au-Prince
Tel: (509) 245-9694
Email: kodinasyon@rehred-Haiti.net

Réseau de développement durable en Haïti (RDDH)
c/o PNUD/ECMU
43-45 ave. John Brown
Port-au-Prince
Tel: (509) 223-4625/4705/ 222-8511
Email: ecmupnud@acn2.net

L'Agence francophone pour l'enseignement supérieur et la recherche (AUPELF-UREF)
Rue Dufort, Building " Faculté Linguistique Appliquée", UEH
Bois-Verna, Port-au-Prince
Tel: (509) 245-4408/0567
Email: aupelf-uref@ht.refer.org

Télécommunications d'Haïti (TELECO)
Siège central: Angle Ave M L King & Rue Fernand
Pont Morin, Port-au-Prince
Tel: (509) 245-2400/
222-3300/223-2200

Conseil National des Télécommunications (CONATEL)
16 Blvd Harry Tuman, Bicentenaire
Port-au-Prince
Tel: (509) 222-0300/222-0579/
223-0720
Email: conatel@acn2.net

Notes

  1. Ives Marie Chanel est le correspondant en Haïti de l'Agence Inter Press Service (IPS). Ronald Colbert est un journaliste indépendant.
  2. Almanach Statistique 1999, PIB per capita (prix courant en Gourdes= 7770), Institut Haïtien de Statistique et d'Informatique (IHSI). E-mail: ihsi@rehred-haiti.net.
  3. Le Nouvelliste: "Les conférences de Infotel Expo 99 à Jacmel", 7 juillet 1999, p.4
  4. "Internet Use in the Caribbean - ECLAC Survey: Rapport préliminaire et résultats d'analyse," Sandra John, Centre Caraïbéen de Documentation, juin 1999.
  5. L'Union Latine est une organisation culturelle à vocation éducative qui regroupe des pays latino-américains et caraïbéens parlant espagnol et français. Elle est affiliée au Fonds des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture (UNESCO).
  6. Le REHRED, dont l'implantation dans le pays a été retardée pendant la période du coup d'État militaire (1991-1994), essaie, dans le cadre de l'Internet, de faciliter des échanges et d'encourager la production d'informations à travers un regroupement d'institutions académiques, de développement et du secteur public. A la suite d'une démarche initiale, en 1991, de l'Union Latine devenue plus tard FONREDES (Fonds des Réseaux), le regroupement a pu véritablement être mis en œuvre en 1996 avec une assemblée constitutive de 25 membres.
  7. "Internet Use in the Caribbean - ECLAC Survey: Rapport préliminaire et résultats d'analyse," Sandra John, Centre Caraïbéen de Documentation, juin 1999.
  8. Le Nouvelliste: "Quelles perspectives pour la TELECO?" 6 octobre 1999, page 2.
  9. Le Nouvelliste: "Internet n'est pas en cause, mais brusque hausse des revenus de la TELECO depuis une semaine", 4 octobre 1999, page 1.
  10. Taux de change: US$1.00 = 17.00 Gourdes.
  11. Rapport mondial sur le développement humain 1999, PNUD.
  12. "Le français plus présent dans le monde avec Internet," Le Nouvelliste, 30 juin 1999.
  13. Almanach Statistique 1999, IHSI.
  14. D'après Banque mondiale, 1998.
  15. Caribbean Week, July 1998 page 31: "Internet in the Caribbean". www.cweek.com
  16. Caribbean Week, 1er juin 1999.
  17. "Anniversaire du CONATEL sur fond de crise à la veille de TELECOM 99", Le Nouvelliste, 29 septembre 1999, p.2.

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