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Le Docteur Pape à l'épreuve
Il dirige les centres Gheskio, un complexe de santé qui fait de la recherche et prodigue des soins aux malades, conduit des études et des travaux, publie dans le monde entier et participe plusieurs fois par an à des conférences avec ses pairs qui interviennent sur les aspects de la maladie qui a le plus marqué l´humanité ces 25 dernières années.
En Haïti, il n´y a pas de scientifique du calibre du Dr Pape, il faut que l´on le sache. Pape, en Haïti nous n´en avons pas toute la mesure de son poids, est le spécialiste du sida dans le pays le plus infecté dans l´hémisphère occidental. C´est un triste et immense privilège.
Historiquement les centres Geskhio qu´il dirrige ont été à l´avant garde de la détection de la maladie, de l´étude de ses symptômes et des protocoles thérapeutiques pour la guérir.
Grâce au travail de Jean William Pape et de ses collègues, du secteur public comme du secteur privé, la prévalence du sida en Haïti a dimimué de moitié en dix ans.
Ce succès sans précédent dans le monde a été peu apprécié à sa juste valeur dans le pays et a eu peu d´écho dans le monde parce que Haïti a réussi cette performance seule, sans grands coups de mains des bailleurs de fonds internationnaux qui auraient pu capitaliser sur cette victoire.
A Bangkok, l´an dernier comme à Rio ce mois-ci, les envoyés du Nouvelliste ont pu voir le Docteur à l´oeuvre. Disponible, le dos légèrement courbé, toujours prêt à dégainer un sourire passant de session en session, de conférence en plénière, écoutant ou intervenant pour placer son mot.
A Rio, il a été mardi dans la salle Brasilia du Riocentro, modérateur du débat sur les nouveaux chalenges qu´impliquent les co-infections qui accompagnent le sida. Pendant une heure et demie, devant plus de trois cents spécialistes internationaux, il a orienté les débats avec capacité et autorité.
Membre du comité de révision des présentations (International Abstract Review Committee) de l´International Aids Society (IAS) qui organise les conférences mondiales sur le sida, Pape, avec 300 autres sommités, a eu à choisir parmi 2000 présentations scientifiques sur 100 sujets, à déterminer les thèmes retenus pour les conférences présentées à Rio qui donnent l´état de la recherche sur le sida.
Plus ancien chercheur à travers le monde
Quand on a le plaisir de lui parler, on comprend vite que loin de tout cela, la principale satisfaction du Dr Pape est de trouver, à chaque instant et dans tous les domaines imaginables, des solutions adaptées à notre niveau de petit pays.
L´oeuvre qu´il a construite à aussi un sens parce qu´il a pu permettre de former toute une pléaide de spécialistes haïtiens et étrangers qui en plus de s´adonner à la médecine oeuvrent aussi dans le domaine de la recherche.
« Nous continuons à former. Même les Dominicains viennent acquérir chez nous le savoir faire dont ils ont besoin », a-t-il indiqué lors d´une interview sur le travail des Centres Gheskio.
Frantz Duval
duvalfrantz@yahoo.com
Rio, 27 juillet 2005
Un petit problème technique
Pendant l'interview qu´il a accordée au Nouvelliste, le Dr Jean William Pape a dû s´arrêter pour prendre le temps de discuter de la non-disponibilité de l´électricité en Haïti et de ses incidences avec un responsable d´un des programmes mis en oeuvre à travers les centres Geskhio.
Explication
Les centres Geskhio qui mènent des recherches sur un vaccin contre le sida, entre autres travaux, disposent d´une ligne prioritaire de l´Electricité d´Etat d´Haïti (EDH) qui, théoriquement, fournit de l´électricité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Ça, c´est la théorie.
Comme tout le monde le sait, le réseau n´est pas fiable. Vouloir ou promettre de donner du courant est une promesse qui n´engage que ceux qui y croient.
Pour ne pas être pris de cours, les centres Geskhio se sont pourvus de génératrices. Une, deux, non, trois génératrices montées en circuit, pour s´assurer que si une ne marche pas, une autre automatiquement prendra le relais.
Voilà de quoi dormir en paix.
Oh ! que non.
C´est oublier que souvent en Haïti, les pièces manquent, l´entretien fait défaut et qu´il existe toute une palette de petits problèmes qui met à mal tous les mécanismes mis en place.
EDH prioritaire et génératrices ne pouvant pas assurer une réponse satisfaisante, les centres se sont aussi doptés d´inverters, de nombreux inverters.
Comme cela ne suffit pas et que les spécialistes qui suivent le programme en question veulent à tout pris que les chambres froides et réfrigérateurs où sont stockés les médicaments soient toujours à la même température, ils exigent que chaque équipement soit doté d´un système d´alarme qui avertit automatiquement par téléphone un responsable de toute baisse de la température qui indiquerait une rupture de l´alimentation électrique des réfrigérateurs.
Sage solution...
Mais voilà, le système téléphonique, quel que soit celui considéré, public ou privé, à fil ou cellulaire, aucun n´est fiable à 100 % en Haïti.
C´est pour expliquer ce petit problème majeur que le Dr Pape a dû prendre plus de 20 minutes de son temps et de celui de son interlocutrice pour la convaincre de permettre aux centres Geskhio d´installer un système qui déclenche une alarme couplée à une sonnerie qui avertira le gardien présent sur le site qu´il y a un problème.
Simple diriez-vous...
Toutes ces précautions sont nécessaires car cette défaillance de nos infrastructures, ce qui n´a rien à voir avec le sida en soit, risque d´entraînner des mauvaises réponses de la part des patients à qui seront administrés les médicaments qui par inadvertance et sans que les responsables s´en rendent comptent, auraient subi une rupture de la chaine de froid.
Les conséquences d´un petit black-out entrainneraient une altération des principes actifs des médicaments, une mauvaise réponse thérapeutique et l´échec d´un médicaments prometteurs avec la perte de plusieurs années de recherche et de millions de dollars.
Tout cela pour une petite panne de courant...
Voir le Dr Pape négocier comment circonvenir les effets de nos black-out donne la mesure de tout l´art qu´il faut pour rester en haut des performances scientifiques.
Le risque pour Haïti, si tous ces aspects ne sont pas pris en compte par ceux qui, comme le Dr Pape, conduisent des travaux de recherches et d´implémentations de nouveaux protocoles qui permettent à la lutte contre le sida d´avancer grâce à un certain apport haïtien est de voir les programmes déplacés vers d´autres pays aux infrastructures plus fiables.
Les participants au congrès scientifique comme celui qui se tient au Brésil défendent une place pour Haïti sur la carte mondiale de la recherche scientifique et le congrès permet de résoudre bien de petits problèmes.
C'est fait pour ça aussi un congrès.
F.D
duvalfrantz@yahoo.com
Rio, 27 juillet 2005
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